Septicémie. — Métropéritonite. — Métrite
L’accouchement normal, l’avortement spontané ou provoqué peuvent également déterminer la septicémie, la péritonite généralisée ou locale, et les diverses variétés de la métrite. Que ces accidentssoient plus fréquents lorsqu’il y a eu des manœuvres abortives, cela est possible et semble probable ; mais l’expert ne peut tirer aucune indication de cette probabilité.
La question précise qui lui est posée est celle-ci : les accidents survenus prouvent-ils que l’avortement de telle femme a été provoqué ? A cette demande, l’expert ne peut que répondre négativement, car, malgré tous les soins dont on entoure les femmes qui accouchent normalement, il survient parfois des complications de cette nature. Cependant, depuis quelques années, grâce aux travaux de Tarnier et de Pasteur, les accidents septiques sont de plus en plus rares dans les hôpitaux et en ville, et il est possible que plus tard la réponse de l’expert soit moins dubitative.
Tardieu avait déjà fait allusion à des cas dans lesquels « les femmes sont emportées en quelques heures, sans qu’à l’autopsie on puisse trouver une seule lésion à laquelle attribuer la mort (1) ».
Le Dr P... me semble, dans une lettre qu’il m’a adressée le 14 août 1900, avoir fait faire un pas à cette question (2). Il rapporte le cas d’une jeune fille, qui, probablement, avait été soumise à des manœuvres abortives. A huit heures du matin,
(1) Tardieu, Étude médico-légale sur l'avortement , 5e édition, p. 64.
(2) Yoy. pièce n° 6, p. 255.
on la voit dans la rue portant de l’eau. Elle était morte, à deux heures, dans le délire et l’agitation. La putréfaction se fit avec une telle rapidité, que vingt-sept heures après la mort, au moment de l’autopsie, le Dr P. . . « plonge la main pour chercher l’utérus et rencontre une sorte de bouillie, qui se dissocie sous les doigts et à travers laquelle il pénètre dans le vagin ».
Cette mort rapide, les symptômes qui l’ont précédée, n’ont leur analogie que dans les inoculations de microorganismes à virulence excessive ; il y a quelques années, nous avons, avec MM. Pasteur et Proust, rédigé un rapport sur des cas analogues, survenus à Asprières à la suite d’inoculations vaccinales (1).
M. P... ajoute dans sa lettre : « Or, si ce cas vous paraît peu ordinaire, ne serez-vous pas plus surpris si je vous dis que c’est le troisième qui est observé depuis quelques mois. Deux jeunes femmes ont pareillement succombé rapidement à la suite d’avortement, et dans chacun de ces cas la putréfaction s’est manifestée en quelques heures (six heures pour la dernière, qui est morte au mois de mars). »
Dans ce cas, aucune preuve absolue ne permet de conclure, mais on peut dire que les accidents observés pendant la vie et la putréfaction ont évolué comme si une inoculation de substance éminemment septique avait été faite dans la muqueuse du col ou du corps de l’utérus. S’il y a eu avortement provoqué chez ces trois femmes, l’inoculation a dû être pratiquée à l’aide d’un instrument malpropre, non nettoyé antiseptiquement.
Je serais heureux que les médecins qui auraient vu des cas analogues après accouchement, avortement ou curettage, consentissent à les publier. Leur analyse comparée pourra seule permettre d’interpréter les conditions dans lesquelles se développent ces accidents.
La septicémie survient le plus fréquemment quand
(1) Recueil des travaux du Comité consultatif d’hygiène [de France et des actes officiels de V Administration sanitaire , 1886, p. 9. — P. Brouardel, L’exercice de la médecine et le charlatanisme, 1899, p. 317.
le placenta, retenu dans la cavité utérine, se putréfie; elle n’a pas d’ailleurs la même violence que la septicémie suraiguë que je signalais plus haut. Elle est fréquente dans l’avortemenfprovoqué, parce que, malgré le danger qu’il y a à faire prendre de l’ergot de seigle à une femme dont l’utérus n’est pas absolument vide, cette pratique est courante. La personne qui se fait avorter désire, au risque même d’accidents ultérieurs qu’il sera possible d’attribuer à une autre cause, se débarrasser du fœtus qu’elle porte. L’œuf est ouvert, l’air pénètre dans la cavité utérine et peut y apporter des germes septiques.
Les hémorragies ainsi provoquées et les accidents de métropéritonite, de septicémie qui sont la conséquence de cette putréfaction, ne diffèrent pas d’ailleurs de ceux qui succèdent à la rétention du placenta dans l’avortement spontané, lorsque les mêmes conditions sont réalisées.
La métropéritonite , la pelvi-péritonite, ou même la. péritonite surviennent parfois dans les premiers jours qui suivent la manœuvre abortive, en dehors de toute rétention placentaire. Ces accidents paraissent le plus souvent dus à l’emploi d’instruments malpropres, et, pour celte cause, sont plus fréquents dans les avortements que dans les accouchements. En effet, les avorteuses cherchent à cacher les instruments dont elles se servent pour leurs opérations; c’est donc avec des instruments plus ou moins souillés de poussière, qui ont traîné longtemps dans des tiroirs, qu’elles emploient sans les avoir nettoyés, que la ponction de l’œuf est pratiquée.
Cependant je doisajouter que, depuis quelques années, ces accidents sont plus rares, des précautions antiseptiques plus sérieuses étant prises par les industrielles en avortement.
Aux assises, on pourra vous demander si des accidents de métropéritonite ou des accidents septiques peuvent permettre d’affirmer l’existence de manœuvres criminelles. Il est certain, Messieurs, que, pour les raisons que je vous indiquais il n’y a qu’un instant, ils sont plus fréquents dans l’avortement que dans l’accouchement normal, mais,
cependant, nous ne pouvons baser aucune affirmation sur cette probabilité.
Enfin il peut survenir des accidents inflammatoires localisés .
Cette variété d’accidents est moins grave. Elle comprend les pelvi-péritonites suppurées, les phlegmons des ligaments larges, qui peuvent soit être traités chirurgicalement, soit s’ouvrir spontanément dans le rectum, le vagin, la vessie ou au niveau de la fosse iliaque. Quand l’ouverture se fait dans le péritoine, la malade est emportée par une péritonite suraiguë.
De tous les accidents, le plus hénin, et de beaucoup le plus commun, èst la métrite, et il est certain que souvent les inflammations de l’utérus, dont l’étiologie est inconnue, sont dues à des manœuvres criminelles. Dans l’officine Thomas, sur 72 femmes qu’examina M. Vibert, 24 étaient atteintes de métrite. Une proportion aussi considérable ne peut vraisemblablement pas être attribuée au hasard.