ACTE PREMIER
LOUISE, S efforçant déparier.
C'est si terrible, ce qui m'arrive...
Vous êtes à la fin de votre calvaire... A-\anttout, permettez-moi de vous dire, madame, ma joie de l'occasion qui m'est offerte de me dévouer à vous.
LOUISE
Je suis moi-même heureuse de mettre entre vos mains l'avenir de ma vie, et je serai heureuse de la reconnaissance que je vous devrai.
MAHTiGNY, après un court silence.
Vous ne doutez pas, je suppose, de votre acquittement.
LOUISE, comme un enfant timide.
Je ne sais pas, monsieur.
Moi, je n'en doute pas. Vous me croyez?
Oui.
MARTIGNY
Vous ne regrettez pas trop que Me Courtalain ait dû se dessaisir du dossier?
LOUISE
Non... Oh! non.
J'ai pour vous une si haute estime, je vous sais tellement incapable d'une action sans noblesse que je me sen.> plein de confiance en moi. Je vous parais peut-être bien présomptueux ?
LOUISE
Non.
MARTIGNY
Ma profonde conviction me fera, j'en suis siir, trouver les accents qu'il faudra. Soyez donc rassurée.
LOUISE, encore tremblante.
Je le suis, monsieur. [Se reprenant.) Mon cher maître... Pardonnez-moi...
MARTiGNY, s'iiisiallaut à son bureau.
Voyons... (Le professionnel reprend le dessus, par habitude il feuillette le dossier.) J'ai besoin, madame, de votre collaboration, il faut que vous me permettiez de vous poser mille questions. [Sur un petit geste de Louise.) C'est indispensable. Un avocat est un peu un confesseur, vous le savez, et, comme tel, il oublie, au dehors, ce qui a pu lui être révélé dans son cabinet. Tout ce que vous me direz restera entre nous, et j'en aurai perdu pour toujours le souvenir à la fin du procès. Je ne m'y servirai, d'ailleurs, que d'arguments sur lesquels nous nous serons mis d'accord. [Se préparant à prendre des notes.) Je suis forcé, madame, de vous demander quelques détails sur votre vie intime avec M. du Coudrais.
LOUISE, d'une voix faible, mais nette... la phys^ionomie
subitement fermée.
Je ne veux pas que soient étalées en public les misèresde ma vie.
MARTIGNY
Oui. Je comprends la révolte de votre fierté devant l'outrage de cette accusation. Je comprends que vous soyez indignée à la pensée d'être mise dans l'obligation de vous défendre.
LOUISE
Si 1 on a des preuves que je suis coupable qu'on me condamne, qu'on me condamne...
MARTIGNY
Sans doute, sans doute. Vous avez mille fois raison, madame, c'est à l'accusation de faire la preuve. La culpabilité peut se prouver, et c'est à qui accuse de le faire.
LOUISE
Alors?... [Douloureuse.) Qu'on fasse de moi ce qu'on