TREVOR, GILBERT
TREVOR. atUnt Miment i Gilbert.
Vousditts, Monsieur, qu’on vous accuse?...
GILBERT
En deux mots, voici r Les biens confisqués de fan lord Windall, le général royaliste, ont été dévolus, mènu a avant sa mort, à son beau-frère, "sir Jaffray, qui s’ôtait rallacUé u la cause du Parlement. Vous savez cela peut-être?
TREVOR
Ah! le nom de lord Windall est mêlé à ccttc affaire?
GILBERT
Sir Jaffray est donc resté maître des écrits et du testament du comte..."
TREVOR
Oui, l'indigne!
GILBERT
LC testament, il semble l’avoir anéanti. Mais , dans les papiers, il cil a découvert un portant cette inscription : Èlat îles
pierreries et autres valeurs remises par mai d Suivaient deux
initiales... qui sc trouvent être lu miernes.
T RM OR.
Ah! — Vous connaissiez Inrd Windall, Monsieur?
Je lui avais été recommandé par sou fr»-rc mourant.
TREVOR, le regardant.
Et... res valeurs ont disparu?
Gl L St RT, Aire «fort.
Oui.
TREVOR
Et! — pardon, Monsieur! — aux terme» de la loi anglaise, von- présenteriez- vous devant la justice coupable ou non coupable f
GILBERT, tioublé.
Mais, Monsieur, non coupable.
TREVOR
Alors, savez-vous que vous aviez grandement tort de vouloir vous tuer?
GILBERT, «oui le rrgard d« Trt'or.
Monsieur!... êtes-vous mon juge ou mon avocat?
1 A EVOR.
L’avocat est le premier juge, mais le juge qui doit toujours
L’AVOCAT DES PAUVRES
pardonner. L'autrp juge est obligé de condamner sur les faits; Favocat a le bonheur de pouvoir acquitter sur les cause*.
GILBERT
Maître, je ne me crois pas coupable, mais je n'ai p:-. de preuves pour moi, et j’ai les apparences contre moi. Je ne me Crois pas tout à fait Coupable, tuais qui «ait si je ne le serais pas dévêtit une intégrité comme la vôtre?
trevor.
Je suis dur pour moi-même, c’est vrai, je dois cela à la souffrance; mais je suis indulgent aux autres, je 'dois cela à ma mère. Allez l vous pouvez me parler comme vous parleriez à votre conscience. Je vois bien ce que vous êtes. Je vous ai tout j d'abord connu à vos résolutions violentes, suivies de deflil- j la ne soudâmes. Vous n'avez pas , vous , lutté de bonne heure avec J;t vie; et vous ne la dominez pas toujours. Je vous connais, vous dis-je ! Laissez-moi,lais«ez-nioi sans crainte mettre le doigt du Samaritain dans votre plaie.
GILBERT, eatratii*.
Vous saurez tout! Mais le secret de ma confidence mourra là?
TREVOR
C’est le secret de la confession.
GILBERT
Vous m’en donnez votre parole d'honneur?
mtvon.
Je vous en donne ma parole.
GILBERT
* Kl il n'est point d'influenre, point de nécessité nu monde qui puisse vous faire manquer à votre serment?
TREVOR
De tous les criminels, celui que je plains peut-être le plus, c'est le parjure. Nul être ne me semble moins libre, c est-a-ilirc moins homme. Les auLres coupables enfreignent des loi- qu'ils n’ont pas faites. Le parjure viole sa propre loi, sa parole consentie. Faut-il qu'il soit saisi et torturé par la fatalité*.'
GILBERT
Eh bien! interrogez- moi. Air si vous trouviez à me pardonner... je ne dis pais à m’absoudre!
TREVor, »i(c uot gmilé IrlMc.
Lord Windall, n'est-il pas vrai, vous avait réellement remis ce dépôt?
GILBERT
Oui... un portefeuille renfermant, en diamants et en billets, une valeur do rent mille livres de France. — Oh ! mais attendez! la faute, la triste faute a «usai ses excuMl.
TREVOR
Ah! clic en a, n*esl-ce pas? Ali ! voyons-lcs, pesons les ensemble. Et d’abord, vous avez dû, vous avn pu croire assurément que le comte, dans sa pensée, vous donnait ou vous destinait ce legs après lui?
GILBERT
Sur mon àme! ce fut, et c’est toujours nia conviction intime. Lord Windall me l'avait clairement lait entendre. Tout m'affirme que j’étais pour lui le reprcM-ubnil de son frère. D'ailleurs, a qui restituer ce portefeuille? Fallait -il ajouter cette aubaine au butin de ce sir Jaflïuy, qui a si là> lument trahi et Spolié le comte ?
TREVOR
La remise du dépôt avait donc précédé la confiscation des biens de lord Windall?
GILBERT
Oui. La date de l'écrit mémo du comte en fait foi.
Et... qu’est devenu le portefeuille?
GILBERT
Le voici. Je VOUS l’apportais. (il ntl le prltMlle dut In maint «timor.) Ah! Monsieur, si j'avais été saisi avec ce portefeuille Sur moi, j’étais perdu.
TREVOR, IVtaïuiiitnl.
Perdu? non. Même condamné, vous ne le seriez qu'à la prison
GILBERT
Et au dé-honneur! je n’y survivrais pas ! qu’esl-cc que je dis? je ne l'attendrais pas !
TREVOR
Je vous crois. Je crois que vous ne supporteriez pas la honte. Et que manque-t-il là-dedans?
GILBERT, «»te eonfution.
Mou Dieu !.. une irrésistible passion m’a entraîné : j’ai dù suivre pailout, atout prix, une jeune fille que j'aime!., il manque là environ le tiers des pierreries.
TREVOR
Et, pour l'avenir, quelles sont vus intentions?
I.e puisage cuire le* «*l -risque* c l supprimé à la reprisent*-
tloa.
GILBERT
Alt J je veux laisser ce portefeuille dans des mains sûres, dan* les vô’trt's, si vous y consentez, et puis, no me reposer que lorsque j’aurai refait et complété k dépôt tel que Je l’ai reçu.
Bien ! A votre tour, y engagez -voua votre parole?
r. IL UE UT.
Ma parole et ma vie. Tenez, Monsieur, voici lin écrit où j’ai désigné les diamants dont la fatalité m’a lait me dessaisir; j’ai marqué là aussi les moyens que je me suis réservés pour racheter ces pierreries.
TREVOR
A la lionne heure!... L’événement ne peut manquer de nous apprendre si ce dépôt appartient aux héritiers de lord Windall,— ou à l’État, — ou à vous-même.
GILBERT, avec une Sorte d'inquiétude.
Et... vous gardez cette note. Monsieur?
TREVOR
Sans doute, avec le portefeuille. Oh! Monsieur, si vous avez appris à vous cuirasser contre ces nobles périls : la confiance, la loyauté ?...
GILBERT
Non! non! ne me suis-je pas remis à vous tout entier? — Votre arrêt, maintenant ?
TREYllR, comme tt r.mullanl Hx-mAfni-.
Flétri, col homme >e tuerait. Son âme n’est plus innocente et saine; mais, ô Seigneur miséricordieux! elle peut se guérir et re purifier par la souffrance et par la vertu. Ai-je le droit de laisser mon .semblable tomber au fond de l'abîme, quand ma main étendue ie sauverait ?
GILBERT
Ah ! parce que vous êtes sans reproche , ne soyez pas sans pardon !
TRivoR.
Si cependant la divinité punissait l’homme qui ose usurper ce feu au ciel : la clémence?.. Mais est-il donc plus aisé de toucher à la foudre, au châtiment?..
GILBERT
Ne me condamnez pas! ne me condamnez pas!
TR8VOR
Non, Gilbert Talbot! je dois vous défendre, je vous défendrai.
GILBERT
Ah! merci !... (iw MiprwmnMt.) Et vous me rendez votre m finie?
TREVOR
Attendons que tout soit répare.
GILBERT
C’est juste... Et que dois-je faire, â présent?
TREVOR
Constituez-vous prisonnier de vous-même. Mais non pas devant un constable, au coin d'une rue; sir Jaflrav vous ferait oublier en prison. Non, il faudrait vous livrer publiquement, solennellement; tenez, si c’était possible, dans ectlcTéte que donne votre accusateur ce soir.
GILBERT
Oui, «da m’est possible... Et pourtant , savi /-vous bien que milord Protecteur, que toute l'Angleterre assiste à cette fête où sir JaflVay doit déclarer miss Lilias «a fiancée !
- TREVOR, fmniuant.
Sir Jaffray !... Ah ! remerciez donc Dieu, Monsieur, d’avoir cet homme P"ur adversaire ! remerciez donc Dieu surtout de Je pouvoir affronter en face 1 (Bruit de vol* et do pu au dcb*™.) .
GILBERT
Ciel ! sir Jaffray et ses gens !...
TREVOR
Ail! ne VOUS laissez pas prendre! 'montrant la polio de drohe.) tenez , l'autre issue de cette maison vous met en sûreté. Allez vite!., (sort Giib«*t.) Et moi, je recevrai «ir Jaffray!