SCÈNE II
ROBINSON, JÉRÉMY.
JÉRÉMY, s’avançant jusqu'à la rampe sans rien dire, reste un momeut plongé ' dans ses réflexions, puis, relevant un visage pâle et impassible, s’écrie :
A la bonne heure ! tout va bien! je suis ce matin d’une gaieté folle !
ROBINSON, à part.
Celle manière d’être gai !
JËKÉMY.
Que fais-tu là ?
ROBINSON
Je viens de faire votre malle. Monsieur; puisque, pour cette
l’avocat du diable.
fois, vous avez voulu une malle!., mais il y aura bien de la place...
JÉRÉMY, fermant la malle et la plaçant sur les bras de Robinson.
C’est ce qu’il me faut ! tu attacheras cela solidement derrière la voiture, et nous y mettrons... (u passe devant lui*.)
ROBINSON
Quoi donc?.. '
JÉRÉMY.
Des pavés ! „
. ROBINSON, stupéfait.
Des pavés?..
JÉRÉMY.
Beaucoup 'de pavés !
ROBINSON, à part, en emportant la malle dehors, au fond.
Ce n’est pas un maître que j’ai 1$ I c’est un sphinx !
JÉRÉMY, s’asseyant à la table.
Robinson, je vais faire ton compte.
ROBINSON, rentrant.
Comment ! je n’accompagne pas Monsieur?
JÉRÉMY, riant.
M’accompagner!., vraiment!., (sérieux.) Quand je t’aurai dit où je vais...
ROBINSON
Oh! je n’ai pas de préférence!., où Monsieur ira j’irai, tète baissée !
JÉRÉMY, après l’avoir regardé un moment.
En ce cas, écoute : nous partons ce soir, à cinq heures précises.
ROBINSON, gaiement.
C’est une bonne idée ! on voyage plus fraîchement !
JÉRÉMY.
Tu monteras sur le siège et moi dans la calèche.
ROBINSON
Dans la calèche aux petits trous?..
JÉRÉMY.
Oui! tu prendras la route qui tourne à gauche
ROBINSON
Celle qui conduit à la mer ?
JÉRÉMY.
Précisément.
ROBINSON
Et puis?..
JÉRÉMY.
Tout droit! ;
ROBINSON
Bon! et ensuite?..
* Jérémy, Robinson.