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III. — Déposition du Dv Pozzi

M. Pozzi nous a envoyé le résumé suivant des arguments qu’il a présentés aux assises :

Deux points me- paraissent avoir une grande importance au point de vue de la défense :

1° L'odeur fétide exhalée par Gabrielle B... au moment de l’examen du Dr G... ;

2° L’absence du fœtus, ou pour mieux dire de l’œuf (embryon et annexes), dans les matières perdues par la malade.

Enfin, en troisième lieu, on doit ajouter quelque attention à la manière dont s’est effectuée la fausse couche, par une seule hémorragie survenue le surlendemain de l’examen du Dr C...

§ 1. Odeur fétide. — Cette particularité est avérée. Au moment où elle est venue chez le Dr C..., Gabrielle B... présentait une odeur infecte et inusitée, puisqu’elle s’en est aperçue elle-même et l’a qualifiée d 'infecte dans sa déposition au Commissaire de police. Le Dr C... y est revenu plusieurs fois dans ses dépositions successives, bien qu’il n’ait manifestement pas soupçonné l’importance que ce fait pouvait avoir pour lui.

Il y a évidemment là quelque chose de tout à fait spécial et qui fait naître invinciblement l’idée d’une décomposition, d’une putréfaction.

Pourquoi ne pas admettre dès lors cette explication naturelle : la fausse couche était commencée ; les membranes rompues, l’œuf était en train de se détruire sous l’influence des trois principaux agents de toute fermentation qui se trouvaient alors réunis : l’air, l’eau et la chaleur. On sait que ce travail de décomposition marche avec une rapidité inouïe (1).

§ 2. Absence du fœtus. — La malade n’a pu le découvrir dans l’unique perte qu’elle a faite, le surlendemain de l’examen du Dr C... Elle n’a trouvé « qu’un caillot de la longueur du petit doigt » (déposition au Commissaire de police). Cependant un œuf humain de deux mois (embryon et membranes) a la grosseur d’un œuf de dinde, et l’embryon qu’il renferme a déjà une forme

(1) Pinard, article Foetus du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 4° série, t. II, p. 547.

ANNEXES

animale parfaitement caractérisée, qui permet de le reconnaître, surtout lorsqu'on le cherche, et Gabrielle B... l’a cherché!

Il y a là un fait inexplicable si on ne le rattache pas à l’hypothèse précédemment énoncée; tout s’explique au contraire très facilement par elle de la façon suivante:

L’œuf était mort, et probablement mort depuis quelque temps. L’embryon n’a pas été trouvé., parce qu’il avait déjà disparu au moment où les membranes se sont ouvertes : celles-ci ellesmêmes se sont successivement détachées par les progrès de la décomposition, et le caillot long comme le petit doigt, trouvé par Gabrielle B..., s’il n’était pas simplement un caillot, n’était sans doute que la caduque, dernière partie vivante de ces membranes expulsées d’un coup par l’unique hémorragie.

En résumé, voici les phases successives par lesquelles aurait passé la fausse couche :

1° Mort de l’embryon ; persistance de la vie des membranes (1) ;

2° Dissolution de l’embryon dans les membranes intactes (2) ;

3° Rupture des membranes ; putréfaction, odeur infecte; destruction de la plus grande partie des membranes, qui sont éliminées insensiblement avec les matières purulentes fétides ;

Expulsion de la dernière portion des membranes restée vivante (caduque) signalée par une hémorragie unique , précédée de quelques heures par l’apparition de quelques gouttes de sang, pendant une nuit où il y a eu très vraisemblablement des rapprochements sexuels.

Les deux premières phases (mort de l’embryon, sa dissolution)

POUVANT AVOIR LIEU SANS Qü’lL SE SOIT PRODUIT LA MOINDRE HÉMOR- RAGIE, n’ont provoqué que des symptômes nuis ou qui n’ont pas

(1) La mort du fœtus n’entraîne pas fatalement celle de l’œuf; quaud

la cause de la mort du fœtus ne réside pas dans les annexes, ceux-ci peuvent continuer à vivre (Pinard, loc. cit. . , p. 540.)

(2) Quand la mort vient frapper l’embryon pendant la période de formation, c’est-à-dire dans les deux ou trois premiers mois, le plus souvent le phénomène observé est la dissolution du fœtus. « Si l’on a présent à l’esprit, dit Lempereur, le volume, la consistance, la constitution histologique de l’œuf humain, l’observation du phénomène qui se produit dans cette organisation à l’état rudimentaire n’étonnera nullement, et il semblera même prévu. Les éléments qui le forment sont incapables de résister aux causes de destruction qui les atteignent : leur cohésion est faible encore, aussi la désagrégation est rapide. » Il est bien entendu qu’un certain temps est nécessaire pour que cette dissolution s’opère , et si l'œuf est expulsé immédiatement on peut trouver l'embryon avec des caractères presque normaux. (Pinard, loc. cit., p. 548.)

frappé la malade, uniquement préoccupée du retour des pertes rouges annonçant la réapparition de ses règles.

Je terminerai par une dernière remarque: la consommation de la fausse couche en une seule hémorragie est une considération qui plaide encore très fortement en faveur de l’hypothèse que j’ai émise. Lorsqu’une femme avorte à la suite d’une manœuvre qui a amené la mort violente de l’œuf, d’ordinaire cet avortement s’effectue avec des hémorragies répétées. Au contraire,, quand l’œuf meurt naturellement et petit à petit, son élimination peut se faire progressivement et souvent n’être marquée que par une seule hémorragie terminale.

Tout, dans le fait actuel, éveille l’idée d’un pareil processus.

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