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Tabac

Depuislongtemps,letabac(iVïco£mna tabacum){ fig.i)aété considéré comme un emménagogue et un abortif. On s’en est surtout occupé à l’occasion des risques d’avortement que pourrait faire courir aux femmes employées dans les manufactures l’inspiration d’air imprégné de vapeurs de tabac (3).

Stoltz rapporte que, dans un cas d’avortement survenu chez une femme employée dans une manufacture de tabac,

(1) Taroier et Budin, loc. cit., t. IF, p. 24.

(2) Sees, Amér. Journ. of med. Science , n. sér., vol. 64, 1872, p. 43T.

(3) Pécholier, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales , article Tabac, p. 278. — Gués, Nouv. Dict. de méd. et de chir. pratiques de Jaccoud, 1883, t. XXXY, article Tabac, p. 1.

le liquide amniotique avait une odeur repoussante de tabac en décomposition. C’est un fait assez extraordinaire; il est resté isolé et nulle communication ultérieure n’a mentionné ce phénomène bizarre.

En 1868, Kostial (1) fit des recherches sur 1 945 ouvrières et constata qu’elles avaient mis au monde en trois ans

Fig. 1. — Nicotiana tabacum. Plante de la famille des Solanées.

506 enfants; 206 étaient morts au cours de ces années, dont 181 pendant les premiers mois. Cependant, malgré le nombre des faits observés par Kostial, il peut subsister quelques doutes au sujet du rôle de la nicotine dans l’avortement. En effet, dit-il, « ces ouvrières sont très mal logées

(1) Kostial, Étude de statistique médicale sur l’état sanitaire de la population féminine de la fabrique de cigares de Iglaz ( Wochenblait der Gesellsch. der Aertze in Wien, 1868, nos 34, 36, 41).

P. Brouardel. — L’Avortement. 7

98 CAUSES DE l’aVORTEMENT NATUREL.

et mal nourries; elles travaillent dix heures par jour, exposées aux poussières du tabac et aux vapeurs de la nicotine. Beaucoup sont atteintes d’une anémie spéciale et présentent des troubles de la menstruation. » C’est là un point fort important et suffisant, dans bien des cas, pour expliquer soit l’avortement, soit la naissance d’enfants débiles.

En 1879 et 1880, la Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle reprit cette étude (1), et le Dr Delaunay prétendit qu’au point de vue de la grossesse l’influence du tabac était si néfaste que, d’après Brochard (2), dans beaucoup de villes les filles mères vont, quand elles sont enceintes, travailler dans les manufactures de tabac, afin de provoquer une fausse couche. Il ajoutait qu’au témoignage de Quinyard, ces ouvrières, quand par hasard la grossesse se terminait à terme, n’avaient que des enfants chétifs, mourant souvent dans les premiers mois, et qu’en plus elles étaient de fort mauvaises nourrices.

Cependant, d’après Heurtaux et Ygonin, médecins des manufactures de tabac, l’avortement ne serait pas plus fréquent que dans les usines des autres industries. Sur 190 femmes qui ont été sérieusement examinées par ce dernier auteur, 163 ont eu de un à onze enfants à terme, 80 n’ont jamais eu d’enfants et 17 seulement ont avorté (3).

En 1881, la question fut reprise par le ûr Piasecki (4), médecin de la manufacture des tabacs du Havre ; sa statistique porte sur 540 ouvrières. A son avis :

1° Le tabac ne saurait être considéré comme emménagogue;

(1) Delaunay, Thevenot, Société de médecine publique, 24 décembre 1879 [Ann. d’hyg. et de mèd. lég ., 1880, t. III, p. 159).

(2) Brochard, Journal de la Société contre l'abus du tabac , n° 7, juillet 1878, p. 189.

(3) Ygonin, Maladies des ouvriers employés dans les manufactures de tabac. Lyon, 18G6. — Ann. d'hyg. et de mèd . lég., 1807, t. XXVII, p. 219. — Lyon médical , 1880, p. 397.

(4) Piasecki, Influence des manufactures de tabac sur la menstruation, la grossesse et la santé des nouveau-nés ( Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1881, p. 910).

'influences maternelles. — INTOXICATIONS. 99 1 2

2° Les divers travaux auxquels donne lieu sa fabrication n’entraînent aucun inconvénient pour la santé des ouvrières ;

3° Il n’a pas de mauvaise influence sur la grossesse;

4° Les fausses couches ne sont pas plus nombreuses chez les ouvrières de la manufacture des tabacs du Havre que chez les autres femmes de la ville ;

5° La mortalité chez les nouveau-nés (223 décès sur 376 naissances) a été considérable, mais il faut en chercher les causes ailleurs que dans l’influence du tabac : logements insalubres, encombrement, précautions hygiéniques nulles ou insuffisantes, alimentation vicieuse, etc.

Je partage, Messieurs, l’avis du Dr Piasecki, et je pense que, si le tabac a une influence, celle-ci est bien secondaire dans la production des avortements, très fréquents dans la population ouvrière des grandes villes (1).

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