‹ L'Aveugle et son bâton, vaudeville en un acteChapitre 7 sur 24 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

GÉDÉON seul. Il dépose sa clarinette , son bâton, et marche avec agitation.

Le contrat!... ils ont parlé de contrat!... C.«* muletier m'enlèverait Eudoxie! i! posséderait scs épaules! ses divines épaules! Oh! non! tu ne les

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L’AVEUGLE ET SON BATON

auras pas!... Elles sont à moi! c'est le ciel qui les a jetées sur mou passage, en me disant : « Sculpteur! j’ai appris que tu avais besoin d’épiulrs! tiens, en voilà! et va-l’en au diable! • Je ne sais pas où le ciel avait appris ça, je n’en avais parlé à personne; mais c'était vrai... il me fallait des épaules; pas pour moi, j’en ai suffisamment, mais pour une statue que je fais... pour ma Galalbée qui en manque. Aussi j’en cherchais partout... je. cherchais uu modèle... et les épaules, c’est si rare ! Ou en trouve bien une par-ci par-là ... mais la paire! où trouver là paire? Un jour enfin j'errais tristement du côte de Sainl-Hochl on sortait de la messe... je regardais la foule de cet air stupide qui est particulier aux grands artistes ; toutà-coup je pousse un cri rauque ; c’était mes épaules qui passaient! une jeuue fille en simple costume de quêteuse!... Ah! c’était beau! c’était antique!... le crus avoir devant les yeux Daphné poursuivie par le dieu du jour! Je m’attendais â la voir se changer en arbre, et je la vis monter dans un sapin ; elle allait m'échapper, je grimpe derrière ce véhicule, et nous débarquons devant cette demeure! Je m’informe, et j'apprends que ces épaules vivent très-retirées... sous le despotisme d’une tante... encore plus retirée!... Leur asile est impénétrable! aucune société que celle d’un médecin et du père Gloussard ! Je vole chez cet aveugle, je lui prends ses yeux, je lui prends son bâton, je lui prends sa clarinette avec la manière de s'en servir... en trois ou quatre leçous j’en savais jouer aussi... mal que lui. L'amour est un si grand maître! Je dis l’amour! Eh bien! oui! je ne m’en défends pas... ce n’est plus seulement les épaules d’Eudoxie, c’est sa main qu’il me faut.

Air : Vaudeville de la Haine d'une femme.

Elle est plus belle que l’antique.

Marbres divins, soyez jaloux l Plus que Diane clic est pudiqne ;

De Vénus les traits sont moins doux.

Déesses , qui n’avez pas d’àme.

Votre beauté peut un instant D'un artiste allumer la flamme ,

Mais pour aimer, vive une femme!

C'est beaucoup mieux, car c’est vivant !

Vénus n’a pas cct agrément.

Oui , ;’est vivant ,

C’est très-vivant,

Et je tiens à cet agrément.

Oui! oui! il me lafautl et si j’étais riche. Ah ! mon oncle ! mon oncle Duclivet ! pourquoi m’as-lu déshérité en faveur d’une femme très-vertueuse à ce qu’on m'a dit, mais qui un jour... Enfin, il existe un héritier ou une héritière, un cousin ou une cousine ; toujours à ce qu’on m’a dit. Certes, je ne méprise pas les cousines, mais j’aurais préféré l’héritage. Ce n’est pas que j’aime la fortune, au contraire; si j’en avais, je n’y penserais jamais. Mais perdre Eudoxie! ne pas oser lui dire que je l'aime!... il est vrai que ça me serait difficile, son dragon de tante ne la quitte pas! Si je pouvais lui écrire... ( Regardant autour de lui.)

Ah! ce carton à dessin! un crayon... du papier! (// ouvre h carton et en tire un dessin.) Que vois-je? un Bélisaire! mais nou, ce nez, cetto clarinette... c’est moi, c’est mon portrait, avec mon bâton ; il est très-rc-scmblanl mon bâton , il est frappant. Elle s'occupait de moi!... je suis donc aimé! Oh ! je veux que cette image reste sur mon cœur ! ( Il veut mettre la feuille sous son gilet. ) Non! c’est trop grand, ça dépasserait, et puis le crayon est si léger !

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