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LES ÉCOLES D'AVIATION ET D'AVIONNERIE

Les armées de terre et de mer ne pourraient être créées, ni même subsister, sans le concours des écoles d'application qui leur sont spéciales. L'armée aviatrice, autant et plus que les premières, parce qu'elle aurait été à organiser de toutes pièces, demandait son école d'aviation pour la formation des officiers et son école d'avionnerie, d'où seraient sortis les ingénieurs.

Déjà, à l'époque, beaucoup de jeunes officiers de toutes armes, surtout du génie, se seraient voués à l'étude de la nouvelle arme, bien décidés à en faire leur carrière; seraient entrés encore à ces deux écoles un grand nombre de « bons sortants » de Polytechnique, de Centrale, de Saint-Cyr, même de Marine et autres écoles supérieures; en outre, l'admission par voie de concours aurait amené une toule de jeunes gens qu'on aurait répartis, selon leurs aptitudes, entre l'École des aviateurs et celle des avionneurs, imitant en cela ce qui se passe dans la marine, où les uns naviguent et les autres construisent.

(1) Cette note, la précédente et quelques-unes de celles qui suivent, furent réunies et revues au commencement de 1900; nous espérions que le congrès aéronautique qui allait avoir lieu aurait donné une impulsion à l'aviation, et nous nous proposions de lui présenter ces notes et bien d'autres encore. Mais notre espoir fut déçu. Nous ne lui en présentâmes qu'une seule, générale, peu importante.

Ces écoles auraient été sous la dépendance du ministre de la guerre ; mais notre conviction était qu'elles n'y seraient pas restées longtemps, parce que l'importance de la nouvelle arme se serait accrue tellement vite, qu'elle aurait nécessité un ministère spécial et que la création d'un ministère de Vaviation militaire serait devenue certaine.

La direction de l'enseignement aurait pu être confiée à un général, avec des premiers professeurs, choisis parmi les plus spécialisés dans l'aérostation, l'aérodynamique, la météorologie, etc., et qui auraient bien voulu faire le sacrifice des théories anciennes pour adopter les sciences nouvelles qui intéressent l'aviation, les enseigner et même en étendre les limites. Ceux-là, nous savions où les trouver. L'école, évidemment, aurait eu ses difficultés du début; mais nous serions vite parvenu, avec les professeurs fondateurs et l'apport de notre expérience acquise, à en instruire de nouveaux et de plus jeunes, lesquels en auraient formé d'autres. L'enseignement, ainsi organisé, aurait fonctionné et serait arrivé rapidement à produire de bons élèves.

Nous ne nous y trompions pas, c'est uniquement avec cet élément jeune, ayant une vocation bien arrêtée, très instruit, agile et d'une bravoure à toute épreuve, que nous aurions formé le corps des officiers aviateurs. Les officiers ingénieurs, de caractère plus pondéré, n'auraient pas été astreints à ce choix, où l'âge et les qualités physiques n'étaient plus à considérer. On aurait exigé d'eux une instruction scientifique complète et la connaissance approfondie, théorique et pratique, de toutes les branches de l'avionnerie.

Programme de l'enseignement

ÉCOLE d'aviation

La topographie; La météorologie; Les voies aériennes;

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Les cartes topo- météorologiques; Abrégé d'aérodynamique; Le vol des oiseaux;

Excursions aux pays des grands oiseaux; La constitution générale des avions; Les aires; les divers genres; leur organisation; L'artillerie verticale; défense terrestre contre l'ennemi aérien ;

Les avions, leur conduite, les manœuvres;

Les écoles de compagnie, de légion;

La pyrotechnie;

Les munitions : torpilles, grenades, etc.;

Le pointage aérien : sa théorie, son application;

Formation des armées aviatrices;

Le commandement : en chef, en sous-ordre;

La stratégie : air, terre, mer;

La tactique : air, terre, mer;

Les thèmes : air, terre, mer;

Les signaux : théorie et pratique;

Les administrations; économie, etc., etc.

ECOLE D AVIONNERIE

Théorie générale de la résistance de l'air; démonstrations expérimentales ;

Aérodynamique spéciale aux appareils volants; théorie et expérimentation;

Étude de la courbe spirale de sustentation des diverses espèces de grands oiseaux;

Anatomie; conformation des ailes des grands oiseaux;

Voyages scientifiques; étude sur place du vol des oiseaux de grande envergure;

Topo-météorologie; voies aériennes; travail du courant ascensionnel oblique; manières d'y avier;

Mathématiques spéciales à l'avionnerie; calculs algébriques et graphiques combinés;

Résistance des matériaux; étude de leurs propriétés élastiques ; leur utilisation en avionnerie ;

Études et projets en général;

Établissement de la courbe de sustentation pour les avions ;

Structure des avions; membrures; voilures;

Mécanismes spéciaux au fonctionnement des ailes et du corps ;

Mécanisme de la force motrice; machines et tracteurs;

Modes de fabrication; fibrages; métalliques;

Armement des avions; déclanchement des munitions;

Signaux; éclairage, etc.

Ce programme était celui que nous avions prévu; par la suite il se serait modifié, surtout étendu, au fur et à mesure de l'apparition des nouvelles découvertes qui seraient venues enrichir le domaine des sciences aviatrices.

(Dans les pages tristes de La Première Etape de Vaviation militaire en France, on trouvera combien nous avions à cœur la fondation de ces institutions dont l'embryon existait réellement et sérieusement dans notre laboratoire. Lorsque nous écrivions cela en décembre 1906, le principal auteur responsable de leur abandon existait encore, maintenant il n'est plus, et nous nous abstiendrons d'attaquer sa mémoire.

Ah! qu'elles seraient grandes et prospères aujourd'hui ces deux écoles! que de héros et de savants en seraient sortis pour la défense de la patrie !)

Arsenaux pour l' avionnerie et les munitions

Après les écoles, l'urgence se tournait vers les arsenaux. Il les fallait vastes et bien répartis sur le territoire national, édifiés le plus possible dans des situations topographiques bien choisies, pour les mettre à l'abri des surprises aériennes et terrestres; conséquemment l's auraient dû être protégés par des fortifications.

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Là se seraient trouvés les ateliers d'avionnerie où on aurait construit des avions complets; on y aurait fabriqué aussi le matériel des aires, l'outillage et les instruments spéciaux au service des voies aériennes, les torpilles prêtes à être livrées aux établissements de pyrotechnie, etc. Des magasins à proximité auraient reçu et mis en réserve les produits des ateliers. Sur une aire bien établie on aurait fait les essais et épreuves des avions nouvellement construits.

Budget

Nous fîmes une estimation approximative des frais de premier établissement dont on aurait chargé le budget pour l'organisation de la première armée aviatrice et nous en donnons les principaux articles en chiffres ronds :

500 à 1.000 avions armés, éclaireurs et torpilleurs . . 100

Munitions 10

100 aires fortifiées permanentes, de campement ou

mobiles 30

Bâtiments, casernes, arsenaux, magasins, outillage . 25

Installations du sers-ice des voies aériennes 5

Écoles d'application et leur matériel d'enseignement. 5 Défensive terrestre contre les avions ennemis et son

artillerie verticale 10

Marine d'aviation 50

Imprévus 15

Total 250

C'était un gros chiffre !

Ultérieurement, il grossira bien davantage. En regard, la défense nationale aussi est une grosse affaire, puisque d'elle dépend l'existence de la nation !

Nous noterons, par parenthèse, que : 10 cuirassés et 10 croiseurs coûtent chacun de 30 à 50 millions. Soit, pour 20 navires seulement, 800 millions. Cela aussi est un gros chiffre !

Resterait à savoir, après utilisation parfaite des deux armements ci-dessus, lequel ferait pencher la balance en faveur des services rendus? Les événements seuls pourraient nous le dire; mais il nous semblerait très dangereux d'attendre leur réponse.

Ces dépenses ne présentaient donc rien d'exagéré comparées à celles absorbées par les départements de la guerre et de la marine; elles permettaient la création de la première armée aviatrice d'une importance respectable.

Le budget annuel de l'aviation armée, arrivée à son développement complet, n'eût pas été fantastique comme le sont, de nos jours, ceux qui intéressent la défense nationale. Il aurait, au contraire, amené de grandes économies; pour les rendre plus tangibles, nous supposerons qu'on eût supprimé une grande partie de l'armement existant, devenu inutile, et que le total du budget de l'aviation militaire n'eût été que moitié de ceux de la guerre et de la marine réunis ; on voit de suite que ces économies auraient atteint, peut-être, un demi-milliard.

Mais, sans doute, on n'aurait jamais consenti à diminuer le chiffre du budget actuel, de crainte d'affaiblir la défense nationale; alors avec l'autre moitié restée disponible, on aurait pu entretenir quatre ou cinq mille avions et tout ce qui devait en dépendre, comme personnel et matériel. Cela eût constitué une force aérienne colossale à laquelle n'aurait pu résister qu'une force ennemie aussi formidable; mais, à cette époque, notre avance sur les autres puissances, en aviation armée, aurait été telle, qu'une pareille éventualité se serait trouvée impossible.

STRATÉGIE AVIATRICE ('>

Préambule

Deux considérations principales, combinées l'une à l'autre, semblent devoir présider à cette nouvelle branche de l'art militaire : d'abord, la situation topographique du lieu; ensuite, la proximité ou l'éloignement des voies aériennes de tout point terrestre ou aérien à défendre ou à attaquer.

Sans parler de la topographie dont on possède des bases suffisantes, qu'on trouvera sur les cartes de l'État-major, on saisit les difficultés, voire même l'impossibilité, qui se présentent pour établir, d'emblée, les cartes des voies aériennes; précédemment, nous nous sommes contenté d'indiquer l'impérieuse nécessité de les posséder le plus tôt possible; en leur absence, force nous sera donc, ici, de ne nous occuper que des généralités stratégiques et exceptionnellement de quelques détails lorsqu'ils se présenteront à propos. Nous le dirons très simplement, tel que cela nous apparaissait alors et tel que nous le voyons encore aujourd'hui.

(1) Cette note, écrite d'abord pour l'entrée en matière dans le cours de stratégie à l'École d'aviation militaire, devait, plus tard, être présentée au congrès aéronautique de 1900, ainsi que cela avait été annoncé, mais les circonstances ne le permirent pas.

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Plus tard, — nous ne nous tromperions peut-être pas en disant bientôt, — la stratégie aérienne et sa filiale la tactique se développeront considérablement. Il adviendra que ces sciences prendront une grande place dans l'érudition militaire et demanderont de grands efforts d'intelligence à leurs adeptes; elles laisseront bien loin leurs devancières continentales et maritimes qui ont eu des siècles pour se former, tandis que celles-ci, toutes nouvelles, n'auront que quelques années pour naître et les dépasser.

Nous ferons remarquer que l'ancienne stratégie ne changea qu'avec regret ses moyens d'action; chaque fois qu'apparut une arme nouvelle, elle ne l'adopta que difficilement. Nous ne savons guère ce qui se passa pendant le Moyen Age; la stratégie devait être bien simple. L'armement ancien se composait de piques, javelots, lances, épées, flèches, frondes, etc. La poudre les fit disparaître, — pas toutes, puisque nous avons gardé la cuirasse, le sabre et la lance. — Nous savons mieux ce qui arriva plus récemment et ce qui se passe de nos jours. Sous le premier Empire, le fusil à balle ronde et le canon à boulet rond étaient les maîtres. A Magenta et à Solférino, les Autrichiens, qui se défendaient avec des canons à boulets ronds, furent battus par les Français, qui les attaquaient avec des canons rayés et des obus. A Sadowa, les Autrichiens, qui avaient conservé l'ancien fusil, furent écrasés par les Prussiens, qui étaient armés du fusil à aiguille. A Sedan, les Français mettaient en batterie leurs canons de bronze rayés et furent vaincus par les Prussiens qui, de très loin, les mitraillaient avec leurs canons d'acier se chargeant par la culasse.

Eh bien! malgré ces dures leçons, on vit, après les désastres de 1870, des personnalités militaires s'obstiner à conserver le canon en bronze, c'est à peine si on le modifia en lui mettant une culasse mobile. Il est vrai qu'au bout de quelques années on entra résolument dans la réforme de l'artillerie et qu'on la munit de canons en acier. Trop tard, le bien et le mal étaient accomplis; le mal pour nous

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et le bien pour nos ennemis. L'acier militaire avait fait l'unité allemande et l'acier industriel la maintient.

Cette suite de fautes, œuvre de la routine et de l'impéritie, va-t-elle se continuer pour l'aviation armée? Espérons fermement que les étapes qui se succéderont pendant la période de son organisation n'auront pas autant de déboires que la première (1). Il appartient aux stratégistes aériens, affranchis des vieilles idées, de forcer toutes les résistances.

Les frontières, où seront-elles dans le courant du siècle? Si, comme terme de comparaison, nous les admettons actuellement à portée de canon, nous pouvons bien prédire qu'elles deviendront plus tard à portée d'avion; obéissant ainsi à la loi de l'extension des grands États aux dépens des petits qui suivra son développement naturel, jusqu'à l'unification des peuples. L'aviation militaire couronnera ce grand événement. Sera-ce par la liberté ou le despotisme?

Puissent nos gouvernants, en face de l'histoire, songer aux pages qu'ils y occuperont : élogieuses ou remplies d'amers commentaires !

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