SIR J A PF RA Y
Milord ! en présence du shérif, on a trouve chez l'accusé le portefeuille soustrait à lord Wiudall. L’accusé, par un silence au moins aussi lialule que sa parole, voudrait laisser supposer que le coupable est le client même qu’il a fait acquitter. Il a héroïquement déchiré une prétendue preuve ««rite qu'il tenait dans tes mains. Mais cette preuve était le premier chinou de papier venu. M iis Gilbert Talbot est loin, et les absents ont aisément tort. Voilà, milord, tout mon témoignage, et, en bonne justice, je rrois, comme le disait Votre Altose, qu'il ne reste plus qu'à condamner l'accuse et à le flétrir.
TRF.VOR.
Ah! Votre Seigneurie est inexorable! Cependant die ne frapperait peut-être pas un homme à terre, si elle se doutait que ce vaincu a pu autrefois lui être utile.
# SIR JAFFRAY.
Vous! à moi ! Il y à six semaines je ne vous avais jamais vu.
TREVOR
Ne peut-ou servir quelqu’un sans le connaître?
SIR J A F F II A t .
Et en quel lieu, eu quel temps aurais-je été l'obligé de maître Trevor?
TREVOR
Mon Dieu ! si Votre Seigneurie voulait m’aider à préciser la date ?... c'était quand elle embrassa la cause du Parlement, vers l'époque où son parent, lord Wmdall, fut traduit devant le tribunal d'Édimbourg comme coupable de haute trahison. Sir Jaffray u'etail-il pus à Edimbourg en oc moment ?
MR JAFFRAY.
C’est possible, mais quel rapport?...
TREVOR
Sir Jaffray se rappellera peut-être alors une circonstance du procès de son beau-frère. L** comte Wmdall, bon soldat et médiocre orateur, demanda un avocat. Mais, soit passion, soit terreur, personne, en rcs jours désastreux de représailles civile*», personne ne se leva d.ms le barreau de la ville à l’appel de l'accusé. Ah ! il me semble pourtant que, sur un champ de huuiilc, le chirurgien doit $« hâter à 1 1 gravité de la blessure plus encore qu'à la couleur du drapeau !
SIR JAFFRAY.
Mais je ne vois pas, Monsieur, ou tendent ces détails.
TREVOR
Oh l Votre Seigneurie vn s’y reconnaître. Elle n'assistait pourtant pas, je pense, à l'audience où le frère de su femme fut ainsi abandonné; mais elle dut savoir, par ouï-dire, qu’un jeune praticien, arrivé la veille d’Oxford, et inconnu à ce tribunal de juges étrangers, sortit de la foule et sollicita l'honneur et le péril de la dé relise du comte. Il trouva ébn client innocent et indigne du crime de lese-nation qu'on lui imputait. Seulement, lord Wiudall hésitait à se justifier; car il fallait pour cela qu'il accusât un de ses proches, et c’est la main la plus nefc qui craint le plus le contact de la boue. Cependant, lord Wmdall connaissait le irabisscur, lord Wmdall avait les preuves de la i trahison...
Slll JAFFRAY, & paH.
Grand Dieu !
TREVOR
Ceci commence à intéresser Votre Seigneurie, n’cst-ce pas?... L'avocat inconnu défendit le comte de toute sa conviction, do toute son énergie. Mais le tribunal exigeait de* noms et des faits, il, comme lort Windall hésitait toujours, le jeune défen- • leur obtint un sursis de vingt-quatre heures, s'engageant, s'il n'avait pu vaincre d’ici là les scrupules de son client, à le sauver malgré lui, en apportant lui-même les lettres du uoupublc; car le comte lui avait remis ces preuves. .
SI n JAFFRAY, a«cc inquiétude.
Etiez-vous donc ce défenseur, Monsieur?...
TREVOR
Maintenant, Votre Seigneurie, si sa mémoire ne la trahit pas, pourrait dire aussi bien et mieux que moi ce qui se passa dans la nuit suivante. Lo vrai coupable, qui allait être imuilliblement accusé et confondu, avait de puissants moyens d’action : il •‘arrangea pour faire évader le prisonnier, et, l« lendemain, lundis qu'à Edimbourg, on cmidamuait à mort le comte Wmdall contumace, lo comte Windall prouvait à Dunhar, en tomba ut comme un soldat, qu'd n'avait jamais pu iléciiroir comme un traître. Mais son défenseur survivait, lui...
SIR JAFFRAY, m leviut, <l*n* le |<tu« great lraulit«-.
Monsieur, Monsieur! si vous étiez ce défenseur?...
TREVOR
Eh bien?
SIR JAFFRAY.
Vous auriez assurément rendu un généreux service, non à moi, mais à mon parent, et alors...
TREVOR
Et alors ?
SIR JAFFRAY.
Je demanderais à Son Altesse votre grâce, que..
TREVOR
Mais je ne veux pas de grâce, moi, Monsieur!
Slll JAFFRAY.
Non ! non ’ je me désisterais purement et simplement de ma plainte.
TREVOR
Mais le lord grand juge la relèverait ; car votre désistement ne prouverait pas mon innocence.
SIR JAFFRAY.
Eh! comment donc la prouverez-vous, malheureux? trevor.
Oh ! je n’ai pas achevé ce que j’ai à dire.
SIR JaFFRAY . arec an cri dV|u>uitn(e.
Ah ! taisez-vous ! vous allez vous perdre !
Moi? Croyez-vous?
Sin JAFFRAY, •»« éç«ivmenl, »'<l»or»nt im
Milord! maître Trevor n’est pas coupable!., je crois, je sais qu’il n’est pus coupable.
CROMWELL
Et le coupable, le connaissez-vous donc?
SIR JAFFRAY.
Oui.
CROM.WELL.
Et c’est?
SIR JAFFRAY.
Ce doit élre... c'est ce Gilbert Talbot.
TREVOR
Oh ! les absents ont aisément tort !
CROMWELL
Au moins, Monsieur, avez- vous une preuve?
Mit JAFFRAY, k Tr«or.
Insensé! vous l'avez détruite!
TIIEYOR.
Quoi ? ce chiffon de papier ?
SIR JAFFRAY.
Mais nous en trouverons quelque autre. Cherchons , cherchons !
TREVOR
Cherchez! c’est votre affaire. — Seulement, remettez-vous. Monsieur; car il peut paraître singulier que ce soit le dénonciateur qui tremble.
SIR JAFFRAY.
Milord ! j'engage ma parole pour maître Trevor. Voire Altesse voudra bien accepter mon témoignage ?
f.ROMWELI., ilrbjul d d’une tua Ictère.
Lequel des deux, Monsieur?
sin JAFFRAY.
Votre AUessc voit pourtant...
CROMWELL
Je vois que maître Trevor possède, lui aussi, un secret qui vous remplit d’épouvantc. Je craignais tout à l'heure d'avoir devant moi un coujublc, je vois qiril y en a peut-être deux, sin jaffray.
Je suis perdu !
TREVOR, b*> A tir-j»ffr«y.
A votre tour, dites, êtes-vous à ma merci et sous mes pieds? — (H»ui.) Votre Altesse conviendra, j’espère, que j’ai eu déjà raison de mou accusateur?
CROMWELL
Oui, Monsieur; mais l'accusation?
ta f, von.
Ali! elle va, Dieu merci! tomber ri'elte-mêiuc, cl j'ai hâte
den finir arec cette honte! - Milord, vous m'avez promis d’éire mon second contre cel homme. Dans la partie acharnée que J"’ c, V* , g« î Hvcr lui, j'ai lour à tour risqué, perdu, amour, déyouement , i sacrifice. Mais mon honneur? ah! il non est pas ! je le retire de l enjeu. Seulement, - j c suis un joueur terrible, voyez-vous ! — J y mets ma vie !
CROMWELL
Que dites- vous ?
TREVOR
Il est dans mon passe un secret étrange et formidable qui m'a fait une âme à par!, qui me plaçai! en d. lmrs de» hommes, audessus du aorl qui m éclairait , pour ainsi dire , ce momie de la luunere de I autre. Ce seerel, il |,ouv a ilà toute minute me perdre, il me sauve aujourd'hui ! Qu’est-ee qu’on parle de me condamner pour un crime ignoble a la prison? TOilà Iroia ans que, pour avoir fail mon devoir, je suis condamné à mort! CROMWELL.
Condamné à mort!
TREVOR
Eh! ou.! ce défenseur inconnu qui avait répondu de lord , Il , juges et qui ne se représenta pas plus que lui, ne fatnl pas, lui auss., dans la colère et dans la passion du moment, imite comme complice et condamné à mort par contumace’ lit ne sui-jc pas, moi, ce défenseur? Ht l’arrêt qui prononce la peine capitale n efface-l-H pas toutes les autres peints’ — Eli bien! le soldat a purgé m contumace par le pce, l'avocat veut purgi r la sienne par 1 1 hache! et je revendique, au lieu delà prison infâme, la réhabilitation d’un tel échafaud !
CROMWELL
racccptcr JUStifiCali0n c8t héro,t l uc . Monsieur! mais je ne puis
Pourquoi donc? pourquoi le témoin du duel relèverait-il la fer quand la réparation est an bout?
CROM W ELL, ce r»pproct»nt de lui rt biilgiat U voie.
te pli que vous m avez confié, - le testament de lortl Windal sans nul doute, —doit vous faire innocents le comte et vous ?
TREVOR, bu «t Vile.
fâÿe 81 * 9U19 ianocc,,, » VuUS vo - vez bicn que j« redeviens in-
CROHWELL, iuto« jeu.
Laiascz-moi ouvrir cepli,ne fùt-cequepourccrasercct homme.
w TREVOR.
Non, j ai la parole de Votre Altesse ! je me dénonce moi-mêmece n est pas cet homme qui m'a dénoncé.
- CROMWELL
Oh ! si je vcui, il va vous dénoncer tout à l'heure.
TREVOR, haut.
Non . non! non ! par pitié, nas de grâce! Votre Altesse de- 25 e £** J L ‘ l ‘ente une ‘-preuve désespérée. Je défend», comme on fait dans une mêlée, mou honneur avec mon péril, et mou salut avec mes blessures. Milord, j'ai un autre fé/on à épouvanté et a punir. Le lâche . il espère que, moyennant ma prison sa
SSSàSTmïï?! q “' ,le! IMi8 ie * l é|,ar8t,cn,i m» I» «»-
„ . . SIR JAFFRA Y, j| part.
tres? nCl ' ar € P US du m0 '’ Egt * cc ,,u il n aura tt pas mes let-
CROMWELL
Mais vous n'avez pas mérité l’arrêt qui vous tue ! c . - , . TREVOR.
Si fait je m en crois digne, milord, de cet arrêt glorieux et SnK! *j U ' n,t: ressuscite cl me purifie. Al»! Votre Alt tise est trou jtcnciiuse pour nie marchander le bourreau. Je réclame le héné- Bcc d® lant pis ! j ai le droit d’être décapité, j’en use !
CROMWELL
rJSSil Monsieur! il ne sera pas d«t que vous n’aurez pas trouvé Cromwell a votre hauteur. Je vous ai compris. Avez-vous quelque autre chose a réclamer de moi ? **
TREVOR
Je demande pour délai à Votre Altesse le temps qu’un messager aille en France et en revienne. H
, CROMWELL
». „!Bu * ‘dire et, jusque-là, qu'il soit dit
et publié pour tous comment cl pourquoi vous voulez mourir.
(Au lord grand juge.) EcriVCZ, milord,..
. , l*^0â, allant il air Jaffray, à vola LatM.
Vous, J C su, s assez vengé de vous. Vivez. C’est mon état de défendre et non pas de dénoncer.
n ., ... »in JAFFRAT, iemime.
tmes plutôt que vous avez voulu m'effrayer. mais que vous navez pas «a preuves. Oh ! j'en suis sûr! je vois juste.
TREVOR
«on, malheureux, voua voyez % ba* !
L’AVOCAT DES PAUVRES
Sir J a Cray, j'aurai à vous parler; tous allez me suivre.— Maître Trevor, je consens à votre sublime requête. Moi conducteur de ce peuple, je ne peux pas lui (aire tort d’un si grand exemple, car pour que l’Angleterre soit une nation, il faut que Anglais soit nu homme. Oui, vous irez à l'échafaud, s nie ment je veux que vous y marchiez cornmcen triomphe. Je veux que tout J?™ 8 i 0ïl lemo, “ de <* glorieux supplice. Je veux moi-même, chapeau bas sur votre passage, saluer en vous, devant la ville et larmee, le héros du courage civil elle martyr de l'honneur Au revoir. Monsieur, dans quinze jours.
trevor.
Au revoir et merci. Altesse ! (sortit „ r m .
grând jtige.) J « »