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EVOLUTION DE L'ELOQUENCE JUDICIAIRE

Elles mettent en cause, de plus en plus fréquemment, des questions scientifiques, financières, médicales, artistiques, techniques pour tout dire en un mot, qui dominent jusqu'à un certain point la question de droit.

Un avocat, par principe, ne doit rien ignorer de ce qui peut contribuer au succès de la cause qu'il soutient.

Il doit donc s'assimiler toutes les questions techniques soulevées par les procès qu'il plaide, être capable de réfuter un rapport d'expert défavorable à son client et au besoin discuter pied à pied avec le spécialiste sur son propre terrain.

C'est dire qu'il doit être, en même temps qu'avocat, ou plutôt parce qu'avocat, non plus seulement, comme jadis, jurisconsulte, mais aussi, un peu, financier, commerçant, industriel, ingénieur, architecte, comptable, artiste, homme de lettres, médecin, économiste, sociologue... que sais-je 1 I i

Son cerveau tend à devenir encyclopédique. Il faut qu'il embrasse toutes les connaissances humaines 1 Comment, dès lors, s'étonner qu'il ne le puisse faire que d'ime manière un peu hâtive parfois et superficielle?

Cette omn/sczence ne saurait être approfondie! C'est déjà bien beau qu'elle soit I

Ce qu'il faut admirer, c'est que l'avocat suffise à tout, qu'il réussisse avec une étonnante souplesse d'esprit à s'assimiler, pour remplir son rôle à l'audience, y discuter utilement et y plaider convenablement, les notions les plus étrangères à sa formation professionnelle.

L'AVOCAT ■g' « ■' ' ^^ .»

Mais il ne iaut pas lui en demander davantage. Il serait souverainement injuste de lui faire grief de n'en pas savoir autant sur tous les sujets qu'un technicien dans sa partie.

La loi physique d'après laquelle c on perd en force ce qu'on gagne en vitesse » n'est pas vraie seulement en physique. On peut dire qu'elle s'applique aussi, sinon dans toute sa rigueur, du moins dans une large mesure, au cerveau humain. Il ne saurait faire face à tout qu'au détriment de son application à chaque chose

Mais la vitesse est la grande caractéristique, j'allais dire la grande manie du siècle. Le barreau a dû naturellement s'y plier lui aussi I Y a-t-il perdu ? Y a-t-il gagné } Faut-il s'en féliciter ou le déplorer ? Tout dépend de la valeur comparative que l'on attribue à la force et à la vitesse ? Et cette opinion elle-même est sujette à changer, selon le temps où on la considère...

Oisons donc simplement qu'il n'est pas moins difficile d'acquérir, aujourd'hui, cette vitesse et cette sorte d'ubiquité intellectuelle, qu'il ne l'était jadis d'avoir la force et la profondeur sur un point particulier.

Les qualités qu'il y faut sont différentes peut-être. Mais les imes n'exigent, assurément, ni moms d'effort, ni moins d'intelligence, ni moins de travail que les autres.

Et, sans doute même, est-il vrai de dire que jamais la profession n'a été plus tyrannique qu'aujourd'hui.

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