ACTE DEUXIÈME
Je ne l'ignore pas.
MONSIEUR LEMERCIER
Oscrez-vous, alors, demander une nouvelle remise! On dirait : « M'' Martigny refuse de la défendre, parce qu'il la sait coupable... » Et on croira que c'est vrai, on le croira, on le croira... Hélas! parce que c'est peut-être la vérité 1
MARTIGNY
La vérité?
MONSIEUR LEMERCIER
Je suis moi-même épouvanté de ce que je dis. Voici trois nuits que je ne dors pas, obsédé par cette pensée, reprenant, retournant la question dans tous les sens. Je suis torturé, littéralement torturé. Je n'ai plus mon jugement. Je vis dans un cauchemar qui ne me laisse aucune trêve. J'en suis arrivé là, à ne trouver d'explications que celle du meurtre commis par elle... Et vous, vous ne vous révoltez pas à m'entendre... [Un silence.) Vous ne dites rien... Hélas ! Je le sens, vous êtes arrivé à la même
conclusion !
M A R T I G N' Y , faiblement.
Non, mon cher ami... Non... Mais il faut bien reconnaître que l'atroce logique m'a conduit au même doute. Je vous demande pardon.
MONSIEUR LEMERCIER
Mais pourquoi aurait-elle tué ?
MARTIGNY
Si elle avait... si elle a tué, elle a certainement toutes les excuses. Il est évident qu'une femme de sa valeur morale et de sa bonté, de sa douceur, de sa faiblesse n'aurait pu en arriver à cet acte que sous une violente et terrible poussée... Il faut qu'il y ait eu comme un cas de légitime défense.
MONSIEUR LE MERCIER
J'y ai pensé. Elle était menacée de mort. Soit. Mais si cela était, c'est dans le château même qu'on eût trouvé le corps de l'agresseur, du mari!
MARTIGNY
Peut-être n'était-ce pas elle qui était menacée.
" MONSIEUR LEMERCIER
Qui?
MARTIGNY
Elle pouvait avoir un attachement que nous ignorons.
MONSIEUR LEMERCIER
Elle!
MARTIGNY
Je sais bien ce que cette supposition peut avoir de pénible pour vous. Elle m'est aussi très douloureuse, croyez-le. Quoi de plus pardonnable cependant qu'une affection profonde, consolatrice de tant de douleur ? Qui, mieux que cette victime, pouvait attirer la pitié et... l'amour. Et si elle avait répondu à cet appel de la vie et de la passion... Qui donc, quel qu'il soit, oserait le lui reprocher?
MONSIEUR LEMERCIER
Elle aurait aimé... Mais qui?
Nous l'ignorons... Un voisin... Même un étranger, mais quelqu'un que le mari savait être, ce soir-là, tout près, attendant...
MONSIEUR LEMERCIER
C'est impossible.
MARTIGNY
Moins que toute autre hypothèse... Qu'elle ait été aimée, qu'elle ait aimé, rien de plus simple. Le mari, vous le savez, était jaloux jusqu'à la folie. Qu'il apprenne tout à coup la vérité, que le lieu de rendez-vous nocturne