ACTE DEUXieiE
preuves. Rien de plus. Voilà ton devoir. Et tu le sais bien toi-même, que c'est ton devoir.
Votre logique est terrible... et inhumaine.
LE PRESIDENT
Les principes sont faits pour gêner, et c'est en gênant qu'ils sont utiles.
Il y a peu de mes confrères qui hésiteraient.
LE PRÉSIDEXT.
Hélas!
il A R T I G N Y .
Et chaque jour, dans tous les tribunaux du monde...
LE PRÉSIDENT, Se levaiit.
Oui, chaque jour, il y a des avocats qui avilissent leur profession. Il est d'autant plus nécessaire qu'elle soit honorée par d'autres. Le public, écœuré, déçu, désemparé, ne trouvant parfois qu'un exploiteur alors qu'il attendait un conseil, étourdi par les éclats d'une éloquence dont le vide et la puérilité lui apparaissent bientôt, en arrive à dire avec dédain : « C'est un avocat ; pour la même somme d'argent il plaidera avec une égale conviction le pour et le contre ». Ne laissez pas s'installer cette opinion qui n'est justifiée que pour un petit nombre d'entre vous. Ne méritez pas l'insulte qu'on vous fait en vous appelant « marchands de paroles ». Votre contact quotidien avec la souffrance humaine vous crée des devoirs plus hauts. Elle vous grandit en vous implorant. Mon enfant, tu dois être de ceux-là dont l'Ordre est fier. Il n'y a pas de complaisances, ni de marchandages possibles, ni de subtilités défendables lorsqu'il s'agit du devoir professionnel. .
Le devoir professionnel, c'est la défense complète,
absolue, sans limites, de celui qui nous confie le soin de son honneur. Au criminel surtout, nous ne devons avoir qu'une pensée : disculper l'accusé. Je me dois tout à mon client.
LE PRÉSIDENT
Tu lui dois ton talent, mais non pas ton honneur.
MARTIGN Y.
Mon honneur c'est de le sauver, c'est de le défendre contre le formidable appareil qu'on appelle la justice humaine : policiers, gendarmes, geôliers, juges, prison, code. En face de celte puissance, gigantesque par son organisation, redoutable par son irresponsabilité, la loi a senti que la plus élémentaire équité lui commandait d'en placer une autre, celle du défenseur, mandataire de la Pitié, contrepoids de la passion et de l'erreur sociales, mandataire de l'indulgence, contre l'insensibilité du magistrat endurci et incompréhensif... Oui, je dis bien : c'est un contre poids qu'elle a voulu mettre dans un des plateaux de la balance, et si à ce contre-poids on n'avait pas réservé cette place, la balance n'aurait plus raison d'être et la Justice ne serait plus qu'une statue insensible, un bandeau sur les yeux, un glaive à la main et un cœur de pierre dans la-poitrine ! Mais, à coté de cette Force, la Loi, dans un accès de fraternité, dans un remords peutêtre, dans une inquiétude certainement, la loi a placé la défense. Elle lui a donné des droits étendus, elle l'a honorée, elle la protège, elle lui donne les libertés les plus grandes. Elle va jusqu'à couvrir ses excès de parole.
LE IT.ÉSIDENT.
Mais pas le mensonge!
Elle l'autorise.
LE PRÉSIDENT
Jamais!