SCÈNE III
SIR JAFFRAY, LILIAS.
LILIAS.
Me voici, Monsieur; que voulez-vous de moi?
SIH JAFFRAY.
Ce que je veux, Lilias? Je veux, dans vos intérêts, qui sont aussi les miens, je veux ne vous laisser sur cetle soirée aucune espérance imprudente, aucune illusion dangereuse; je veux, en deux mots, vous faire comprendre, vous faire peser tout votre bonheur.
LILIAS.
Mon bonheur!
•SIR JAFFRAY.
Et, pour première félicitation, laissez-moi vous dire que vous êtes jolie à ravir dans cette parure, et que vous allez èlre, de toutes les -façons, la reine enviée de la fête.
LILIAS.
Celte parure! Ah! elle est cependant pour moi un supplice!
SIR JAFFRAY.
Mais où l’on admirera surtout votre fortune, Lilias, c’est quand je vous nommerai la fiancée et la femme d’un des hommes les plus puissants de la Grande-Bretagne.
LILIAS.
Un incomparable honneur! Dieu veuille m’en préserver!
SIR JAFFRAY.
La grâce que Dieu vous a déjà faite, c’est de vous délivrer des obsessions de je ne sais quel intrigant sans valeur et sans nom, et de vous épargner la honte d’être défendue et protégée ce soir par un criminel à présent chargé d’une accusation infamante.
Gilbert!... Ah! s’il le faut, je me défendrai et je me protégerai moi-même.
SIR JAFFRAY.
Non, l.ilias! car vous avez eu celte chance encore d’avo'r reçu l’éducation d’une jeune fille modeste et chrétienne, et, au
L’AVOCAT DES PAUVRES
milieu de celte foule railleuse et jalouse où vous serez le but de mille regards, vous aimeriez mieux mourir, j’en suis sur, que d’élever, seule, la voix pour un sanglant scandale.