‹ L'avocat; comédie en trois actesChapitre 18 sur 68 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

pas ce qui se passait au château. Personne ne le sait, personne.

Que se passait-il donc?

PAULINE

Madame m'a défendu d'en parler. Madame est une sainte, qui ne voulait pas que l'on dise du mal de son bourreau. Elle était là toute seule, presque séquestrée , toute seule avec lui. Elle tâchait de nous f lire croire qu'elle n'était pas malheureuse. Aux autres c'était facile, parce que ce bandit-là était faux comme un jeton, et quand il venait quelqu'un il était poli avec Madame, et galant, et empressé. Oui, aux autres, c'était facile, mais comme à moi, ce n'était pas possible, elle l'excusait, elle disait qu'il était très bon daas le fond, et que ses colères et ses manies ça venait d'une maladie qu'il avait eue étant petit... Et si elle avait une marque de coups...

Oh!

PAULINE

Oui, 3Ionsieur. Je ne dis pas que ça arrivait tous les jours, mais c'est arrivé bien des fois... eh bien, elle essayait de mentir, de dire qu'elle s'était cognée. Et un jour, qu'elle n'a pas pu, parce que j'avais vu, elle m'a embrassée et elle m'a dit : « Pauline, je suis bien malheureuse. Mais si vous m'aimez, ne racontez à personne ce que vous savez. Il ne faut pas qu'il y ait de scandale ». Quand il y avait une scène, elle venait fermer les portes pour que nous n'entendions pas et elle retournait auprès de son fou, essayer de le calmer. Mais malgré tout, nous, les domestiques, on entendait le monstre prononcer des mots qu'il rapportait du cabaret de l'Écluse et des endroits honteux où il allait souvent passer des nuits. Tous les jours, il trouvait un

nouveau moyen de la faire souffrir. Et il en inventait ! il en inventait! .. Tenez... je me rappelle, un matin, en se rasant, il se fait à la joue une coupure légère mais qui saigne beaucoup, beaucoup... Alors il se barbouille de sang le visage et la gorge, et se met à pousser des cris terribles et à appeler Madame qu'il savait dans la pièce d'à côté. Elle vient, s'évanouit à demi, cherche à le relever, et lorsqu'elle parvient à le retourner et à voir le visage, elle le voit rire, rire aux éclats de son effarement, et elle l'entend lui dire : « Tu aurais été contente, hein, si ça avait été vrai? Ce n'est pas encore pour cette fois... Et d'abord, tu n'avais guère de chagrin! » Voilà ce qu'il a fait. Et tant d'autres diableries qui ne me reviennent pas sur le moment... Il se mettait, à propos de rien, dans de telles colères qu'il ne pouvait plus parler. Alors, il écrivait à Madame des grossièretés, des insolences sur des bouts de papier qu'il laissait traîner... et que, souvent, je jetais au feu.

Pauvre femme !... Mais que lui reprochait-il? Sous quels prétextes lui faisait-il des scènes semblables?

PAULINE

Sous quels prétextes? Tous. Comme il n'en avait aucun, il avait le choix. N'importe lequel, je vous dis, monsieur Martigny. Mais le plus souvent, c'était la j'ilousie. La jalousie ! Je vous demande... Cette pnuvre madame qui ne voyait personne. Car depuis que vous, monsieur Martigny, vous n'êtes plus revenu, il y a déjà longtemps...

MARTIGNY

Longtemps...

PAULINE

Vous vous le rappelez?... Eh bien, depuis il n'est pas venu au château une seule personne qui s'appelle du monde.

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