LE VOL PAR UN VENT IRREGULIER
mouvements * ; ce qu'il faudrait pour que Tobservation soit complète et efficace, ce serait connaître à chaque instant la direction et la vitesse du vent au point précis occupé par Toiseau à cet instant même. Le procédé le plus simple consiste à observer, en même temps que les oiseaux, des objets inertes emportés par le vent, comme des feuilles mortes. Ces points de repère permettent à un observateur attentif d'obtenir quelques conclusions intéressantes ; mais il y aurait beaucoup à faire pour donner à ce procédé la rigueur que Ton doit souhaiter dans les expériences scientifiques ; il serait nécessaire d'avoir, dans la région de Tair où Ton observe les oiseaux, des points de repère artificiels, les uns fixes et les autres mobiles, faisant connaître avec précision et exactitude, la direction du vent et aussi sa vitesse. De semblables recherches, tout à la fois expérimentales et d'observation, seraient longues et difficiles ; elles ne paraissent cependant pas présenter des difficultés insurmontables et la question vaudrait qu'on s'en occupe.
Dans le voisinage des falaises ou de rochers surplombant une plaine, il existe parfois un régfime relativement permanent de vents irréguliers ; en d'autres termes, la direction et la vitesse du vent varient beaucoup entre deux
I. Observons en passant que c'est pour étudier le vol des oiseaux que Marey a imaginé les méthodes de photographies instantanées à courts intervalles qui, transportées du laboratoire dans l'industrie, ont donné le cinématographe. On sait d'ailleurs que l'utilisation industrielle pratique d'une méthode de laboratoire est souvent un pas difficile à franchir.
VOL DES OISEAUX
points voisins, mais, en un même point, restent sensiblement pareilles à chaque instant. De tels endroits, souvent fréquentés par les oiseaux, sont de précieux observatoires. Nous avons ainsi pu voir de très intéressants vols de corbeaux dans un cirque du causse Larzac. Le plateau sensiblement horizontal se termine brusquement à une sorte de falaise présentant fréquemment des à pics d'une centaine de mètres, dévalant ensuite
P/an
^ Coupe
Fig. 0.
en pente plus douce. Les corbeaux étaient fort nombreux en un point de la falaise où la découpure du plateau est sensiblement en angle droit. Le vent soufflant dans la vallée avec une direction régulière, indiquée par la flèche (fig. 6), venait se briser contre les hautes murailles verticales, en produisant des courants d'air ascendants, ainsi que des tourbillons et remous. Les corbeaux donnaient l'impression d'une véritable acrobatie en variant constamment la disposition de leurs ailes, tantôt horizontales, puis, la seconde d'après, verticales. De telles observations montrent nettemont (quelle importance a pour Toiseau la direc-
LE VOL PAR es VEXT IRMÉGCUEB
tîon du vent, lorsqu'il est violent et variable. Pour le terrien, il existe une «lirecdon privilégiée, celle de la pesanteur : pour le marin, soustrait à la pesanteur, c'est la direction du vent qui est la direction fondamentale à laquelle il rapporte en son langage les relations de situation ; pour loiseau, les deux directions sont également importantes.
Il n'est pas vraisemblable que l'homme arrive de longtemps à acquérir la souplesse instinctive avec laquelle l'oiseau sent à chaque instant le vent et modifie en conséquence la disposition de sa voilure. Pourra-t-il créer des mécanismes ayant la sensibilité qu'il n'a pas lui-même et exécutant automatiquement les manœu\Tres nécessitées par le vent ? C'est sans doute moins impossible que la création chez l'homme d'une sensibilité spéciale et de réflexes nouveaux, mais ce n'est pas d'une réalisation prochaine.
L'Utilisation des pulsations périodiques.
— Laissant de côté les vents très irréguliers dont nous venons de parler et dont l'irrégularité est due aux accidents de terrain, on peut se borner à considérer les régions de l'atmosphère assez élevées pour que les irrégularités du terrain soient négligeables. Dans les pajs de vastes plaines, il suffit peut-être pour cela de s'élever à une centaine de mètres ; dans les régions très montagneuses, on ne peut fixer de limites précises.
Les observations sur le vent à une certaine altitude sont difficiles et, par conséquent, peu nombreuses. Un observatoire comme celui de la
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tour Eiffel est à peu près unique à ce point de vue. Il semble néanmoins que Ton puisse tirer quelque certitude de la concordance entre les observations peu nombreuses, les considérations théoriques et aussi les observations faites en pleine mer, à une faible altitude bien évidemment, mais à Tabri des perturbations dues au sol. La conclusion à laquelle on est conduit est que le vent a souvent des pulsations périodiques assez régulières, assimilables grossièrement au mouvement des vagues de la mer. Si Ton admet l'existence de telles pulsations comme régime régulier pendant un temps assez long dans une région assez étendue, la question se pose de savoir si Ton peut en tirer parti pour le vol. La réponse affirmative n'est pas douteuse au point de vue théorique. Nous n'entrerons pas dans le détail des calculs qui le prouveraient, car ces calculs paraissent encore bien éloignés de l'utilisation pratique. Une question plus intéressante que cette réponse théorique serait de savoir si les oiseaux utilisent effectivement ces pulsations. Ce serait là une explication plausible du vol plané accompli sans effort apparent pendant un temps très long. Mais, pour que cette explication fût acceptable, il faudrait, à défaut d'expériences décisives difficiles à faire, prouver que l'énergie qu'il est possible d'emprunter aux pulsations de l'air est effectivement suffisante.
Jusqu'à ce que cette preuve ait été faite, Texist(mce théorique certaine de cette énergie ne suffit pas pour permettre d'affirmer la possibilité du vol à la voile, c'est-à-dire la possibilité de voler
LE VOL PAR Uy VEXT IRREGULtER
sans dépenser d'autre force que le très léger efiFort nécessaire pour modifier de temps en temps la disposition des ailes, de même que le navigateur à la voile modifie de temps en temps la disposition de sa voilure, mais ne dépense aucun effort pour propulser son bateau. Dans l'étude de cette question, il y aurait lieu de tenir compte, non seulement des inégalités de vitesse du vent, mais aussi des inégalités de direction, soit dans le sens horizontal, soit dans le sens vertical. Les oiseaux paraissent utiliser très bien ces divers phénomènes, qui sont encore très mal connus ; leur étude expérimentale présente de grandes difficultés, mais son importance serait assez grande pour qu elle doive être tentée malgré ces difficultés.