PREMIÈRE PARTIE
La France forte, bien organisée aériennement
Pour ne pas démentir ce Litre, nous admettrons qu'en France la défense terrestre, avec ses trois armes, aura été conservée, puisque l'Allemagne n'aura pas supprimé un soldat de son armée. Notre infériorité numérique vis-à-vis de cette puissance, quant à l'armée de terre, n'est que trop évidente; et dans le présent thème, bien qu'il s'adresse principalement aux questions aériennes, il faut en tenir sérieusement compte.
Le service des renseignements nous aura appris tout ce que la méfiance de nos voisins lui aura permis de surprendre. Notre grand État-major, ainsi documenté, aura pu établir le mieux possible la puissance aérienne de nos adversaires, comparativement à la nôtre, et cette comparaison nous aura été favorable. Pour commencer la première partie de
ce grand thème, on partira de la situation suivante, telle que nous allons la supposer.
Situation aérienne du côté français au moment des hostilités
Première ligne de défense. — La prévoyance des stratégistes français a garni la frontière de l'Est de nombreuses aires fortifiées, complétées par des aires auxiliaires de campement; les distances entre elles n'excèdent pas 10 Idlomètres. Sur les points les plus menacés, aériennement, les aires forment des groupes s'appuyant les uns sur les autres. Chaque groupe affectant la forme d'un triangle, d'un carré, d'un losange ou d'un demi-cercle, comprend des aires fortifiées avec de vastes abris souterrains, pouvant contenir une armée aviatrice; de puissantes batteries verticales, alternant avec les pièces horizontales, les protègent contre les entreprises terrestres et aériennes. Cette combinaison permet aux armées aviatrices de se porter, facilement et en sécurité, le long de la frontière avec une grande mobilité.
L'axe de cette première ligne de défense aérienne, par rapport à la frontière, se trouve à une portée d'avion ou, autrement dit, à une distance ayant la valeur du rayon d'action d'un avion, cela rend les surprises plus difficiles de la part de l'ennemi. Néanmoins, il existe des aires auxiliaires à l'avancement, faciles à détruire si l'ennemi voulait s'y établir.
Transversale de Châlons. —> A moitié distance, de la frontière à Paris, existe une deuxième ligne de défense encore plus formidable que la première et que nous avons désignée dans la note précédente n^ 7, par : Transversale de Châlons. Les groupes d'aires en font une chaîne, comme dans la première, mais avec les éléments plus resserrés. Châlons, au centre, en est l'âme, ses plaines, son camp, constituent des atterrissages incomparables, et on les a utilisés en les pro-
tégeant par une nombreuse artillerie verticale, pour recevoir une grande armée aviatrice nationale, indépendamment des armées régionales.
C'est là que séjourne la grande réserve des avions et que réside le grand État-major aérien.
Uéchiquier. — L'espace compris entre la première ligne de défense longeant la frontière et la grande transversale de Châlons, est parsemé d'aires disposées en échiquier. Cette désignation, déjà employée dans la note n^ 7 concernant la stratégie, n'entend pas présenter un tracé d'une rectitude parfaite, les collines, les cours d'eau, les forêts, s'y opposent; mais dans l'ensemble et pour l'interprétation de sa destination, il s'en rapproche suffisamment pour l'appeler ainsi.
L'écartement des aires entre elles, dans toutes les orientations, est au maximum d'un demi-rayon d'action d'avion. Toutes sont minées pour être détruites en cas d'échec définitif. Sur cet échiquier de l'Est, une armée aviatrice pourra donc manœuvrer en tous sens, en se ravitaillant partout; la mobilisation des avions y sera très rapide et pour ainsi dire instantanée, du Centre vers l'Est ainsi que du Nord au Midi. La ligne des aires frontières sera donc très fortement appuyée par la grande transversale de Châlons qui pourra lui envoyer, à chaque instant, ses réserves.
Vers Paris. — Après Châlons, c'est la défense sur Paris qui commence. Dans ce grand intervalle, il n'y a pas d'échiquier, mais de grandes aires fortifiées distantes d'un rayon d'action d'avion, avec le vent contraire. Chacune de ces avant-gardes peut abriter une armée aviatrice et servir de passage aux légions pendant la mobilisation ou en cas de retraite. Les prévisions stratégiques demandaient de grandes aires semblables autour de Paris, ainsi que dans sa région, et on les y avait édifiées très fortement.
Les deux grandes sentinelles de Paris, Satory et Vincennes, sont formidablement armées et contiennent, chacune, une armée aviatrice.
320 l'aviation militaihe
Toutes les voies aériennes, autour de la capitale, sont défendues par des canons verticaux. ■
Questions à préciser avant de commencer le thème
Pour compléter la situation des forces aériennes françaises, dont on ne trouve ci-dessus que les généralités, il importe que les tacticiens qui feront le thème prennent la carte de l'état-major, faute d'une carte topo-météorologique, et indiquent, en les nommant, les principaux détails stratégiques et tactiques; cela est réservé à leur initiative et c'est à celui qui se rapprochera le plus de la réalité que reviendra l'honneur de la solution de ce grand thème.
1° Voies aériennes. — Donner les situations des voies aériennes qui se trouvent dans le voisinage de la frontière franco-allemande. Celles qui existent dans les environs de Metz, nombreuses, tortueuses et entrecoupées, méritent une attention particulière : le mont Saint-Quentin, selon les vents, sera propice ou dangereux ; dans la vallée de la Moselle, il faut tenir compte de son encaissement au Sud et de son élargissement au Nord, ainsi que de la hauteur de ses collines en amont et en aval. Ces parages sont destinés à voir se produire de grands événements.
On fera une semblable reconnaissance tout le long de la frontière, depuis le Luxembourg jusqu'à la Suisse,
On décrira, le plus exactement possible, les voies aériennes comprises dans l'espace dit l'échiquier; les nombreux cours d'eau et les collines, qui le coupent par tranche, donnent naissance à de grandes et longues voies, surtout avec les vents de l'Est, puisque les escarpements sont, la plupart, situés de ce côté. A mentionner, notamment, la Meuse avec ses collines et, par conséquent, ses voies aériennes, à cause de sa position stratégique.
La grande transversale de Châlons se trouve traversée
OU longée par des voies aériennes, il faudra les indiquer avec soin et évaluer leur importance. Bien que plus accentuées au Nord dans l'Aisne, et au Sud dans l'Aube, qu'à Châlons même, ces dernières seront probablement plus utilisées, parce que le camp et les plaines crayeuses de la Champagne seront, dans l'Est, le centre de la puissance aviatrice.
Viennent, ensuite, les voies aériennes des environs de Paris, qu'il faudra connaître à fond, car elles constituent pour notre capitale ses principaux éléments de défense, quels que soient les vents qui les actionnent. Elles seront divisées en deux grands secteurs : celui de Satory et celui de Vincennes.
2» Aires. — Désigner les points où sont établies les aires, dans les quatre grandes régions : la frontière de l'Est, l'échiquier, la grande transversale de Châlons et les environs de Paris.
Dans le tableau qu'on dressera, on dira si elles sont fortifiées ou de campement, et de quelles voies aériennes elles sont à portée. Les aires seront classées par secteurs ou commandements spéciaux, relevant tous, excepté Paris, du commandement supérieur de Châlons. Il conviendra de faire remarquer que, sur l'espace dénommé l'échiquier, se trouveront de grandes lacunes situées dans les Ardennes et dans les Vosges : pays, le premier montagneux, sauvage, couvert de grandes forêts; le deuxième très bosselé, escarpé fortement vers l'est; tous les deux peu accessibles aux armées terrestres, excepté par les trouées. Cependant, dans les Vosges, sur les bosses et plateaux de 300 à 600 mètres d'altitude, peut-être plus, des aires pourront y être construites pour défendre les passages aériens de ces hauteurs.
3° Artillerie verticale. — Faire le tableau des batteries verticales, fixes et mobiles. Indiquer leur emplacement ou leur stationnement : sur les aires fortifiées, places fortes, crêtes de coteaux, voies aériennes, ainsi que toutes les autres positions qu'elles doivent occuper. Il est indispensable d'éva-
luer le nombre de canons verticaux par catégories et par commandements ou unités défensives; on ne devra pas s'étonner d'en trouver un grand nombre. Il va sans dire que les munitions et le matériel secondaire doivent être en rapport avec l'importance de cette artillerie verticale.
40 Ai'ions. — Combien d'avions faudra-t-il? Beaucoup. Mais comme cette estimation est trop vague, on peut en fixer le nombre entre 10.000 et 50.000, qui exigeront, pour les commander et les conduire, de 20.000 à 100.000 aviateurs militaires. Il ne faudra pas manquer de faire remarquer dans le courant du thème, que ce nombre de combattants aériens, pour sauver la France, n'est pas exorbitant.
Indiquer, le plus exactement possible, la répartition des atterrissages. Par exemple : une légion atterrie sur un groupe de cinq aires, un bataillon sur chacune, ce qui fera environ 100 avions par aire; cela n'empêchera pas d'occuper d'autres petites aires subsidiaires pour y loger des compagnies isolées, formant des unités. Avec ce principe d'atterrissage, une division occupera quatre groupes, soit vingt aires, avec 2.000 avions. Une armée régionale peut ainsi être bientôt concentrée.
5^^ Divers. — Tout ce qui n'a pas été mentionné ci-dessus, ou omis, c'est-à-dire tous les moyens d'action, directs ou auxiliaires, pour contribuer au succès des combats aériens, doivent être notés ici, tels que le train des équipages des aires mobiles, des charrois des munitions et de leur approvisionnement sur les aires, les ambulances, les secours aux avions amis précipités pendant les combats aériens, la capture de ceux de l'ennemi, les signaux, etc., etc.
Remarque essentielle. — N'oublions pas que nous avons supposé une France forte, n'ayant rien négligé pour assurer sa sécurité. Il faut donc supposer aussi que, en toutes circonstances et en tous lieux, principalement dans l'Est, l'armement aérien, sous toutes ses formes, sera complet, et que
ceux qui le commanderont seront à la hauteur de leur mission. Commandements, cadres et armements seront postés en conséquence et en force, partout où la tactique le jugera nécessaire, pour, après, les utiliser, les faire manœuvrer et combattre victorieusement dans le thème.
Renseignements utiles pour faire le thème
Nous admettrons que les renseignements qui vont suivre, sont tout à fait exacts et cela seulement pour les besoins du présent thème. Cette réserve faite, nous croyons pouvoir ajouter que ces indications, pour le moment arbitraires, pourraient devenir probables à l'égard des premiers avions de guerre. Puis, plus tard, lorsque ces avions seront très perfectionnés, leurs conditions de fonctionnement ne seront plus les mêmes : leur vitesse aura augmenté, la durée de leur vol également, leurs dimensions et leur puissance aussi ; alors ce seront des données différentes, pour d'autres thèmes.
Avions de ligne. — Nous fixerons leur rayon d'action à 100 kilomètres, soit en aller et retour 200 kilomètres. Leur vitesse, de 80 à 100 kilomètres à l'heure, pour un temps calme. Pour s'élever, nous supposerons une rampe de 5 %, de sorte que, pour gagner 1.000 mètres d'altitude, ils devront ramper sur un parcours de 20 kilomètres. Leur charge, de 400 à 600 kilos pour les deux aviateurs, le combustible et les munitions.
Ëclaireurs. — Nous leur accorderons une envolée de 400 kilomètres avec une vitesse de 120 à 150 kilomètres à l'heure. Charge : aviateurs et essence seulement.
Torpilleurs. — Leur rayon d'action, 50 kilomètres. Comme vitesse, 70 ou 80 à l'heure. La charge totale pourra varier de 500 à 800 kilos pour deux aviateurs, combustible et petites ou grosses munitions.
Pour tous ces avions, il faut remarquer que la charge
totale, déduction faite du poids des aviateurs, peut être répartie entre le combustible et les munitions aux dépens de l'un ou de l'autre, selon les besoins de la tactique et l'éloignement entre le lieu du combat et les aires de ravitaillement.
Altitudes de combat. — Contre l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie ordinaire on peut admettre de 500 à 1.000 mètres. Contre l'artillerie verticale, 1.500 mètres et bien davantage, la plus haute possible, s'il s'agit de grosse artillerie verticale de forteresse. Pour avion contre avion, l'altitude n'est pas limitée, il importe d'être au-dessus de son adversaire.
Munitions. — Un avion de ligne pourra se charger de 100 à 200 kilos de munitions. Un torpilleur, de 200 à 300; le reste du poids en combustible ou essence.
Une charge de 200 kilos peut se composer de l'une de celles désignées ci-après :
1 très grosse torpille de 200 kilos ;
2 grosses torpilles de 100 kilos; 4 grosses torpilles de 50 kilos;
8 torpilles ordinaires de 25 kilos ; 20 torpilles ordinaires de 15 à 5 kilos; 100 torpilles assorties de 5 à 1 kilo ; 500 grenades ramées de 400 grammes; 1.000 grenades ramées de 200 grammes; 2.000 grenades simples de 100 grammes; 4.000 grenades simples de 50 grammes; 200 kilos de semence explosible; 25.000 flèches de 8 grammes; 50.000 flèches de 4 grammes; 100.000 flèches de 2 grammes; 200.000 flèches de 1 gramme.
Un gramme de filasse suffit pour embarrasser 2 mètres cubes d'air; 200 kilos en embarrasseront 400.000 mètres cubes
Un gramme de matière fumante ou de noir de fumée peut obscurcir 100 mètres cubes d'air; 200 kilos en obscurciront 20 millions de mètres cubes.
Puisque les chiffres ci-dessus peuvent être considérés comme étant les quantités de munitions correspondant au poids de 200 kilos emporté par un avion de ligne, pour une seule compagnie, à 20 avions, considérée comme unité, nous disposerons d'une force de :
4.000 kilos de torpilles, grosses et petites, ou en grenades ramées;
Ou de 80.000 petites grenades;
Ou de 4 millions de petites flèches.
Une compagnie en aviant de front peut aussi enfilasser 8 millions de mètres cubes, ou en obscurcir 400 millions.
La puissance d'une légion sera vingt-cinq fois plus forte, soit :
100.000 kilos en torpilles de toutes grosseurs, ou en grenades;
Ou 100 millions de petites flèches.
Dans l'état actuel des possibilités d'exécution, les chiffres qui précèdent sont des maximums à l'égard des articles qu'ils concernent. Intermédiairement, dans chaque cas, on évaluera les quantités d'après les données inscrites en tête du paragraphe.
Nous donnons pour conseil aux tacticiens de lire attentivement la note n^ 16 qui traite des munitions; ils y trouveront d'autres renseignements utiles au présent thème.
Artillerie verticale. — Les projectiles des canons de campagne, sur affûts roulants, deviendront dangereux vers 1.000 mètres.
Les obus lancés par les grosses pièces verticales, sur aiïûts de fortifications, atteindront bien plus haut; il faudra s'en méfier jusqu'à 4.000 mètres d'altitude, c'est-à-dire toujours. 11 faudra les braver ou s'en écarter; néanmoins, on
devra tenir compte de l'incertitude du tir, par suite des difficultés du pointage.
Les batteries verticales pourront envoyer, à de grandes hauteurs, des projectiles dont l'éclatement laissera échapper des filasses ou des poussières noires pour former des nuages artificiels.
Espaces occupés par les avions. — L'écartement normal entre avions est de 100 mètres en temps calme. Cette distance sera augmentée selon que l'atmosphère sera agitée.
Une compagnie aviant de front tiendra, en largeur, 2.000 mètres. Si elle défile par un, elle aura une longueur égale, 2.000 mètres. Si elle avie par quatre, sa largeur aviable aura 400 mètres et sa profondeur 500. Si elle avie par demi-compagnie, sa largeur deviendra 1.000 mètres et sa profondeur 200. Les 100 mètres qui paraissent en plus, dans la profondeur, sont pour la sécurité du dernier rang.
Un bataillon peut avier toutes compagnies sur un seul front; il prendra ainsi un développement de 10.000 mètres. Plus ordinairement, il aviera par compagnie; alors la largeur occupée sera 2.000 mètres et la profondeur 1.000 mètres. Par demi-compagnie, la largeur sera 1.000 mètres et la profondeur 2.000. En défdant, les compagnies étant par quatre, la largeur est réduite à 400 mètres, mais la profondeur arrive à 4.000 mètres, à cause des distances qu'il faut observer entre compagnies et aussi entre bataillons.
La légion occupera encore plus d'espace; s'il fallait la faire manœuvrer de front ou la faire défiler par un, elle prendrait plus de 50 kilomètres. Pratiquement, elle aviera par bataillons rangés par compagnies. Alors, sa largeur sera 2.000 mètres et sa profondeur ou longueur 6.000. Dans la plupart des cas, elle opérera ses bataillons étant bien détachés. Mais, exceptionnellement, pendant une charge, sa masse en colonne aurait 400 mètres de large sur 20 kilomètres de long.
Un orbe de compagnie défilant par un, aura de 800 à 1.000 mètres de diamètre.
Un orbe de bataillon, les compagnies étant par deux, demandera un diamètre de 3 kilomètres.
Un orbe de légion, les compagnies disposées par quatre, aura comme diamètre au moins 10 kilomètres.
Dispositions et opérations tactiques à combiner dans le tlième
Probabilités du début. — Il est permis de présumer que les Allemands, ayant voulu ou accepté la guerre, très confiants dans la puissance de leur armée terrestre, au point de négliger leur armée aérienne, déboucheront sur notre territoire par les trouées de l'Est, bien connues des stratégistes. Ce serait peut-être une faute de leur opposer, de suite, l'armée française pour les empêcher d'avancer. Sans faire de la stratégie ni de la tactique défensives, que la majorité de nos généraux réprouvent, lesquelles, d'ailleurs, sont en dehors de notre compétence, nous pourrions .cependant conseiller aux tacticiens qui feront le thème, de laisser pénétrer, le plus possible, en avant les armées allemandes. Cette prévision a un semblant de probabilité si, réellement, les Allemands basent tout leur espoir sur leur formidable armée de terre. Plus tard, où que se soient établies ces forces, on pourra les attaquer avec des avions, sans dépenser un fantassin.
La préoccupation majeure du tacticien doit être l'armée aérienne adverse, qu'il doit rechercher, attaquer et combattre jusqu'à sa complète défaite.
Si le service des avions éclaireurs est bien organisé, tous les renseignements se concentreront au grand État-major; par les raids que ces aviateurs pousseront sur territoire ennemi, on saura tout ce qui se passe sur les aires au delà de la frontière.
On s'entourera, d'abord, de toutes sortes de précautions afin d'éviter les surprises aériennes. Des gardes permanentes de jour et de nuit, aviant dans toutes les directions,
veilleront à la sécurité des aires et assureront leur liaison entre elles.
Les machines aériennes ennemies se montreront, sans doute, au début des hostilités, sur l'un des points de la frontière en même temps qu'une grande armée de terre: on peut même s'y attendre, car les stratégistes qui ont étudié les méthodes nouvelles des Allemands s'accordent à reconnaître que leur objectif immédiat sera une grande bataille offensive et décisive. Si le point choisi par l'envahisseur est sur la frontière nord-est, c'est qu'il l'aura estimé préférable à tout autre, le croyant plus vulnérable et démuni d'avions. En partant de la situation ci-dessus, il y a lieu d'examiner quelles sont les dispositions tactiques aériennes à prendre sur ce point de la frontière. N'oublions pas que les aires sont établies de façon à faciliter une mobilisation rapide d'avions.
Dei^ant Metz. — L'ennemi peut déborder venant des camps retranchés de INIetz et des aires de ses alentours. Le tacticien devra préparer ici des dispositions tactiques, non seulement pour résister et refouler les forces aériennes de l'adversaire, mais pour les vaincre et les précipiter toutes. Ce sera donc de grands combats aériens qu'il représentera dans le thème, et, comme les prévoyances stratégiques aériennes devant Metz se trouveront d'ordre invincible, c'est par une victoire qu'ils finiront. Bien indiquer le rôle des voies aériennes, en faisant intervenir les vents habituels de la contrée.
Des combats aériens semblables sont à prévoir tout le long de la frontière : sans connaître les endroits où ils seront livrés, on peut les présumer dans diverses régions menacées et établir pour chacun d'eux un petit thème spécial.
On peut supposer et dire que toutes ces opérations aériennes de la frontière ne seront que des combats d'avantgarde préparatoires, sans tenir compte des mouvements de l'armée ennemie de terre.
Batailles aériennes
Les grandes batailles aviatrices auront lieu, vraisemblablement, dans les régions occupées par les aires dites en échiquier, si l'adversaire aérien a pu, par les points faibles ou par surprise, franchir la première ligne de défense. On pourra choisir deux ou trois centres principaux, entre la frontière et la grande transversale de Ghâlons, pour y supposer des combats aériens décisifs avec le concours de l'artillerie verticale, l'emploi des torpilles, grenades, flèches et fdasses accompagnées des nuages artificiels, si on le juge nécessaire. En outre, dans cette partie du grand thème, on se servira de toutes les ressources tactiques proposées dans les notes précédentes.
Charges aériennes. — Il y aura grand intérêt à faire ressortir dans quelles circonstances les charges aériennes seront à recommander ou à proscrire : dans tous les cas, il faudra les introduire très prudemment dans une disposition tactique de combat. On pourrait l'indiquer si on se trouvait dans la nécessité, absolue, de se débarrasser d'un adversaire aérien faible, mais très gênant; on le ferait disparaître dans ce cas, avec un effectif double du sien, si on se résignait à en sacrifier la moitié: les avions qui resteraient demeureraient maîtres de l'air.
Avec l'infériorité du nombre, la charge serait toujours désastreuse; si on avait la supériorité de l'altitude et celle de la vitesse, elle serait une erreur. A forces égales et à facultés d'altitude et de vitesse semblables, une charge serait une folie ou un acte de désespoir; à moins qu'elle profitât, décisivement, à une autre opération, subséquente ou parallèle, de nature à changer la phase des événements. Mais la vraie supériorité entre engins aviateurs, consistera toujours dans l'altitude et la vitesse accompagnées de la durée du vol.
Combats à prévoir. — En principe, si l'ennemi arrive avec deux armées, l'une aérienne, l'autre terrestre, on attaquera et on battra la première qui se présentera; si les deux arrivent simultanément, on dirigera les avions d'abord vers l'armée aérienne adverse et, une fois vaincue, on les tournera sur l'armée de terre.
Il pourrait arriver que plusieurs corps d'armée ennemis, cheminant détachés, se massent, avec l'intention de livrer bataille, sans être accompagnés de forces aériennes: après s'être assuré, par l'intermédiaire des avions éclaireurs, qu'il en est de même sur les arrières de l'adversaire, le tacticien pourra conduire les légions sur les rangs ou les colonnes ennemis. Il attaquera d'abord les batteries verticales de campagne: puis, une fois muettes, l'altitude à observer étant moindre, il sèmera les flèches sur l'infanterie, les menues torpilles ou les grenades simples sur la cavalerie et les torpilles ordinaires sur l'artillerie, le train, les parcs, etc. S'il y a assez d'avions en l'air, l'armée ennemie terrestre sera bientôt détruite.
On nous accordera, sans doute, que si on se limite dans les conditions du présent thème, il faudra toujours éviter de mettre en contact l'armée terrestre amie avec son ennemie, pour ne pas l'user mal à propos, parce qu'on en aura besoin plus tard et qu'on l'occupera plus utilement à maintenir l'ordre après les hostilités.
Dans ce grand espace dit l'échiquier, où se dérouleront de grands événements, la science du tacticien aura une vaste marge : il indiquera les positions aériennes. — Nous définirons une position aérienne en disant qu'elle est la conséquence d'une situation atmosphérique topo-météorologique — les positions stratégiques des aires, ainsi que les pays où se livreront les principales batailles aériennes. Il passera en revue les points vulnérables et à défendre, aux sorties des Ardennes et des Vosges. 11 étudiera à fond les voies aériennes et leur utilisation, les défilés, les escarpements et les hauts plateaux. Pour chaque cas, il fera le projet des préparations tactiques du combat à livrer ou à sou-
tenir, il donnera les dispositions offensives à prendre, il prévoira des retraites possibles, quelquefois obligées, d'autres fois voulues. Il précisera les manœuvres à exécuter et les points probables d'attaque, il mentionnera s'ils doivent s'appuyer les uns sur les autres, ou s'ils doivent rester isolés, il indiquera bien la place des réserves aériennes et leurs aires de ravitaillement. Dans les attaques continues, de la part des avions, les relèves seront indispensables, et pour qu'il n'y ait pas interruption dans le combat, il faudra en régler rigoureusement les envolées et les retours à l'aire.
Relativement à toutes les manœuvres et opérations cidessus, ainsi qu'à celles qui ne figurent pas sur cette courte nomenclature, le tacticien, dans des ordres brefs et précis, assignera les heures d'envolée, d'atterrissage, de combat, etc., en considérant des états atmosphériques différents se rapprochant le plus possible de la probabilité.
La base naturelle de toutes les opérations aviatrices, projetées et tentées sur l'échiquier, se trouvera établie sur la grande transversale dont Châlons est le centre. Le tacticien en fera la situation, bien circonstanciée, en énumérant toutes les ressources qui y seront accumulées, puis, il en décrira le fonctionnement répondant à toutes les éventualités possibles. C'est là que les légions achèveront leur instruction, et feront leurs preuves avant de s'envoler pour le combat. Pour tout cela il faudra beaucoup de place, et à Châlons il n'en manque pas.
Supposition d'une surprise aérienne par l'ennemi
Pour ne pas rester dans un optimisme trop prononcé, cependant justifié par une organisation aérienne que nous avons supposée être irrésistible, nous admettrons qu'il soit possible à l'ennemi de tromper la vigilance de la ligne des aires frontières; puis, de traverser le formidable échiquier sans être aperçu, de passer la transversale de Châlons et de
se diriger sur Paris, tout cela nuitamment, ou à la faveur de quelque bas brouillard. Contre l'éventualité d'une telle surprise, il y a lieu de présenter une organisation tactique que nous pourrions résumer ainsi : Commencer par une défensive énergique et terminer par une offensive victorieuse.
Le tacticien devra expliquer, d'abord, les probabilités sur l'apparition de l'armée aviatrice ennemie: Par quels côtés elle débouchera, à quelle heure ou à quelles heures; de quoi sera composé son effectif et quel en sera le nombre; si tel ou tel vent souffle, quelles voies aériennes elle utilisera; quel sera son principal objectif, Paris sans doute, mais quelles parties de Paris; rechercher ses intentions sur les opérations qu'elle médite, quels moyens de retour elle compte employer, sur territoire français ou en violant un territoire neutre.
Le tacticien s'étendra ensuite sur l'organisation de la défense. Après une alerte générale, de la frontière à Paris et dans ses alentours, il décrira comment se formeront, spontanément, les armées aériennes, chacune ayant sa réserve, sa relève et sa partie active, de façon à être en permanence dans l'air. Deux grandes envolées auront lieu, immédiatement, l'une à Satory, l'autre à Vincennes; ce sera deux fortes armées qui se dirigeront, chacune, sur la partie de Paris qui leur aura été assignée. Sans se laisser influencer par les mouvements de l'envahisseur, elles prendront position à une très haute altitude, d'où elles seront relevées, en temps voulu, par la portion destinée à cette relève; leur mission sera de se superposer à tout ennemi se présentant sur la capitale, pour le précipiter. Dans cette partie du thème, les ordres devront se succéder avec une clarté parfaite, il faudra les faire émaner du commandement général.
Une ou plusieurs autres armées, fournies par les aires des environs de Paris, se formeront pour se porter à la rencontre de l'ennemi : aucune altitude ne leur sera assignée, leur mission consistera à arrêter ou retarder l'ennemi n'importe comment. Leur général en chef, selon les circonstances, choisira son procédé d'attaque. Le tacticien commencera
par lui prêter l'intention de surpasser son adversaire en altitude et, s'il n'y réussit pas, de se mettre au moins à altitude égale, pour exécuter telles manœuvres qu'il jugera opportunes, même des charges comme dernière ressource. Ici, les ordres deviennent plus simples, la mission les comporte tous.
Dans toutes ces opérations, les avions de l'Ouest et ceux du Centre seront mobilisés pour prendre le rôle de réserve.
Il faudra les répartir avec discernement pour éviter les encombrements sur les aires. Le tacticien organisera le service de leurs approvisionnements, en vivres et en munitions, soit par voie ferrée, soit sur route, sans gêner celui des avions en activité.
Pendant que toutes les dispositions ci-dessus se réaliseront, la gi'ande transversale de Châlons et les aires de l'échiquier ne resteront pas inactives. Dès la première alerte, des forces aviatrices formidables seront en l'air pour couper la retraite à un adversaire déjà affaibli ; cela créerait pour lui l'aventure de fuir en pays neutre qui, dans la circonstance, ne pourrait être que la Belgique, où il irait atterrir et, vraisemblablement, serait retenu dans l'immobilité.
Nous avons commencé le présent paragraphe en doutant de la possibilité d'un pareil événement, nous le terminons de même. Néanmoins, il faut s'en méfier, le craindre et le rendre impossible.
Conclusions
Dans les conclusions de cette première partie du thème apparaîtra une série de succès, dont le mérite reviendra à la forte organisation aérienne de la France, confiée à des aviateurs d'élite, montant des avions à toute épreuve, et commandés par des généraux qui les mèneront à la victoire.
Les conséquences qui en résulteront se montreront grandioses: L'ennemi aérien et terrestre vaincu. Le Rhin reconquis. La vieille Gaule revenue dans ses anciennes frontières.
Tacticiens et aviateurs, consacrez-vous, les uns à combiner ce grand thème, les autres à le réaliser. Pour la Patrie 1 Pour la prospérité et la gloire de la France I
La sublime issue en sera l'acheminement vers l'union des peuples !