Statistique
Messieurs, chaque année, en France, il y a environ vingt ou trente affaires d’avortement jugées par les Cours d’assises. Mais ce nombre, relativement peu élevé, est bien loin de représenter celui des avortements pratiqués.
Vous savez tous combien de femmes viennent à l’hôpital réclamer des soins pour une métrorragie ou une métrite, dont l’origine est inconnue. Bien souvent, ces troubles utérins sont la conséquence de manœuvres abortives plus ou moins habilement pratiquées. Assurément, ces femmes n’avouent pas, mais, adroitement interrogées, sûres que leur secret ne sera pas trahi, elles se laissent parfois aller aux confidences.
Du reste, l’avortement est un crime d’autant plus fréquent qu’il est excessivement facile de le dissimuler. Une femme entre dans une maison, y séjourne quelques minutes, en sort bien portante et, quelques heures ou quelques jours plus tard, elle fait une fausse couche ; le peu de durée du temps opératoire, la multiplicité des moyens employés, la quantité d’endroits, dans une grande ville comme Paris, où il est possible de se faire avorter, pour ainsi dire en sécurité, sont autant de raisons qui rendent considérable le nombre des tentatives criminelles qui demeurent impunies. Il n’y a guère que dans les cas exceptionnels, ceux dans lesquels la femme succombe, que l’attention des voisins est éveillée et que la justice, prévenue, peut ouvrir une enquête.
INCULPÉES ET COMPLICES
Dans les cas ordinaires, quand une femme fait une fausse couche, il arrive parfois que des commérages parviennent aux oreilles de la justice, et sont l’origine d’une enquête médico-légale. Que trouverez-vous? La plupart du temps vous êtes commis plusieurs jours après la fausse couche, vous constaterez peut-être que, récemment, un fœtus est sorti de l’utérus, et c’est tout. Comment, en effet, à moins de désordres graves, vous serait-il possible de dire que l’avortement a eu lieu à la suite d’une intervention? Vous savez que certaines femmes font des fausses couches avec la plus grande facilité, que d’autres, au contraire, se trouvant au nombre des victimes des accidents les plus graves, ont vu leur grossesse continuer son évolution sans aucun trouble (1). C’est pourquoi toutes les statistiques qui ont été publiées sur ce point sont inexactes et ne donnent que des renseignements sans grande valeur.