ACTE DEUXIEME
lui soit soudainement révélé, il ne se connaît plus, il charge son fusil de chevrotines et sort en déclarant qu'il va tuer. Elle le supplie, il la rudoie. 11 sort. Elle saisit le revolver qui s'offre à sa vue dans le tiroir mal fermé, elle rejoint son mari, l'implore de nouveau, inutilement, et alors, la tête perdue, ne voyant d'autre moyen de sauver celui qu'elle aime, elle tire. Le mari tombe. Elle s'enfuit, jette son arme dans la rivière où on l'a retrouvée et rentre chez elle, car elle pouvait entrer et sortir sans être entendue.
MONSIEUR L E M E R C I E R
Elle aurait fait cela!
Je ne dis pas qu'elle l'ait foit, grands dieux!... Mais j'ai le chagrin de ne rien trouver autre qui ne soit insupportable à la raison ou démenti par les faits.
MONSIEUR LE MERCIER, ÛVeC éclut.
Eh bien non ! Ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai ! Je suis certain que ce n'est pas vrai ! Pourquoi? Je ne sais pas, mais je le sens, j'en suis sûr, ce n'est pas vrai! Non! ce n'est pas possible! Ma fille n'a pas fait cela... Contre toutes ces vraisemblances, il est en moi une vérité supérieure qui me donne la certitude que ma fille n'a pas été une épouse coupable...
JI A R T I G N y .
Oh ! Comme je ne demande qu'à vous croire I
MONSIEUR L E M Ë R G I E R
Non ! Elle n'a pas menti, rusé, acheté des complaisances de domestiques. Elle est incapable des hypocrisies, des bassesses inévitables.
MARTIGNY
Je le sais.
MONSIEUR LEMERCIER
Je connais son enfance, sa jeunesse. Son âme est droite,
loyale, fière... Son crime n'est explicable que si elle a un amant : eh bien, elle n'a pas d'amant, et elle n'est pas criminelle 1
Je vous crois... Oui, vous me faites partager votre foi! Si vous saviez combien il m'avait fallu lutter contre moimême, contre mes sentiments, contre ma conviction intime, pour accepter la triste hypothèse que je viens de vous dire, et dont je vous demande pardon. Votre cœur, votre instinct ne vous trompent pas. Pardonnez-moi.
MONSIEUR LEMERCIER
Moi aussi, j'avais été amené à cette supposition du meurtre expliqué par un amour caché. J'en suis profondément humilié. Nous allions conclure à la culpabilité parce que nous ne trouvions pas d'explications à l'innocence ! Eh bien, cette innocence n'a pas à être expliquée, elle est. Je le sens dans le frémissement de tout mon être... Il y a des vérités plus fortes, plus sûres que celles dont notre pauvre raison humaine tente la démonstration.
C'est vrai! c'est vrai! Ne clierchons pas à justifier un inexplicable enchaînement de faits. Partons de là : elle n'est pas coupable.
MONSIEUR LEMERCIER
Elle n'est pas coupable!
MARTIGNY, dUTlS UTl Cri.
Eh! non, cher ami, elle n'est pas coupable! Nous en sommes convaincus, vous et moi, nous le croyons fermement. Mais, cette conviction, pouvons-nous espérer la faire partager? Nous avons l'un et l'autre cette certitude. Mais, sommes-nous sûrs de pouvoir l'imposer au jury? Nous deux, nous avons foi dans sa droiture, son honnêteté, sa pureté. Mais les autres, ceux qui auront à la juger et qui ne