‹ L'avortementChapitre 17 sur 136 · AUTEURS · texte numérisé non relu

AUTEURS

Choléra chez des femmes enceintes.

Avec

avortement.

Guérison .

Mort.

Sans

avortement.

Guérison.

Mort.

Bouchut

Baginsky

On a prétendu que la mort du fœtus précédait toujours celle de la mère ; je vous ai cité une sentence prononcée,.

(1) Grisolle, Traité de la pneumonie , 2e édition, 1864, p. 520.

(2) Ricau, De la pneumonie dans la grossesse. Thèse de Paris, 1874. — Virchow's Jaliresb ., 1875, t. 11, p. 591, cité par Hofmann, Nouveaux éléments de médecine légale. Commentaires du professeur Brouardel, 1891,. p. 147 (en note).

(3) Tarnier et Budin, loc. cit ., t. II, p. 30.

en Autriche, par le tribunal des superarbitres; il acquitta un médecin qui avait refusé de pratiquer l’opération césarienne sur une femme arrivée au terme normal de la grossesse et qui était morte très rapidement du choléra, parce que dans le choléra, déclaraient les superarbitres, la mort de l’enfant précède toujours celle de la mère (i). Je pense que cette affirmation est erronée, car on a signalé des cas, peu nombreux il est vrai, où des femmes atteintes de choléra étaient accouchées prématurément de fœtus vivants.

6° Syphilis. — Que son origine soit paternelle ou maternelle, l’infection syphilitique est assurément de toutes les maladies infectieuses celle qui occasionne le plus grand nombre d’avortements.

Dans les cours précédents, je me suis suffisamment étendu sur cette question pour ne pas avoir besoin d’y revenir avec grand détail (2). Le seul point sur lequel j’insisterai est celui qui a trait au traitement mercuriel, auquel certains auteurs ont attribué une influence fâcheuse sur le produit de la conception.

Une femme mariée à un syphilitique, contaminée ou non, devient enceinte, que doit faire le médecin ?

Messieurs, en dépit des affirmations des auteurs qui craignent que le mercure donné à la mère dispose à l’avortement, si vous savez pertinemment que la femme est contaminée, vous devez instituer le traitement spécifique. La statistique du Dr Le Pileur à l’hôpital Lourcine indiquait 88 avortements pour 100 grossesses. Depuis que le traitement mercuriel est institué systématiquement, chez les femmes syphilitiques, dès le début de la grossesse, l’avortement est devenu beaucoup plus rare et la statistique de la maison de détention de Saint-Lazare ne donne plus que 17 à 18 avortements pour 100 grossesses (3).

(1) P. Brouardel, Le mariage , nullité , divorce, grossesse , accouchement, 1900, p. 300.

(2) P. Brouardel, L’exercice de la médecine et le charlatanisme , 1898,

(3) Fournier, Syphilis et mariage , 1880, p. 72.

CAUSES DE L’AVORTEMENT NATUREL

F. Weber a suivi la marche de la grossesse sur 129 femmes enceintes et soumises à différents traitements antisyphilitiques. Les résultats les plus favorables furent fournis par les frictions mercurielles, car, de 35 femmes ainsi soignées, pas une seule n’accoucha avant terme, tandis que chez celles qui élaient traitées par les autres médications, il y a eu de 15 à 36 pour 100 d’avortements. Les résultats les plus défavorables, c’est-à-dire 36 avortements pour 100, furent fournis par l’iodure de potassium (1).

Si la femme n’est pas ou ne semble pas contaminée, bien que le père soit un syphilitique avéré, elle peut, d’après la loi de Colles, donner naissance à un enfant hérédo-syphilitique, sans présenter aucun signe manifeste de la syphilis.

Devra-t-on, dans ce cas, instituer le traitement spécifique? Ricord répondait nettement non et n’instituait le traitement mercuriel qu’en présence de signes évidents de syphilis ; il n’aimait pas, disait-il, « à tirer au jugé ». Sur ce point, le professeur Fournier partage à peu près l’opinion de Ricord. Pour moi, je n’adopte qu’avec réserve l’avis de Fournier; je pense, même quand le père seul est syphilitique, qu’il faut instituer le traitement spécifique, et je dirai plus, il y a imprudence à ne pas le donner. En prescrivant à la femme une médication spécifique, nous pouvons avoir le double avantage de préserver la mère d’une infection par le produit de la conception et de sauver un enfant qui, si l’on avait laissé évoluer la grossesse, aurait eu des chances d’être expulsé avant terme. Assurément, le traitement mercuriel ou mixte ne met pas d’une façon certaine à l’abri de l’hérédo-syphilis l’enfant qui va naître ; cependant, en plus de la quasi-certitude que l’on a d’amener par ce moyen la grossesse à terme, il semble que les hérédo-syphilitiques traités in utero présentent des symptômes relativement peu graves et dont un traitement spécifique, institué dès l’apparition des accidents, les débarrasse plus rapidement.

(1) F. Weber, Med. Centralbl ., 1875, p. 5*28.

INFLUENCES MATERNELLES. — MALADIES CHRONIQUES. 7f

Le fait suivant, rapporté par M. Auvard, nous sembleprouver l’utilité de l'institution du traitement, si le père a eu la syphilis, même plusieurs années avant le mariage,, bien qu’il ne présente, au moment de la grossesse, aucun accident appréciable (1).

Un monsieur avait contracté la syphilis ; il fut soigné par deux spécialistes, l’un de l’hôpital du Midi, l’autre de l’hôpital Saint-Louis, qui, quatre ans plus tard, lui assurèrent qu’il pouvait se marier sans aucune crainte. Quatre années après le mariage, c’est-à-dire huit ans après le début de la syphilis chez le mari, la femme accoucha à six mois d’un enfant mort et macéré et présenta, au cours de la grossesse, une roséole légère. Elle n’avait eu, antérieurement, aucune manifestation syphilitique.

Deux ans après cet accouchement, survient une nouvellegrossesse, au cours de laquelle le traitement mercuriel et mixte fut institué. L’enfant naquit vivant et présenta, peu* de temps après sa naissance, des traces de syphilis héréditaire, qui cédèrent rapidement à un traitement spécifique.

Deux ans plus tard, nouvelle grossesse; aucun traitement ne fut donné à la mère, qui, à huit mois, expulsa un fœtus mort et macéré.

En résumé, Messieurs, quand la syphilis est entrée dansun ménage, quelle qu’en soit l’origine, vous devez instituer un traitement, dont les avantages peuvent être considérables et les inconvénients nuis ou très minimes.

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