‹ L'avortementChapitre 110 sur 136 · IV. — Déposition du Dv Bouloumié · texte numérisé non relu

IV. — Déposition du Dv Bouloumié

Demande. — Comment le Dr Bouloumié explique-t-il la mauvaise odeur constatée ?

Réponse. — La mauvaise odeur des organes génitaux de la femme peut être attribuée à plusieurs causes que je demande la permission d’énumérer et de discuter :

1° Mauvaise odeur naturelle ;

2« Mauvaise odeur naturelle pendant l’état de grossesse seulement;

3° Mauvaise odeur par malpropreté ;

4° Mauvaise odeur par inflammation;

5° Mauvaise odeur par putréfaction du produit de la conception ou plus généralement du contenu utérin, par rupture antérieure des membranes et putréfaction consécutive à l’entrée de l’air et des germes qu’il contient.

Les trois premières hypothèses doivent être écartées, les deux premières, parce que la fille B... se serait aperçue antérieurement de la mauvaise odeur et n’en aurait pas été frappée au moment de l’examen fait par le Dr C...; la troisième, parce qu’une fille qui cohabite avec un amant se tient propre.

Restent les deux dernières hypothèses; l’inflammation et la putréfaction.

L’inflammation paraît avoir été la cause du symptôme en question, admise par le Dr C..., si on en juge par la manière dont il a procédé à l’examen. Il a senti une mauvaise odeur, il a introduit Je doigt, puis un tampon de linge qu’il a retiré souillé de sanie purulente.

Il paraît avoir reculé, à cause même de cet état inflammatoire, devant l’emploi, habituellement fait dans le cas d’inflammation P. Brouardel. — L’Avortement. 18

ANNEXES

à constater, du spéculum, et, à un certain point de vue, il est heureux qu’il ne se soit pas servi de cet instrument, car on n’aurait pas manqué de dire qu’il l’avait employé pour guider sa sonde vers l’orifice du col de l’utérus.

L’état inflammatoire était sans doute consécutif à des manœuvres abortives faites antérieurement à la visite chez le Dr G..., et, quelle qu’en fût la cause, il pouvait provoquer la fausse couche.

La dernière hypothèse est celle qui me paraît la plus probable parce qu’elle est la plus en rapport avec les symptômes constatés et qu’elle explique même la précédente : manœuvres antérieures, déchirure des membranes ou, pour ne rien dire qui ne puisse être absolument soutenu, rupture (cause restée inconnue) des membranes de l’œuf, pénétration de l’air et des germes de fermentation et de putréfaction qu’il contient, putréfaction du produit de la conception, fétidité.

L’odeur fétide constatée par le Dr G... et par la fille B..., et signalée dans les dépositions n’est pas douteuse; pour l’expliquer, il n’y a que ces deux hypothèses qui soient admissibles; elles sont toutes les deux favorables à l’accusé.

Objection. — Comment la mauvaise odeur ne s’est-elle manifestée qu’au moment de la visite chez le Dr G...?

Réponse. — Il faut admettre évidemment une coïncidence; mais il y a un commencement à toute chose, et, dans le cas spécial, il n’y a rien de surprenant à ce que l’odeur se soit manifestée au moment où, par la position vicieuse, gênante, imposée à la fille B... pour subir son examen, sanie sanguinolente et mauvaise odeur ne soient arrivées à l’extérieur que par le fait de Ja contraction des muscles abdominaux et de la pression consécutive sur les organes du petit bassin. De plus, une plaie existant, ses lèvres peuvent ne se trouver que dans une position déterminée en situation relative telle, qu’elles permettent la sortie de liquides, même de gaz.

Demande. — M. Bouloumié peut-il expliquer comment le Dr C... a procédé ainsi qu’il l’a fait à l’examen de la fille B..., et comment surtout il a pu se servir d’une sonde entourée d’un linge?

Réponse. — L’examen fait par le Dr C... a été incomplet et mal conduit; je suis sur ce point absolument d’accord avec MM. les médecins experts, mais, pour moi qui connais depuis fort longtemps le Dr C... et sa manière de procéder, je ne puis voir rien de criminel dans l'exploration incorrecte qu’il a pratiquée.

Il s’est trouvé en face d’une inflammation des organes génitaux qui lui a été démontrée par l’odeur et la sensalion perçue au toucher et, suivant une vieille habitude, je dirais presque une manie, que je lui connais et dont bien des fois j’ai souri alors que je servais sous ses ordres à l’hôpital Saint-Martin, il a pris le premier instrument qu’il a trouvé sous sa main, l’a enT touré d’un linge et il l’a porté dans les culs-de-sac vaginaux pour recueillir et examiner sommairement les produits de l’inflammation dont le loucher lui avait montré l’existence. Voilà ce qu’il a fait: C’est une manœuvre irrégulière, insolite, c’est vrai, mais qui s’explique par l’habitude. Maintes fois, en effet, j’ai vu le Dr C... prendre, pour examiner une plaie, une compresse, en entourer son doigt, frotter avec sou doigt ainsi enveloppé la surface de la plaie" et examiner ensuite l’état de la plaie elle-même d’une part, le liquide retenu sur la compresse d’autre part ; quand il s’agissait d’une plaie que le doigt ne pouvait atteindre, je l’ai toujours vu prendre le premier instrument qui tombait sous sa majn (et depuis longtemps déjà il était fort mal outillé), en entourer l’extrémité d’un lambeau de linge et procéder à son examen comme dans le cas d’une plaie superficielle. Il n’a manqué à cet examen, pour qu’il fût conforme à celui qu’il faisait habituellement, à tort souvent, je le veux bien, que l’examen direct par le spéculum. Il l’a considéré comme inutile, même comme mauvais, étant suffisamment renseigné et craignant de provoquer de la douleur. Et si d’une part on doit reconnaître qu’il a mal manœuvré pour constater l’état de grossesse et fait un examen incomplet au point de vue de l’état inflammatoire, ceux qui comme moi sont convaincus de son innocence doivent se louer qu’il n’ait pas fait usage du spéculum, car, en voyant les mains tremblantes de ce vieillard que l’âge et la maladie ont rendues inhabiles, on ne peut penser qu’il ait pu faire pénétrer une sonde, même non garnie de linge, d,ans le col de l'utérus, ce qui est, quoi qu’il existe, une opération assez délicate.

Nous avons donné intégralement les arguments invoqués et rédigés par MM. Pozzi et Bouloumié, tels qu’ils nous ont été transmis par eux.

Nous n’avons pas à reprendre ici la discussion qui a eu lieu pendant le cours des débats; il nous suffit de placer sous les yeux du lecteur tous les éléments médico-légaux des diverses questions discutées en Cour d’assises.

ANNEXES

8. — Avortement à l’aide d’instruments. — Inculpation d’avortement par déchirure des membranes. — Affaire du Dr Ch....

Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Feuilloley, Substitut de M. le Procureur de la République près le Tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 27 janvier 1881, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du Code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 27 janvier 1881, par M. le Commissaire de police du quartier de la Monnaie, constatant l’avortement de la fille C..., demeurant à Paris.

« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à la visite de la fille C..., et de constater tous indices de crime ou délit.»

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette visite, le 28 janvier 1881.

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