‹ L'avortementChapitre 73 sur 136 · EFFETS IMMÉDIATS. — MORT SUBITE · texte numérisé non relu

EFFETS IMMÉDIATS. — MORT SUBITE

et surtout si l’on cherche à pratiquer le décollement des membranes, il peut arriver que l’on blesse ou décolle une partie du placenta, de là ouverture des vaisseaux dans lesquels l’air peut pénétrer (1). La théorie d’Hofmann est soutenable, mais les conditions dans lesquelles elle se produit doivent être fort rares; en tout cas, elle n’explique pas la mort à la suite du toucher vaginal, au cours duquel aucune blessure ne peut permettre l’introduction d’air dans les veines.

Bien que cet accident soit rare, je pense qu’il doit rester gravé dans votre mémoire. Deux fois, à ma connaissance, il est arrivé que des femmes sont mortes dans le cabinet du médecin, qui n’avait fait que cautériser au nitrate d’argent des ulcérations superficielles du col. Vous comprenez, Messieurs, les tristes conséquences d’un accident de ce genre. Le médecin est obligé de prévenir le Commissaire de police ; les commérages s’éveillent et, si la femme était enceinte, pour peu qu’elle ait exprimé devant des voisines l’ennui qu’elle avait de son état, on accusera le médecin d’avoir voulu provoquer un avortement. Dans sa ville ou son village, en province, dans son quartier à Paris, la situation du praticien, auquel un tel malheur est arrivé, est bien compromise, et la malignité publique ne se laissera pas désarmer par le résultat négatif d’une expertise médicolégale.

Ces syncopes n’ont pas toujours des conséquences aussi graves. Elles ne paraissent pas seulement au moment même de l’injection, elles peuvent survenir une demi-heure, une heure après celle-ci. Elles ne suivent pas toujours la première injection, mais parfois une deuxième ou une troisième tentative. M. Vibert, dans l’affaire de la fille Thomas, en cite des exemples très intéressants (2).

(1) Hofmann, Nouveaux éléments de médecine légale. Commentaires du professeur Brouardel, 1881, p. 173.

(2) Tardieu, Étude médico-légale sur V avortement , 1898. Obs. XXXVI,. XXXVII, XXXVIII, XXXIX, p. 148 et 149.

P. Brouardel. — L’Avortement.

2. — Sensations éprouvées par la femme au moment de la manœuvre abortive.

Quand, sur une femme non enceinte, on pratique le cathétérisme de l'utérus, souvent elle n’accuse aucune sensation; au contraire, parfois elle déclare ressentir une piqûre. Quand on introduit l’hystéromètre, et que le canal cervical est étroit, au moment où l’orifice interne du col est franchi, beaucoup de femmes ont un ressaut et poussent une exclamation, mais la sensation douloureuse disparaît immédiatement.

Quand la femme est enceinte, et qu’un accoucheur est obligé de pratiquer un avortement ou un accouchement prématuré, le col est en général ramolli, son orifice estentr’ouvert, et la femme n’accuse aucune sensation. Quand il s’agit d’avortement criminel, beaucoup de femmes disent avoir ressenti une sorte de farfouillement ou de piqûre (1). Si l’on injecte un liquide, ainsi que cela se pratique pour décoller les membranes, certaines inculpées disent avoir senti comme un gargouillement et perçu le liquide monter dans le corps ; cependant, le plus souvent elles ne sentent absolument rien, et sur les soixante-douze femmes que le Dc Yibert eut à examiner, à l’occasion des poursuites intentées contre la fille Thomas, qui pratiquait l’avortement par décollement des membranes, trois seulement dirent avoir perçu une sensation douloureuse.

M. P. Berger a cherché à résoudre cette question, et, dans un travail très intéressan t, il conclut que la sensation douloureuse tient surtout aux mouvements imprimés à l’utérus (2).

Pour lui, les manœuvres abortives pratiquées au moyen d’instruments mousses, maniés avec précaution, ne déterminent pas de douleur. La sensation de piqûre, quand elle

(1) Voy. pièce n° 7. Septième question, p. 266.

(2) Paul Berger, Des sensations perçues pur les femmes pendant les manœuvres d' avortement ( Annales d’hygiène publique et de médecine légale , 3e série, t. VIII, 1882, p. 321).

Page 1