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L'ÉVOLUTION DE L'ÉLOQUENCE JUDICIAIRE

DE tout temps, un avocat a dû posséder une culture très vaste et très approfondie.

Mais cela n'a jamais été plus nécessaire que de nos Jours. La vie ne cesse de se compliquer d'inventions nouvelles déms tous les domaines.

Le champ de l'activité humaine, en s' étendant chaque jour davantage, crée des situations plus complexes, fait naître, dans les rapports sociaux, des droits nouveaiuc, suscite des conflits jusque-là inconnus et appelle la justice à faire face à ime tâche de plus en plus vaste, de plus en plus variée.

L'avocat doit être capable de traiter tous les sujets. Il a besoin d'une intelligence de plus en plus cultivée, apte à s'assimiler les connaissances les plus diverses.

« L'honnête homme », tel qu'on le concevait au XVII ^ siècle devait, disait-on, avoir des « clartés de tout ».

Mais € les clartés de tout » du xvii^ siècle seraient pour l'avocat relativement peu de choses auprès de celles qui lui sont nécessaires aujourd'hui.

Pour s'en convaincre, il n'est besoin que de comparer les recueils de plaidoyers des grands avocats de

l'Ancien Régime à ceux des maîtres du barreau plus récemment disparus.

Prenez, par exemple, les plaidoiries d'un Gaultier, redoutable avocat du siècle de Louis XIV auquel Boileau a consacré quelques vers d'une de ses satires, prenez les plaidoiries d'un Lemaître, ou d'un Cochin, je ne parle pas d'un Patru ni d'un Gerbier : ils ont eu la coquetterie de ne nous laisser d'eux que le regret de ne les avoir point entendus I

Comparez les causes traitées dans ces plaidoyers & celles qu'ont dû plaider, plus près de nous, un Berryer. un Waldeck-Rousseau, ou un Barboux. Il y a un monde entre celles-ci et celles-là.

Et pourtant depuis Berryer, Waldeck, Barboux, le temps a encore marché, les mœurs ont encore évolué I

Ces trois noms respectés n'évoquent déjà plus, pour beaucoup de jeunes, qu'une impression de « Vieux Palais » disparu, d'un genre quelque peu désuet et suranné.

Il est certain que le cadre de nos attributions s'est encore élargi depuis lors. La guerre a contribué à ouvrir toutes grandes les portes du Palais, et à appeler l'avocat devant des juridictions nouvelles.

Au Palais même, où toute manifestation de l'activité humaine finit un jour par venir aboutir sous forme de procès, les experts techniques ont vu, sans cesse, leur nombre s'accroître et leur importance grandir. Les affaires n'ont plus que bien rarement aujourd'hui la physionomie presque uniquement juridique qu'elles avaient habituellement jadis.

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