ACTE II
TREVOR
Que je vous parle de moi, Lilias?...
LILIAS.
Sans doute.
T REV o R.
Que je vous parle de moi? Eh bien !... Mais comment vous dire? Tant et si peu !... Non! je ne sais pas, je ne peux pas ! Ah ! triste avocat sans voix ! Le cœur ne parle pas, il palpite!.. Mais, en vérité, quelle idée aussi avez-vous de m’interroger sur moi, Lilias? Est-ce qu’il s’agit de moi? il s’agit de vous, de vous seule ! parlons de vous, j’ai besoin de m’informer, de connaître...
LILIAS.
Dites.
TREVOR
Lilias! il voulait vous forcer à devenir sa femme, ce lâche. Mais il n’a jamais pu vous arracher l’apparence d’un consentement?...
LILIAS.
Jamais !
TREVOR
... N’est-ce pas ? — Ab ! comme je le tiens et comme je l’affronte, votre tout-puissant ennemi ! — Ainsi, Lilias, chère Lilias !*je vous retrouve tout à fait libre ?
LILIAS.
Tout à fait, vis-à-vis de lui.
TREVOR
Pourquoi dites-vous vis-à-vis de lui?
LILIAS.
Georges, vous avez été et vous êtes mon frère, je n’aurai rien de caché pour vous.
Sans doute, rien, je vous en prie.
LILIAS.
Aussi bien, ceci est la meilleure preuve du peu qu’est sir Jaffray pour moi.
4i L'AVOCAT DES PAUVRES.
TREVOR
Ah ! tant mieux ! parlez donc !
u LIAS.
11 prétend me déclarer, ce soir, sa fiancée ; eh bien ?...
TREVOR
Eh bien?
LILIAS.
Georges, je suis la fiancée d’un autre.
• TREVOR, chaueclant.
Ah!... (Après un silence.) Vous avez raison, miss Lilias, nous avons là contre sir JufiVay une admirable preuve,
LILIAS.
Georges ! Qu’avez-vous donc? vous chancelez!
TREVOR
Un nuage qui a passé ; la vie en a parfois comme cela ! (a pan.) celui-ci portait la foudre.
Ah! déjà les invités ! le lord Protecteur!
* TREVOR
Qui donc, qui donc m’a dérobé cette âme?
lilias.
Et sir Jaffray qui va venir me prendre là! Georges, il faut * que je vous quitte. Georges! vous ne me répondez pas? Mon Dieu ! est-ce qu’à l’heure décisive, votre résolution faiblirait?
TREVOR , passant la main sur son visage.
Non ! non! Votre avocat est prêt. Madame.
LILIAS.
Madame ! Ah! vous me désespérez! Georges, qu’est-cc que je vous ai donc fait? Pourquoi m’appelez-vous Madame, à présent?
TREVOR
Non : mon enfant toujours ! Allez, Lilias, et soyez sans crainte ! Allez! quand je vous dis que vous êtes mon enfant! (Lilias sort par la porte à droite.)