ACTE PREMIER
Vous avez fouillé le cadavre?
LE MAIRE
Oui, monsieur Martigny, je l'ai fouillé, parfaitement. Et c'était mon droit et mon devoir, et on ne peut pas me le reprocher.
MARTIGNY
Mais je ne vous le reproche pas! Je veux savoir de vous si le vol a été le mobile du crime.
LE MAIRE
Ça, je ne peux pas le dire. Mais si celui-là qui l'a tué a voulu le voler, faut croire qu'il était bien manchot, parce que M. du Coudrais avait encore son portefeuille dans sa poche, et son porte-monnaie et sa montre.
Avez-vous remarqué des traces de lutte autour du corps?
LE MAIRE
Non, il n'y en avait pas. Il gelait.
Vous n'avez rien trouvé qui puisse mettre la justice sur la piste du coupable?... Un bouton, un mouchoir... Il arrive souvent...
LE MAIRE
Oui, oui, je sais ce que vous voulez dire. Je n'ai rien trouvé. Ce n'est pas faute d'avoir cherché.
MARTIGNY
Et malgré cela, vous pensez...
LE MAIRE
Parbleu! Il aura été dérangé, le bandit.
MARTIGNY
L'heure du crime?
LE MAIRE
Dix heures et quart du soir.
Gomment le sait-on?
LE MAIKE.
Plusieurs personnes ont entendu la détonation. On a cru que c'était quelque braconnier.
Cette heure est bien, en effet, celle qu'indique comme approximative le médecin légiste !
LE MAIRE
Mais tenez, monsieur Martigny, c'était peu après l'arrivée du petit train, celui que vous prenez pour venir à la Giraudière... Si vous étiez venu cejour-là, qu'était justement un samedi, vous auriez pu rencontrer le gars.
MARTIGNY
Ce samedi-là, en effet, je ne suis pas allé à la Giraudière.
LE MAIRE
Ça vaut peut-être mieux pour vous, monsieur Martigny.
Vous n'avez pas d'autres renseignements ?
LE MAIRE
Non, monsieur Martigny. Mais ce qui me tracasse, c'est de ne pas pouvoir comprendre pourquoi M. du Coudrais allait à l'afîût au lapin avec un fusil chargé de chevrotines.
MARTIGNY
Oui, c'est en effet inexplicable.
LE MAIRE
Maintenant, il était tellement toqué... Voilà, c'est tout ce que je sais.