SCENE III
Les Mêmes, LE MAIRE DE NANCRÉ.
SI A R T I G N Y
Bonjour, monsieur le maire.
Poignée de mains.
LE MAIRE
Bonjour, monsieur Martigny. Ça va bien?
Merci. Je vous suis reconnaissant d'avoir bien voulu vous déranger pour préciser devant moi les renseignements que vous avez donnés à M. le Juge d'Instruction.
LE .MAIRE
Ben, on en fait, des affaires, à propos de cette histoire là ! Faut-il qu'il y ait des gens enragés pour tourmenter cette pauvre madame du Coudrais !
Certes... [Feuilletanl le dossier.) Voyons, dites-moi ce que vous savez.
LE MAIRE
Ben, tout le monde doit le savoir aussi bien que moi, depuis le temps qu'on me le fait répéter. Enfin! Vous, c'est la première fois... Alors, le 25 novembre, de grand matin, il y a eu deux ans au dernier mois de novembre, Billot, le bûcheron, vient me réveiller et me dit comme ça : « Venez vite, monsieur le Maire, il y a un malheur, je viens de trouver M. du Coudrais mort aux Peupliers Blancs, à côté de la rivière ». J'y dis : « Pas possible! » « Si î, qu'il me dit. « Alors, je lui dis : « Il fallait le faire transporter chez lui; le château n'est qu'à trois cents mètres ». « Pas la peine, qu'il me répond, il était déjà froid et puis j'ai vu qu'il y avait du sang sur lui ». Alors, j'y vais et je trouve en effet ce pauvre M. du Coudrais étendu sur le ventre, la bouche ouverte, qui avait l'air de manger de la terre. Son fusil était à côté de lui. Je retourne le corps et je vois laveste brûlée sur le devantavec une grande tache brune, qu'était du sang. Je me dis : c'est un accident. Je regarde le fusil. 11 était tout armé. Pour ne pas qu'il arrive un autre malheur, je retire les cartouches, — les deux coups étaient chargés, — je fais prévenir au château, et j'envoie le garde-champétre au télégraphe, pour informer ces messieurs du parquet... Alors on a commencé des enquêtes, on a été chercher ça et ça... Moi, du premier coup, comme tout le monde de chez nous, j'ai dit : « Voilà ce que c'est. Ça devait lui arriver, à boire et à passer des nuits avec n'importe quel galvaudeux ». Quand c'était avec des gens du pays, passe encore; mais il allait à ce cabaret à côté de l'Écluse, trouver des mariniers, des chemineaux, des gens de toute sorte... Il aura amené un de CCS chenapans avec lui, à l'affût, et c'est comme ça que c'est arrivé.