ACTE TPiOISŒME
sans croire, d'ailleurs qu'il vous empêchera de recommencer.
LE PRÉSIDENT MARTIGNY
Ayez pitié! Faites vous-même ce que vous reprochez à mon fils de n'avoir pas fait.
MONSIEUR L E M E R CI E R
N'aurez-vous pas pitié de moi !
.\! 0 N s I E U R DU COUDRAIS.
De vous! Non, je vous dis! C'est vous qui avez informé votre avocat, vous qui avez appelé les domestiques à révéler au public les hontes qui vont peser sur moi et sur les miens! Vous, le père, vous avez eu l'impudeur de livrer à la foule tous les secrets de ce ménage, et les tristesses de son intimité.
MONSIEUR L E M E R C I E R
Je l'ai fait pour défendre l'avenir de mon enfant.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Et moi je défends la mémoire du mien en gardant les lettres qui vous font peur. [Se frappant la poitrine.) Je les ai là, et je les garde !
MONSIEUR LE MERCIER
Mais, ma parole, à vous entendre, on croirait que vous n'avez rien à vous reprocher, vous! La première faute, celle d'où sont sortis vos malheurs et les miens c'est vous qui l'avez commise, vous! Vous aviez un fils déséquilibré, épileptique, chassé du lycée, chassé de toutes les maisons où vous l'aviez placé. Alcoolique à quinze ans, débauché à dix-sept. Au sortir de l'école d'agriculture, où on l'avait admis avec peine et en âge de s'établir, comme on vous avait recommandé pour lui la vie au grand air, vous lui avez acheté ce domaine? Ce n'était pas tout... Il fallait le marier. Et c'est alors que vous avez commis votre crime. Ma fille était seule chez sa parente, que vous connaissiez. Moi, j'étais avec sa mère en
Afrique où je m'efforçais de refaire ma fortune et de lui gagner une dot. Elle était isolée, sans conseils, sans affection. Vous l'avez attirée chez vous afin de faire d'elle la compagne sacrifiée d'avance qu'il fallait à votre malade. Et de plus, vous me l'avez confessé, vous vouliez, dans votre orgueil de hobereau, un héritier de votre nom. Vous aviez pris ma fille comme on prend une esclave.
MONSIEUR DU C 0 U n K A I S .
Elle ne s'est pas fait prier pour accepter. Cela la flattait d'entrer dans une famille titrée. Vous ne vous êtes pas fait prier non plus, monsieur Lemercier. L'orgueil du hobereau a été aidé par la vanité du bourgeois.
MONSIEUR LEMERCIER
Je croyais qu'elle serait heureuse.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Et moi je croyais aussi que mon fils serait heureux.
MONSIEUR LEMERCIER
Elle en a été bien punie.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Mon fils en a été plus cruellement châtié.
MONSIEUR LEMERCIER
Je ne sais pas...
.M 0 N s 1 K u R DU COUDRAIS.
Taisez-vous ! Elle vit !
MONSIEUR LEMERCIER
Elle vit pour une existence de remords et de désespoir. Je sais, maintenant, le martyre qu'elle a supporté.
MONSIEUR DU COUDRAIS
Elle a SU le faire cesser, la misérable !
MONSIEUR LEMERCIER
Ah! oui, misérable! Il a fallu qu'elle le soit pour en arriver là !... Elle était la douceur, la simplicité, la bonté