Maladies chroniques
1° Phtisie. — Cancer. — La tuberculose pulmonaire a une* influence fâcheuse sur la marche de la grossesse. Grisolle (2) a cité 3 avortements au quatrième et au cinquième mois, sur 22 grossesses de femmes phtisiques. Caresme (3), sur 36 cas,
(1) Auvard, Traité pratique d'accouchements , 1894, p. 375 (en note).
(2) Grisolle, Mémoire sur Vin fluence de la grossesse sur la marche de la phtisie ( Arch . gén. de médecine , janvier 1850).
(3) Caresme, Sur l'influence de la grossesse sur la phtisie pulmonaire Thèse de Paris, 1866.
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a trouvé 6 avortements ou accouchements avant terme.
Cette proportion des avortements n’est pas très élevée et il est facile de citer des cas de femmes phtisiques, même arrivées à une période ultime de la maladie, qui sont accouchées à terme d’un enfant vivant, pour ainsi dire, in articulo mortis.
La cachexie cancéreuse amène parfois l’expulsion prémalurée du fœtus, mais pas fatalement, même si le siège du cancer est le col de l’utérus.
Il est bien certain que les enfants nés dans ces conditions défavorables sont loin d’être vigoureux et que leur mortalité pendant le jeune âge est grande; cependant ils sont nés à terme, point qui, dans cette étude, est le seul que nous devions retenir.
2° Maladies du cœur. — L’avortement au cours des cardiopathies est fréquent, mais il est difficile de savoir si l’expulsion prématurée de l’embryon ou du fœtus est due à l’état maternel ou aux lésions hémorragiques locales du placenta et à la dégénérescence placentaire qui en résulte. Le tableau suivant, dressé par M. Porak, vous indiquera le nombre des avortements, suivant les diverses affections du cœur, et de quel fâcheux pronostic est la grossesse pour la mère (1).
Fréquence
de l’expulsion Mortalité
prématurée, maternelle.
Lésions aortiques 25 p. 100 23 p. 100
Insuffisance mitrale 50,82 — 13,66 —
Rétrécissement mitral 30 — 61,50 —
Rétrécissement et insuffisance mitrale. 42,20 — 45,45 —
Lésions complexes 43 — 50 —
Ces chiffres donnent raison à Peter qui disait : « Pour une cardiopathe, jeune fille, pas de mariage; mariée, pas de grossesse. »
3° Maladies des reins. — Je vous ai dit que l’albuminurie pouvait être regardée comme une cause paternelle de
(1) Porak, De l’influence réciproque de la grossesse et des maladies du cœur. Thèse d’agrégation, 1880, p. 109.
l’avortement, parce qu’elle détermine chez le père un état d’affaiblissement dont se ressent le produit de la conception.
Mais c’est surtout l’albuminurie, si fréquente au cours de la grossesse, dont nous devons préciser l’importance pour la mère et la vie du fœtus.
L’albuminurie gravidique peut être passagère, liée à des troubles de la nutrition encore mal connus, à une lésion rénale.
« Chez une femme albuminurique, disent Tarnier et Budin (1), la grossesse peut arriver à son terme sans aucun accident, ni pour la mère, ni pour l’enfant. Mais la terminaison n’est pas toujours aussi heureuse, et il faut être prévenu que l’albuminurie peut se terminer par la mort de la mère avant l’accouchement ou par celle du fœtus... D’autres fois, l’albuminurie détermine l’avortement. »
Dans quelles proportions?
« A. Mère. — Le pronostic est grave pour la mère, car, si nous en croyons les statistiques, la mortalité serait assez élevée : sur 137 cas d’albuminurie rapportés par Hofmeier, l’éclampsie se montra 104 fois; la mortalité des femmes s’éleva à 39,4 p. 100. L’albuminurie serait fatale dans 32,9 p. 100 des cas, d’après Rosenstein; 11 fois sur 20, d’après Devillers. Ces chiffres, que nous nous bornons à citer, sont sujets à révision, car les auteurs qui les donnent semblent avoir confondu les cas les plus disparates.
« B. Fœtus. — Pour Depaul, Ch. H. Petit, Hofmeier, bien souvent le fœtus présenterait un développement au-dessous de la moyenne. Le fœtus succombe fréquemment dans l’albuminurie gravidique, surtout s’il y a eu des accès d’éclampsie. »
L’avortement peut donc survenir par suite de l’albuminurie de la mère. Au point de vue médico-légal, deux circonstances sont à noter, parce qu’elles peuvent induire le médecin en erreur. L’albuminurie est souvent ignorée de la mère et
(1) Tarnier et Budin, Traité de l'art des accouchements , t. II, p. 132, 136, 137.
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du médecin. Elle est latente et peut cependant déterminer des accidents d’éclampsie à toutes lespériodes de la grossesse. Ce point de pathologie, trop souvent méconnu, a pu faire croire à des intoxications par la strychnine ou les opiacés. Les symptômes convulsifs ou comateux, dus à l’urémie, ne surprennent pas les médecins, lorsqu’ils surviennent pendant les derniers mois de la grossesse, mais doivent leur paraître suspects même pendant les premières périodes.
« Pendant la grossesse (1), l’éclampsie peut apparaître à toutes les périodes. Danyau père en a observé un cas dès la sixième semaine. Dans la statistique des faits observés à la Maternité par Tarnier, on a noté que, sur 52 cas, il y avait eu :
1 cas à 5 mois.
« 7 cas sont survenus après l'accouchement.
« Dans 48 cas recueillis par Bar à l’hôpital Saint-Louis, l’éclampsie est survenue dans :
2 cas au
mois.
« Ces chiffres montrent que, rare pendant les premières périodes de la grossesse, l’éclampsie devient de plus en plus fréquente à mesure que la gestation avance. »
L’éclampsie peut encore se déclarer après la délivrance. La question médico-légale est donc celle-ci ? Une femme a fait un avortement, est-il provoqué? est-il dû à l’albuminurie?
(1) Tarnier et Budin, loc. cil ., t. 111, p. 692.
Si la femme vit, l’analyse des urines donnera la réponse, avec cette réserve, que parfois l’albuminurie gravidique cesse de suite après l’accouchement.
Si la femme est morte, la question est plus difficile à résoudre, car l’analyse des urines contenues dans la vessie, s’il y en a, donnera presque toujours un résultat positif. Yibert et Ogier ont, en effet, démontré que dès que la décomposition du cadavre commence, il y a toujours do l’albumine dans le contenu vésical (1).
4° Maladies du foie. — L 'ictère grave détermine habituellement l’avortement avant ou après la mort du fœtus. Celui-ci survit bien rarement, même lorsque l’accouchement se fait au huitième ou au neuvième mois de la grossesse.
L 'ictère simple lui-même a parfois provoqué l’avortement, mais beaucoup plus rarement.
Quant aux coliques hépatiques , si fréquentes chez lesfemmes enceintes, elles n’ont aucune action sur l’évolution de la grossesse, à moins que les calculs ne déterminent de la cholécystite ou de l’angiocholite.