ACTE PREMIER
çon!... j'ai eu bien du chagrin, parbleu! II faudrait ne pas avoir de cœur. . Beaucoup de chagrin... Enfin, n'estce pas, il y a déjà deux ans... Comme le lemps passe, croyez-vous ! {Prenant son parti.) Ah! et puis à quoi bon tourner autour du pot... Vous êtes avocat, vous en voyez de toutes sortes, hein... Vous en entendez de raides, ici... Moi, je suis tout franc... Ce qui est, ça est. J'aime mieux vous le dire tout net... Mon fils était un chenapan. Moi, en mal, en beaucoup plus mal. Je sais qu'il rendait sa femme malheureuse, qu'il faisait la noce avec des mariniers, des braconniers... Voilà... Ce n'est pas pour le plaisir que je vous dis cela, hein? Vous le comprenez? Seulement, tout ça, il faut que ça reste entre nous... A l'audience, il n'y a pas besoin d'en parler... Quoi, il est mort, n'est-ce pas? 11 était ce qu'il était. Pas grand'chose, je le sais bien, mais c'est inutile de l'apprendre à ceux qui ne le savent pas. C'est compris. II y a ces sales journaux qu'on lit partout... Vous comprenez...
Je crois. Mais il me sera peut-être difficile, monsieur, de vous donner satisfaction... Vous désirez, il me semble, que, dans ma plaidoirie, je passe sous silence la conduite de monsieur votre fils.
MONSIEUR DU COUDRAIS
C'est ça, c'est ça... Maintenant, n'est-ce pas, pour ce qui est de la chose... Ça va vous forcer à travailler... Je comprends... Toute peine mérite salaire... Vous me compterez cela comme une plaidoirie... Vous comprenez...
MARTiGXY, sans se fâcher, plutôt souriant.
Non, je ne comprends pas, ou je ne veux pas comprendre...
MONSIEUR DU COUDRAIS
J8 n'ai pas voulu vous blesser... Je sais... vous exercez un sacerdoce... Mais le prêtre vit de l'autel, n'est-ce pas?
MARTI GNY, l'arrêtant.
Je vous en prie...
MONSIEUR DO COUDRAIS
Enfin, vous me promettez...
Non... Rien... Je le regrette vivement, monsieur, mais il m'est impossible de vous faire aucune promesse.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Allons, c'est un père de famille bien éprouvé qui s'adresse à vous.
Je comprends votre souci, mais je ne puis prendre aucun engagement.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Mais si.
Mais non... Je puis vous promettre, dans la mesure du possible, de ménager la mémoire du défunt. Mais j'ai la charge des intérêts de ma cliente et j'entends rester complètement maître de ma plaidoirie... {Se levant.) Encore une fois tous mes regrets, monsieur.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Oui... vous me mêliez à la porte, avec un peu d'eau bénite... Ça ne fait pas mon affaire... Vous êtes un homme qui ne se contente pas de demi-confidences... Eh bien, voilà... J'ai des raisons graves pour vous demander cela... Graves... Vous comprenez ce que je veux dire? Je vais marier ma fille.
Je ne vois pas...
MONSIEUR DU COUDRAIS
Attendez... Ça ne sera pas long, mais il faut me laisser le temps de vous expliquer, sans quoi, si intelligent que