EFFETS IMMÉDIATS. — MORT SUBITE
Une jeune fille de seize ans, non déflorée, mais ayant cependant contracté une blennorragie, fut admise dans son service. L’orifice de l’hymen était tellement étroit, qu’il était impossible d’introduire une canule vaginale ordinaire et que Lorain faisait lui-même des injections à travers l’orifice hyménéal à l’aide d’une seringue à oreilles. L’opération était bien simple, et assurément l’introduction du bec de la seringue ne pouvait donner lieu à aucun traumatisme. Cependant, à la cinquième injection, la jeune fille mourut subitement.
Depaul a communiqué à la Société de chirurgie une observation analogue.
Le Dr Yibert a pratiqué l’autopsie d’une femme, qui fut trouvée morte dans sa chambre, à côté d’un injecteur vaginal à moitié vide.
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’un traumatisme, assurément plus considérable que le jet d’un injecteur ou le contact du doigt, puisse produire des effets semblables.
Tourdes (1) rapporte le fait suivant : « Une jeune femme, grosse de quatre mois, bien portante, entre chez un médecin. Elle reste un demi-quart d’heure seule avec lui; tout à coup, elle pousse deux cris; on accourt; elle est tombée expirante devant le médecin, qui cherche en vain à la rappeler cà la vie, et elle meurt quelques instants après. A l’autopsie, on trouve des érosions du col de l’utérus et le placenta a demi décollé, du sang frais tachant la chemise. »
M. Yibert (2) fut commis dans les circonstances suivantes :
« Une jeune femme bien constituée, vigoureuse, en excellente santé, enceinte d’environ quatre mois, se confia à une matrone pour se faire avorter. Elle se couche sur un lit, l’avorteuse lui introduit une canule dans le col de la matrice, et, au moment où elle allait faire passer une injection
(1) Tourdes, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales , article Avortement, Médecine légale , p. 611.
(2) Yibert, Relation médico-légale d'une affaire d'avortement, affaire T homas ( Annales d'hygiène publique et de médecine légale , 1893, t. XXIX,
SUITES DESJMANGEUVRES ABORTIVES.
à travers cette canule, la patiente se plaint d’éprouver un grand malaise, lui demande de cesser, perd connaissance et meurt en quelques minutes. Ces détails furent donnés par la matrone, qui avoua sa tentative. A l’autopsie, on trouva tous les organes sains, l’utérus ne présentait aucune lésion, les membranes de l’œuf étaient intactes. »
A quelle cause faut-il attribuer la mort? Lorsque, avec Charles Martin, nous présentâmes la pièce concernant la malade morte subitement dans le service de Gosselin, J. -B. Barth donna, de ces morts rapides, survenues à la suite d’un traumatisme insignifiant sur l’utérus, l’explication suivante. A son avis, la mort était due à une syncope réflexe, occasionnée par une irritation de la séreuse péritonéale. Quand il existe, disait-il en substance, une collection liquide dans les trompes, si l’utérus est irritable, il peut se produire, sous l'influence du simple contact du doigt, des contractions utérines, dont la conséquence, est le passage de quelques gouttes de liquide à travers l’orifice de la trompe, jusque dans la cavité péritonéale, d’où irritation et syncope mortelle.
Messieurs, depuis le moment où Barth exposait cette théorie, de nombreux faits ont été signalés dans lesquels ce mode de production de la syncope mortelle ne saurait être incriminé. Aussi devons-nous plutôt expliquer ces morts subites conformément à la théorie de l'inhibition, si bien étudiée par Brown-Séquard, et d’après laquelle le système nerveux peut, en dehors de toute lésion macroscopique ou microscopique, par le fait seul qu’il reçoit une impression en l’une quelconque de ses parties, cesser brusquement de remplir les fonctions nécessaires à la continuation de la vie de l’organisme. Dans le cas particulier, je ne serais pas éloigné de penser que, comme point de départ de l’excitation nerveuse, on pourrait incriminer les fissures qui sont si fréquentes au pourtour du col utérin.
Hofmann pense que dans ces cas la mort subite peut être due à l’introduction d’air dans les veines. Et il explique ainsi le mécanisme de cette introduction. Quand on pique l’œuf,