SUBSTANCES ABORTIVES
femmes. La composition de ces pilules, dont il existe deux variétés, est la suivante :
7 centigr.
| ââ 35 milligr.
Pilules n° 2.
Aloès
Crème de tartre soluble
Jalap pulvérisé
Coloquinte pulvérisée
Gomme-gutte
Pour une pilule.
Les avorteuses prescrivent quatre à cinq pilules par vingtquatre heures, pendant plusieurs jours. Je ne sais pas si cette dose est capable de provoquer l’avortement sans autre manœuvre, j’en doute. Cependant on a publié quelques faits qui témoigneraient que, dans certains cas, cette médication a été efficace.
Un médecin (1) fut prié par le mari d’une femme, dont les règles n’avaient pas paru depuis trois mois, de vouloir bien remédier à cet état. Ce mari assura au médecin qu’il ne pouvait pas être question de grossesse; le docteur, sans examiner la femme, prescrivit un médicament à base d’aloès; huit ou dix jours après, celle-ci expulsa un fœtus âgé de trois mois environ.
De même un médecin ordonna à une femme atteinte de constipation une mixture à base d’aloès ; le lendemain matin, celle-ci expulsa un œuf de cinq ou six semaines (2).
Bien entendu, vous vous abstiendrez toujours de donner des purgatifs drastiques au cours de la grossesse, et si vous avez à combattre une constipation opiniâtre, fait très fréquent chez les femmes enceintes, vous ne devrez, en dehors des lavements, employer que des purgatifs légers. Je sais
(1) New York med. Record , vol. XI, 1876, p. 276.
(2) Heitzmann, Wiener med. Wochenschr., 1896, n° 6, p. 222.
4 centigr.
Pilules n° 1.
Aloès
Crème de tartre soluble
Extrait de séné
Pour une pilule.
bien que Fodéré (1) rapporte qu’une femme enceinte, ayant pris une once de manne, fut atteinte la nuit suivante de diarrhée avec coliques, et avorta le lendemain, mais ce n’est là qu’un cas exceptionnel, et, à mon avis, la grossesse n’est pas une contre-indication à l’emploi de l’huile de ricin ou de la magnésie, prescrites à dose thérapeutique.
C. Plantes aromatiques. — La mélisse , la camomille , Y absinthe, Y armoise, le safran, la cannelle, le café , etc., ensemble ou associés l’un à l’autre, ne provoquent pas l’avortement. Le plus souvent ces substances sont prises en infusion.
L 'absinthe est d’ordinaire employée telle qu’on la trouve chez les débitants de boissons. C’est le produit de la distillation alcoolique d’une macération de feuilles d’absinthe, à laquelle on ajoute un grand nombre d'autres plantes, notamment de l’anis, de la badiane, des grains de coriandre, etc. Certaines femmes, dans l’intention de se faire avorter, en boivent des quantités considérables, mais si une fausse couche survient, je pense qu’il est plus logique de l’attribuer à l’alcool, qu’aux vertus abortives de l’absinthe elle-même (2).
Ces drogues, vous ai-je dit, sont rarement employées seules; le plus souvent, dans la pensée d’en augmenter la puissance abortive, on y ajoute les substances les plus diverses et les plus inattendues. Dans une expertise, on me demanda mon avis sur une mixture dont une femme avait absorbé trois grands verres en quatre heures; elle était composée d’absinthe, à laquelle on avait ajouté 30 grammes de poudre à fusil, deux gousses d’ail, du poivre et de la cannelle(3) ; l’addition decessubstances adû rendre legoût du breuvage horrible, sans augmenter sa puissance abortive.
Vapiol est un liquide oléagineux, non volatil, d’une •couleur ambrée, d’une odeur tenace, de saveur âcre et
(1) Fodéré, Traité de médecine légale , t. IV, p. 420.
(2) Voy. pièce n° 16, p. 335.
(3) Voy. pièce n° 4, p. 250.