SUBSTANCES ABORTIVES. — ASTRINGENTS
piquante qui, en 1849, fut retiré, par Joret et Homolle, des semences du persil. Ses propriétés emménagogues ont été reconnues par la plupart des auteurs qui l’ont expérimenté. C’est un remède très souvent prescrit aux jeunes tilles mal réglées ou qui ont des douleurs violentes au moment de leurs règles. Ces propriétés, connues du public, lui ont fait bientôt attribuer des vertus abortives.
En 1880, un juge d’instruction me demanda une consultation au sujet d’une femme qui était accusée de s’être fait avorter à l’aide de cette substance. Je me renseignai auprès de Homolle, qui me répondit que, même pris à la dose excessive de 2 à 4 grammes, l’apiol ne provoque que des vertiges, analogues à ceux qui peuvent être occasionnés par des doses trop élevées de sulfate de quinine, mais que, dans aucun des cas qu’il avait été à même d’observer, il n’avait vu se produire d’hémorragie utérine. Je rédigeai ma consultation dans ce sens et l’affaire n’eut pas de suite (1).
C’est donc encore un médicament que l’on peut ranger au nombre de ceux dont la réputation est usurpée.
D. Astringents. — On a prétendu que le borax et l 'alun étaient capables de provoquer l’avortement. Pour moi, je ne le pense pas, et, à mon avis, c’est à tort que l’on a attribué au maniement de ces substances les avortements qui surviennent chez les ouvrières travaillant dans les usines où on les fabrique.
La seule chose certaine, c’est que le borax pris à haute dose amène des troubles dans la constitution histologique et chimique du sang et qu’une certaine portion de l’hémoglobine est transformée en méthémoglobine. Cette influence est-elle suffisante pour occasionner l’avortement? Je ne puis vous donner aucun renseignement précis sur ce point, et je me borne à vous signaler que le fait a été considéré comme possible.
(1) Yoy. pièce n° 5, p. 253.
P. Brouardel. — L’Avortement. 9
Je ne connais toutefois en faveur de cette opinion -que le fait suivant :
Une femme enceinte de quatre mois prit du café, qu’elle avait par mégarde sucré avec un morceau d 'alun. Elle ressentit quelques heures après des douleurs abdominales, et, deux jours après, survint l’expulsion du fœtus, qui semblait absolument tanné (1).
E. Poisons généraux. — Je me suis étendu assez longuement sur l’action des poisons et des médicaments métalliques et organiques dans une leçon précédente; je n’y reviendrai donc pas aujourd’hui et je me contente de vous renvoyer à cet exposé (2).
2. — Substances abortives ayant une action directe sur l’utérus.
i. - if.
L’if ( Taxus baccata) (flg. 5) est depuis longtemps réputé comme un abortif énergique ; cependant, s’il est indéniable qu’il soit toxique, ses propriétés abortives ont été fort exagérées.
Le principe actif se trouve dans les feuilles, dont le suc provoque des vomissements, des déjections alvines, des vertiges, de l’affaiblissement, delà dilatation pupillaire, enfin du coma, au cours duquel la mort survient quatre à quinze heures après l’ingestion.
Une étude très complète de cette plante, au point de vue de ses qualités abortives, fut faite par Chevallier, Duchesne et Reynal (3); ils ont recueilli deux cas de tentatives d’avortement par absorption d’un breuvage contenant des feuilles de cet arbre.
(1) Mauzette, Effet abortif d'un morceau d'alun dissous par mégarde dans une tasse de café ( Journal de médecine et chirurgie pratiques, t. XLIJ. Paris, 1871, p. 23).
(2) Yoy. p. 74 et suiv.
(3) Chevallier, Duchesne et Reynal, Mémoire sur l'if et ses propriétés toxiques ( Annales d’hygiène publique et de médecine légale , 2e série, t. IV, p. 94 et 355).