‹ L'aviationChapitre 50 sur 81 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'année 1910 n'a été marquée par aucune invention vraiment importante, modifiant entièrement l'industrie de l'aviation ; les progrès réalisés ont été ceux qu'on pouvait prévoir, et nous avons pu nous borner, dans les pages précédentes, à rectifier quelques détails. Il nous a cependant paru bon de grouper en un dernier chapitre quelques réflexions sur les résultats sportifs acquis, sur les nouveautés industrielles présentant quelque intérêt général, et enfin sur les premiers essais de recherches scientifiques consécutifs à l'essor industriel de l'aviation.

Les records de l'aviation.

Le « record » implique l'idée de concurrence, de lutte, de jeu, si l'on veut. Pour qu'une « performance » constitue un record, il faut qu'elle puisse être dépassée dans des conditions sinon identiques, du moins analogues. D'où la nécessité d'une minutie souvent arbitraire dans la définition et dans le contrôle des records.

Tout d'abord la définition. Il faut limiter le

nombre des records, sinon il serait trop facile à chacun de devenir titulaire d'un record, ajusté à son usage personnel. Par exemple, pour les records de vitesse, c'est-à-dire du temps minimum employé à parcourir une distance déterminée, on a admis les distances suivantes: i, 2, 5, 10, 20. 30, 40, 50, 60, 70, 80, 90, 100, 150, 200 kilomètres*, etc. Mais il n'existe pas de record des 247 mètres ou des 135 kilomètres.

Pour le contrôle, on s'efforce de le rendre aussi exact que possible ; les « temps » doivent être mesurés par des chronométreurs officiels qui les évaluent au cinquième de seconde près ; nous négligerons parfois ces cinquièmes de seconde, dont la précision paraît souvent illusoire. En plus de cette exactitude dans les modalités de la mesure, il est une autre condition regardée comme essentielle : c'est de mesurer très précisément l'objet même du record et de ne pas faire usage du principe qui peut le pluSy peut le moins. Par exemple, supposons que le record des 10 kilomètres soit de 8 minutes 5 secondes ; celui qui parcourt 20 kilomètres en 16 minutes n'a pas battu le record des 10 kilomètres, si Ton n'a pas chronométré le temps exact qu'il a employé à parcourir les 10 kilomètres. Il est bien certain cependant qu'il a parcouru 10 kilomètres en moins de 8 minutes, mais on ne sait pas en

I. Je laisse de côte les records analogues en milles, disputés en Angleterre ou au$ htals-Unis. Â la fin d'octobre 1910, la Fédération Aéronautique Internationale a décide de ne plus reconnaître les records de i kilomètre ni de 3 kilomètres en circuit fermé, ni les records de vitesse en circuit non fermé.

LES RECORDS DE V AVIATION

combien de temps exactement et par suite il ne serait pas possible de savoir quand ce record.serait battu, s'il était admis. Cela est évidemment contraire au bon sens, mais le bon sens n'a rien à voir dans les règles des jeux.

Les records sont reconnus et homologués par les «pouvoirs sportifs » nationaux et internationaux. Ces pouvoirs sportifs se créent eux-mêmes : ils sont généralement reconnus d'un consentement à peu près unanime ; ce qui fait leur force, c'est la possibilité de « disqualifier » ceux qui ne se soumettent pas à leurs lois : la disqualification entraîne l'interdiction de participer aux épreuves organisées par le pouvoir sportif qui la prononce. Et, si tel est le cas pour une grande majorité d'épreuves, cette pénalité n'est pas seulement morale : elle atteint gravement les intérêts matériels. Cela n'empêche pas qu'il n'y ait parfois luttes entre pouvoirs sportifs qui s'excommunient réciproquement.

Pour l'aviation, c'est la Fédération Aéronautique Internationale (ou F. A. I.) qui est le pouvoir sportif international ; en France, il est exercé par une commission sportive formée d'accord par l' Aéro-Club et l' Automobile-Club. Ce sont ces organismes que l'on a coutume de qualifier d'officiels. Leur contrôle s'exerce par l'intermédiaire des commissaires et des chronométreurs ; ces derniers s'occupent exclusivement de la mesure des temps, les commissaires étant chargés de tout le reste ; cette division du travail montre déjà quelle est l'importance exceptionnelle attachée à la mesure du temps.

I-es records officiellement reconnus sont tout d'abord les records de vitesse sur une distance donnée ; parallèlement à eux se trouvent les records de temps ^ ou de la plus grande distance parcourue en un temps donné ; les temps admis officiellement sont 1/4 d'heure, 1/2 heure, i heure, 2 heures, 3 heures, 4 heures, etc. L'avantage de cette seconde catégorie de records est que Tunité de temps est internationale.

Il y a aussi le record de durée^ attribué à l'aviateur qui aura volé le plus longtemps sans toucher le sol, quelle que soit la distance parcourue, et, parallèlement à lui, le record de la plus grande distance parcourue en un seul vol, quel que soit le temps. Enfin, le record de la hanteur, et le record de la plus grande vitesse exprimée en kilomètres à Theure. Tous ces divers records s'entendent pour un aviateur seul ; on peut considérer aussi des records analogues pour l'aviateur avec un passager, ou avec deux, trois, etc., passagers. On a proposé récemment de reconnaître le record de la vitesse verticale, sur 500 ou i.ooo mètres, c'est-à-dire le temps minimum employé, pour, partant du sol, s'élever à 500 ou à i.ooo mètres de hauteur.

Il serait fastidieux d'énumérer les valeurs successives de tous les records ; mais il est intéressant (le connaître l'histoire de quelques-uns d'entre eux.

Voici les valeurs successives des records de durée et de j^lus grande distance jusqu'à la fin de

Page 1