ACTE DEUXIÈME
ne te reste qu'à montrer le peu de valeur des preuves apportées par l'accusation.
MARTIGXY.
Si je m'en tiens là, madame du Coudrais est condamnée.
LE PRÉSIDENT
J'en ai peur.
MARTIGiXY.
Il faut donc que je ne m'en tienne pas là.
LE PRÉSIDENT
Que feras-tu ?
MARTIGXY.
Que puis-je faire? Choisir le moindre mal.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire, malgré tout, montrer l'indignité du mari.
LE PRÉSIDE X T
Malgré ce que tu viens d'entendre?
MARTIGXY.
J'ai la charge de défendre madame du Coudrais et non d'épargner à la famille du mari une honte d'ailleurs méritée.
LE PRÉSIDE X T
Mais madame du Coudrais elle-même t'interdit les révélations de ce genre.
MARTIGXY.
Suis-je tenu de lui obéir?
LE PRÉSIDE X T
Certes oui. Tu n'as pas à substituer ta conscience à la sienne.
MARTIGNY
11 est des noyés qu'on sauve malgré eux.
LE PRÉSIDENT
Je ne suis pas certain que ce soit toujours un bien. Mais ne nous laissons pas aller aux comparaisons qui n'ont aucune valeur dans un raisonnement. Il ne me semble pas que tu aies le droit de défendre un client contre sa volonté.
M ART r ON Y.
Mon devoir est de tout faire pour le sauver.
LE PRÉSIDENT
Tout, c'est beaucoup dire.
Si ce moyen m'échappait il ne me resterait plus que l'affirmation de l'innocence.
LE PRÉSIDENT
Non, cela ne te reste pas, car tu ne peux pas plaider contre ta conscience. Est-ce à toi qu'il faut dire cela et te citer l'article que le Président des Assises doit te lire ou tout au moins te rappeler : « Le Président avertira le conseil de l'accusé qu'il ne doit rien dire contre sa conscience. »
MARTIGNY
Dois-je, alors, rendre le dossier?
LE PRÉSIDENT
Cela équivaudrait à un témoignage à cliarge.
MA,RTIGNY.
Alors?
LE PRÉSIDENT
Je t'ai répondu.
MARTIGNY
Je ne puis la sauver qu'en affirmant son innocence.
Mentir? Toi!... Tu ne peux faire, honnêtement, qu'une chose : montrer que l'accusation n'apporte pas de