LE VOL PAR UN VENT RÉÇULIER
pas qu'il y a du vent, quelle que soit sa violence, si le vent est régulier et s'il passe au-dessus des nuages, entouré d'autres ballons emportés comme lui par le vent. La seule restriction à faire à ce principe de relativité concerne le départ du sol et Tatterrissagequi peuvent être facilités ou rendus plus difficiles par le vent ; il y a, par exemple, grand avantage à partir face au vent; mais sitôt que Toiseau, ou Taéroplane, ou le ballon se trouvent dans Tair, c'est uniquement leur mouvement par rapport à Tair qui doit être étudié et cette étude se fait exactement de la même manière que Tair soit immobile ou animé d'un mouvement de translation horizontal uniforme. Pour avoir ensuite le mouvement par rapport au sol, il faut composer les vitesses d'après la règle du parallélogramme.
Le simple bon sens montre sans qu'il soit nécessaire de recourir à un raisonnement géométrique classique, que si sa vitesse est supérieure à celle du vent, l'oiseau peut se déplacer suivant une direction quelconque par rapport au sol; il n'en est évidemment pas de même lorsque sa vitesse propre est inférieure à celle du vent : ne pouvant lutter contre le vent, il se trouve forcément entraîné.
Il se présente dans le calcul des vitesses lorsqu'il y a du vent, une petite difficulté qu'il est bon de mettre en évidence. Imaginons qu'un oiseau se déplace avec une vitesse propre de 30 kilomètres à l'heure dans un vent de 10 kilomètres à l'heure ; il va d'abord dans la même direction que le vent, puis revient à son point de
VOL DES OISEAUX
départ en volant contre le vent. A Taller, sa vitesse par rapport au sol est égale à sa vitesse propre augmentée de la vitesse du vent, c'està-dire à 40 kilomètres à l'heure. Au retour, sa vitesse est égale à la différence, c'est-à-dire à 20 kilomètres. Ce serait une erreur grave de conclure que sa vitesse moyenne pendant le trajet aller et retour est de 30 kilomètres à Theure.
Supposons que la distance des deux extrémités de ce trajet soit de 20 kilomètres, il parcourt en tout 40 kilomètres et met pour cela une demiheure à Taller (20 kilomètres à une vitesse de 40 à Theure) et une heure au retour (20 kilomètres à une vitesse de 20 à Theure), soit en tout une heure et demie. Parcourant 40 kilomètres aller et retour en une heure et demie, sa vitesse moyenne est donc 26 kilomètres 666, et non pas 30 kilomètres. La diminution de la vitesse moyenne est due à ce que le trajet prend un temps plus long quand la vitesse est plus faible ; Tinfluence retardatrice du vent se fait donc sentir plus longtemps que son influence accélératrice. Un peu de réflexion suffit à convaincre de la généralité du fait. Si un oiseau ou un appareil d'aviation décrit un circuit fermé, Teffet d'un vent régulier est de diminuer la vitesse moyenne par rapport au sol. Dans les concours d'aviation où quelques secondes gagnées sur un trajet suffisent à rapporter une coupe, ce n'est pas nécessairement le meilleur appareil qui gagne, mais celui dont le pilote a su choisir pour concourir un air parfaitement calme.