Pilocarpine
Lewin analyse un certain nombre de faits qui témoignent, 'd’après lui, que la pilocarpine (alcaloïde du Pilocarpus pinnatifolius , Rutacées) a un pouvoir abortif réel. Il ajoute, toutefois, qu’il ne faut pas s’étonner si la pilocarpine échoue •dans certains cas, soit d’une façon complète, soit relativement.
Voici les faits que Lewin rapporte à l’appui de cette opinion .
D’après Massmann (1), une femme âgée de trente ans reçut, pour un œdème des extrémités inférieures, une injection -sous-cutanée de pilocarpine à 2 p. 100. Elle était grosse pour la quatrième fois. Quelques heures après, la poche des •eaux se rompit, il y eut des douleurs expulsives, et elle accoucha prématurément d’un enfant insuffisamment développé pour vivre.
D’après le même auteur, une femme de trente ans, enceinte, traitée par la pilocarpine pour une hydropisie, ■eut, peu après, des douleurs expulsives, et accoucha prématurément d’un fœtus non viable. Il faut remarquer que ces femmes hydropiques avaient vraisemblablement des affections du cœur, du foie ou des reins, et nous avons dit plus haut combien l’avortement est fréquent dans les maladies ■chroniques, notamment chez les cardiaques.
Schauta (2) a publié quinze cas, dans lesquels les douleurs •expulsives, lentes et paresseuses, ont été vivement activées par des injections de pilocarpine.
Chadzynski (3) cite le cas d’une femme, enceinte de quatre mois, traitée pour une éruption psoriasique par les injections de pilocarpine. L’avortement eut lieu après la neuvième injection.
Les injections de pilocarpine ont été employées avec succès,
(1) Massmann, Centralbl. für Gynâk., 9, 1878, p. 193.
(2) Schauta, Wiener med. Wochenschr ., XXVIII, p. 19, 47, 50, 1878.
<3) Chadzynski, Przeglad lekarski , 1878, n° 25.
d’après Kleinwàchter, dans les cas d’avortement ou d’accouchement prématuré pour rétrécissement du bassin (1).
Lerch (2) rapporte deux autres cas. Dans le premier, la grossesse datait de sept mois ; il suffit de deux injections à 2 p. 100 de pilocarpine pour déterminer l'accouchement prématuré. Dans le second, la grossesse était arrivée au septième mois ; trois injections à 2 p. 100 furent nécessaires. Dès la première injection, les contractions utérines commencèrent.
Sâxinger détermina l’accouchement prématuré artificiel à l’aide de cinq injections d’une solution de pilocarpine à 2 p. 100. Les douleurs se manifestèrent rapidement et l’expulsion eut lieu trente-cinq heures après la première injection. L’enfant était vivant (3).
Heylen a publié un cas analogue (4).
Gigeollet détermina à plusieurs reprises chez la même femme l’accouchement prématuré; trois injections de quatre en quatre heures suffirent pour amener ce résultat (5).
Ces faits très intéressants témoignent que la pilocarpine a une action sur les fibres musculaires de l’utérus, lorsque la grossesse est parvenue à une période déjà assez avancée de son évolution. Nous ne savons s’il en est de même pendant les premiers mois. Les observations publiées semblent devoir faire placer la pilocarpine, au point de vue de la physiologie utérine, à côté du seigle ergoté.