‹ L'avocat des pauvres drame en cinq actesChapitre 30 sur 92 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

abandonnez-le à mes piqûres d'épingle, et n’armez pas vos grosses pièces contre lui. 11 a été trop hautain avec Votre Seigneurie pour ne pas connaître Votre Seigneurie à fond !

SIR JAFFRAY.

Jeune homme, ceci est chose grave, et les choses graves ne vous concernent point.

FLAVIO

Pardon! pardon! vous oubliez souvent, sir JatTray, que vous n’avez pas seulement le bonheur d’être mon créancier, que j’aj eu le malheur d'ètre votre complice. Vous oubliez toujours qu’avant d’embrasser sagement la cause victorieuse, vous avez follement appelé au secoure de la cause vaincue les troupes de l’étranger.

SIR J AFFR A Y.

Flavio ! n'avez-vous pas encore assez abusé de cette imprévoyance?

FLAVIO

Imprévoyance! le mot est joli !... Je le retiens pour moi, qui ne souhaitais guère revoir les Français qu’afin d’apprendre à jurer, à boire et a aimer à la dernière mode. Mais, de votre part à vous, homme sérieux, vouloir introduire l’ennemi, ce fut bel et bien un crime de lè*e-nation, et les maudites preuves de ce crime doi\ent exister encore quelque part.

SIR JAFFRAY.

Non. Lord Windall seul pouvait avoir ces preuves, et, s’il les avait eues, pourquoi ne les aurait-il pas produites, lorsqu’il fut lui-mème accusé?

FLAVIO

Pourquoi? par générosité, par esprit de famille, par amitié pour sa sœur, votre femme. Mais on n'anéantit pas de ces documents... historiques. Où sont-ils? A qui lord Windall les a-t-il confiés? Je dis, mon cher caissier, que vous devez être sur vos gardes. Toutes les fois que quelqu’un vous méprise, je dis que vous devez le respecter.

SIR JAFFRAY.

Et moi, je dis que je dois le perdre. Pour n’avoir pas peur, il faut faire peur. Vous, ce qui vous défend et vous soutient

38 L’AVOCAT DES PAUVRES

cher prince des Écumeurs, c’est votre légèreté. Ce qui me garde et m'élève, moi, c’est mon audace. Eh ! ne suis-je pas déjà presque au faite? Le Protecteur lui-mèiue me redoute...

FLAVIO

Et croyez-vous qu’il vous aime ?

SIR JAFFRAY.

Non ; mui3 je n’en force pas moins le puritain à paraître à ma fêle mondaine. Le politique ménage en moi, sinon son parlement d’hier, son parlement de demain. Et puis, j’ai les biens de lord Windall, et Olivier Cromwell compte avec le grand propriétaire.

flav io .

Hum! le grand propriétaire pourrait bien un jour décompter avec Charles H.

SIR JAFFRAY.

Allez perdre au brelan mes mille livres, Flavio.. Ce que je gagne, moi, je le gagne à coup sûr.

FLAVIO

C’est pour cela que vous épousez une jeune fille... charmante, mais sans dot et sans nom ?

SIR JAFFRAY, riant.

C’est précisément pour cela. Comte, vous comprendrez et vous admirerez mon jeu, un de ces jours, ce soir peut-être. Mais je vous dis que j’ai toutes les cartes dans ma main,

FLAVIO

Oh!... excepté, s’il retournait... le roi?

SIR JAFFRAY, riant.

Surtout s’il retourne le roi.

FLAVIO

Bah! oh! ma foi! c’est trop fort et je vous quitte la partie... Aussi bien, voici miss Lilias... Au commencement de toutes nos conversations, je veux vous faire peur et je ris, et, à la On, c’est vous qui riez et c’est moi qui ai peur, et comme ça ne m’est pas naturel, je me sauve, (u sort.)

SIR JAFFRAY, seul, reprenant sou sérieux.

Quels sols que ces gens d’esprit!

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