PRÉSOMPTION D*AVORTEMENT. PRÉTENDUE MOLE UTÉRINE
rapport qu’elle était primipare, et dans la discussion qui va suivre nous nous plaçons dans cette hypothèse.
M. le Dr M... a examiné la fille O..., le 7 décembre 1888, quatre semaines après l’accouchement.
De ses constatations, M. le Dr M... conclut que le produit de la conception avait cerlainement dépassé sept mois de vie intrautérine. Pour justifier cette conclusion, le rapporteur invoque un certain nombre de preuves; si quelques-unes sont contestables, d’autres ont une grande valeur.
En examinant chacune des constatations successivement, on peut dire : les vergetures, même siégeant au-dessus de l’ombilic, surviennent parfois avant le sixième mois; il en est de même des vergetures des seins, de la couleur noire de l’aréole, de la présence du lait; on rencontre quelquefois ces signes dès les premiers mois de la grossesse. La dilatation de la vulve, l’amplitude du vagin ne prouvent pas par elles-mêmes qu’il y a eu un accouchement voisin du terme.
Bien que chacun de ces signes pris isolément ait une valeur contestable, leur réunion crée en faveur de la conclusion de M. le Dr M... une présomption très grande. Les suivants sont plus démonstratifs.
Le développement du corps de l’utérus, qui quatre semaines après l’accouchement dépasse encore le pubis, témoigne que cet organe a contenu un corps volumineux (on verra plus loin quel a été ce corps). On pourrait toutefois citer contre cette interprétation des cas dans lesquels l’involution de l’utérus se fait très lentement, soit parce que les femmes ont été malades, soit parce qu’elles se sont mal soignées, et notamment n’ont pas ou ont insuffisamment gardé le repos après l’accouchement ou l’avortement.
Le volume du col et spécialement la déchirure notée à gauche prouvent qu’il y a eu accouchement récent, mais une déchirure peu profonde se produit parfois lorsque l’expulsion est très rapide, même alors que l’enfant n’a pas dépassé le sixième mois de la vie intra-utérine.
Le signe dont la valeur est la plus grande est la déchirure de la fourchette. « A la partie inférieure de la vulve existe une cicatrice linéaire de 10 à 15 millimètres de longueur. » M. le Dr M... a parfaitement raison de dire que ces déchirures se produisent quand l’accouchement se fait à terme ou à une époque voisine du terme.
Mais, bien que nous n’en ayons jamais observé avant le septième mois, nous avons tenu, avant de donner une conclusion
ANNEXES
absolue, à prendre l’avis de ceux de nos collègues qui dirigent de grands services d’accouchement. Aucun d’eux ne voudrait affirmer sans réserve que, dans une expulsion brusque, la tête d’un enfant de six mois ne pourrait pas produire une déchirure superficielle ayant les caractères décrits par M. M....
Sur ce point, nous concluons donc : la fille O... est accouchée d’un enfant qui avait certainement plus de six mois de vie inlraulérine. Il est probable que nous restons d’un mois et peut-être de deux au-dessous de la réalité, mais nous ne pouvons affirmer que la tête d’un enfant de six mois ne puisse produire cette déchirure.
M. le Dr L... fait une autre hypothèse. La fille O... « a fait un avortement d’une fausse grossesse ou môle charnue ».
Il est extrêmement regrettable que, en présence des dénégations de la mère et de la fille O..., qui étaient en contradiction avec son opinion, M. le Dr L... n’ait pas examiné cette jeune fille. Il n’était pas besoin en effet de procéder à des manœuvres qui auraient pu blesser sa pudeur. Il suffisait de chercher à constater par l’auscultation, à travers la paroi abdominale, la présence ou l’absence des battements du cœur d’un enfant. Si, après les avoir cherchés, M. le Dr L... ne les avait pas trouvés, il aurait pu soutenir que s’il y avait grossesse, l’enfant était mort, ou qu’il n’y avaitpas grossesse et que la fille 0... était atteinte d’une môle vésiculeuse ou charnue. Dans les paragraphes I, II, III, IV, V de sa déposition du 15 décembre 1888, M. le Dr L... dit qu’il y a présomption, probabilité, presque certitude que la fille 0... est accouchée d’une môle, mais il avoue que ce n’est pas sur son examen qu’il peut établir cette opinion, mais plutôt sur des souvenirs vagues, le récit de l’entourage, les déclarations de l’inculpée. Quelle que soit la conviction de xM. le Dr L..., elle ne s’appuie sur aucun signe médical; nous pouvons donc dire qu’il s’agit d’une simple hypothèse.
Quelle est sa valeur? Les môles utérines sont rares (car je ne pense pas que M. le Dr L... fasse allusion à l’expulsion d’une tumeur fibreuse, assez volumineuse pour simuler u ne grossesse de cinq ou six mois, celles-ci mettant des jours et parfois des semaines à s’éliminer).
Les môles utérines sont donc rares ; elles le sont plus particulièrement chez les femmes jeunes. Or la fille 0... ne paraît pas avoir eu d’hémorragie au cours de cette grossesse ou fausse grossesse, et l’absence d’hémorragies dans les premiers mois est elle-même exceptionnelle dans cette maladie rare, plus rare encore à vingt ans.