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Utérus irritable

Certaines femmes avortent, je vous l’ai dit, quelles que soient les précautions prises pour éviter cet accident. D’autres avortent sous l’influence de causes qui restent indifférentes pour l’immense majorité des femmes enceintes. En pathologie comparée, ces faits sont connus. Il est aujourd’hui acquis à la science, dit Bouley, que les femelles qui ont

(1) Nocard, Bull, de la Soc. centr. de méd. vétérinaire, 1894, p. 530.

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avorté une première fois sont prédisposées, par ce fait, à avorter de nouveau un certain nombre de fois, à des dates qui se rapprochent de plus en plus du terme normal de la gestation, et qu’elles ne redeviennent aptes à conduire à terme leur produit qu’après, si l’on peut dire, ces sortes de tentatives infructueuses.

Cette irritabilité est, chez certaines femmes enceintes, plus grande aux époques qui correspondraient au retour normal des règles.

Cette influence semble plus marquée chez les jeunes mariées. Elles sont attribuées à des excès de coït; j’ajoute que ceux-ci coïncident souvent avec les fatigues non génitales du voyage de noce, les déplacements, les pudeurs de la jeune mariée qui néglige de veiller à la régularité des fonctions d’évacuation. Chez celles qui avortent, on a noté parfois des accumulations de matières fécales dans le rectum.

On admet en général, disent Tarnier et Budin (1), que les prostituées sont stériles ou ont très peu d’enfants. La réalité est qu’elles accouchent rarement à terme. Chez elles, les irrégularités, les interruptions de la menstruation, reconnaissent souvent pour cause un commencement de grossesse. Serres avait remarqué, lorsque les prostituées étaient soignées dans une division de l’hôpital de la Pitié, que les pertes abondantes sont assez rares chez ces femmes, mais que les plus jeunes ont souvent des retards dans leurs règles, qui se terminent par l’expulsion de ce qu’elles appellent un bouchon. Il ne fit d’abord pas attention à cette expression; mais, ayant dirigé ses recherches sur l’embryologie, il lui fut facile de reconnaître, dans ce bouchon, tous les caractères de l’œuf humain, et il put en recueillir un grand nombre dans un court espace de temps, qui tous avaient été expulsés à une époque qui indiquait une conception de quatre à cinq semaines. C’est toujours sur des filles de dix-huit à vingt ans qu’il a pu faire cette observation (Jacquemier).

j(l) Tarnier et Budin, loc. cit., t. II. p. 476.

INFLUENCES UTÉRINES

Si, comme praticiens, vous êtes appelés à soigner des affections utérines, je tiens à vous mettre en garde contre certaines interventions que vous aurez à pratiquer ; je veux parler surtout du cathétérisme utérin et des cautérisations du col, sans même que le cautère pénètre dans sa cavité. Je vous ai rappelé, en parlant de la grossesse, le cas suivant, qui montre bien quelle doit être votre prudence : Un général amène sa femme, qui souffrait de douleurs utérines, à Jobert de Lamballe. Celui-ci pratique l’examen, cautérise une légère ulcération et, le soir même, cette femme faisait, au grand désespoir du général, une fausse couche de quelques mois (1).

Il est possible que les rapports sexuels occasionnent un traumatisme suffisant pour déterminer une fausse couche, chez les femmes dont l’utérus est excitable ; ce moyen abortif est assez réputé, mais ce n’est qu’une possibilité et non une certitude. Je puis même vous citer deux cas dans lesquels il fut employé en vain.

Dans le premier, il s’agit d’un homme qui, voulant faire avorter sa maîtresse, eut recours à ce moyen ; mais, afin de se mettre dans un état d’éréthisme suffisamment prolongé, il prit une telle dose de poudre de cantharides qu’il en mourut quelques jours plus tard, et la grossesse continua ■son évolution.

Le second cas est celui d’un jeune homme qui, dans les mêmes conditions, se sentant incapable d’arriver à lui seul au but qu’il désirait atteindre, pria un de ses amis ■de lui venir en aide, et, malgré leurs efforts réunis, la femme accoucha au terme normal.

La valeur de ce moyen, comme celle de beaucoup d’autres, a été très exagérée, et si ce traumatisme, relativement peu violent, a pu provoquer l’avortement, ce n’est que dans des cas exceptionnels, et dans lesquels une autre cause doit parfois être incriminée.

(1) P. Brouardel, V exercice de la médecine , 1900, p. 391.

P. Brouardel. — L’Avortement. 8

114 CAUSES DE i/AVORTEMENT NATUREL.

Il n’en est pas moins vrai que le moindre attouchement suffit pour provoquer l’avortement de certaines femmes, et je tiens, avant de terminer cette question de l’avortement accidentel, à vous rappeler un fait qui vous intéresse particulièrement comme médecins traitants, car il peut engager gravement votre responsabilité.

Il y a quelques années, un médecin militaire fut inculpé d’avortement, parce qu’une femme qu’il avait examinée avait avorté quelques heures plus tard. Tarnier, avec lequel je fus commis pour l’examen médico-légal de cette affaire (1), me dit que l’avortement provoqué dans ces conditions, en dehors de toute intention criminelle, était possible, sinon fréquent, et, à l’appui de son dire, me rapporta les deux faits suivants, dont l’un fut consigné dans notre rapport et reproduit par Tarnier devant les jurés :

Une jeune femme se présente à sa consultation, pensant être enceinte ; il l’examine avec toutes les précautions désirables, pratiquant simplement le toucher, sans introduction de spéculum, et, le soir même, la femme faisait une fausse couche. Dans le second cas, il s’agissait d’une femme qui, à la suite d’un examen, fut prise, au sortir de son cabinet, de douleurs très vives ; elle put néanmoins descendre l’escalier, mais fut obligée de s’arrêter dans la loge du concierge ; elle fit immédiatement appeler Tarnier, qui constata que la fausse couche était imminente (2).

Dans ces deux cas, Messieurs, c’était Tarnier qui était médecin traitant, c’est-à-dire un homme connu pour son savoir et son honnêteté professionnelle, et il ne vint à l’esprit de personne que son intervention pût être interprétée défavorablement. Mais supposez que l’auteur d’une intervention, aussi imprévue dans ses effets, soit un jeune médecin, nouvellement établi, en butte à une certaine jalousie de la part de ses confrères plus anciens, vous pouvez être sûrs que

(1) Tarnier et Brouardel, Inculpation d'avortement , relation médicolégale de V affaire C... et D... (Ann. d'hyg., 1881, t. V, p. 304).

(2) Voy. pièce 7, p. 257.

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