ACTE TROISIKME
la mesure du possible le mal qu'on lui a fait commettre, Voici : une partie est irréparable, et ma femme vous a dit son indignation, vous a jeté à la figure le mot que vous ne méritiez peut-être pas, vous, mais que méritait celui qui vous a poussé. Je reconnais qu'ensuite vous avez essayé de l'atténuer en faisant de ma famille et moi un éloge qui a un peu calmé ma colère. Mais il ne faut pas que le mal s'étende. II y a les journaux qui, si on les laisse faire, imprimeront tout et permettront dans dix ans, vingt ans, à quelque malfaiteur de ressusciter votre outrageante plaidoirie... J'ai pu obtenir de tous ces messieurs, sauf d'un, le silence. C'est celui-là même avec qui je vous ai vu vous entretenir amicalement. Il m'a dit : « Tout dépend de M^ Martigny, s'il me demande de me taire, je me tairai. »
C'est fait. Je le lui ai demandé.
il 0 X s 1 E U p. L E M E R C I E R .
C'est fait?
JI A R T I G X Y
Oui. J'ai sa parole.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Alors c'est bien. Adieu, monsieur.
Il va pour sortir.
MONSIEUR LEMERCIER, SlippUant .
Rendez-nous les lettres, monsieur du Coudrais.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Non.
MONSIEUR LEMERCIER
Quel intérêt avez-vous à les conserver?
MONSIEUR DU COUDRAIS, violent.
Je garde des armes contre vous. Je garde la possibilité de me venger de vous. Je vous empêche de partir d'ici délivré de toute angoisse et de toute inquiétude.
92 LAVOCAT
LE ru ÉSIDENT MAUTIGNY.
Ne pensez-vous pas qu'il y a eu autour de vous assez de larmes et de misères ?
MONSIEUR LE MERCIER
N'êtes-vous pas assez vengé ?
MONSIEUR DU COUDRAIS
Non ! non! Mille fois non ! A cause de vous, monsieur Lemercier, et par vous, je viens de souffrir mille morts dans mon orgueil et ma tendresse de père... Parce que vous l'avez voulu, on a déchiré mon pauvre enfant sous mes yeux. On a étalé ses tares, on a exagéré ses vices, on a décrit, exploité sa maladie, on a dévoilé ses bassesses. Vous n'avez pas voulu qu'on le laissât dormir en paix dans cette tombe où votre fille l'a jeté... Plus on le montrait abject, et plus vous étiez content.
Si vous pouvez reprocher ses divulgations, c'est à moi.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Non! Vous faisiez votre métier, vous! Vous déchiriez la proie qu'on vous avait livrée! Peu vous importe le mal que causeront vos paroles. Vous les jetez sur des absents comme des projectiles aveugles, vous sacrifiez à un effet oratoire, à la joie d'une heureuse rencontre de mots la douleur de gens qui ne sont pas là ou qui ne peuvent riposter. On appelle ça la liberté de la défense. Vous en faites la liberté de l'outrage. C'est la liberté pour vous, pour vous seul. Et même si votre victime avait la possibilité de répondre, comme il lui manquerait ce que vous appelez votre talent, elle serait vaincue d'avance et n'aurait fait que s'attirer de nouveaux sarcasmes... Oui, je sais, pour une raison ou pour une autre vous en avez eu honte vous-même. Cela peut vous excuser un peu, vous, mais vous seulement. Aussi je vous laisse à votre remords