Accidents dus à des violences excessives
Parfois les lésions produites par la tentative d’avortement sont considérables et la mort plus ou moins rapide en est la conséquence. Le Dr Raynard (1) rapporte le cas suivant:
Une femme de trente ans, enceinte de six mois, se rendit chez un charlatan qui, sur sa demande, pratiqua, dans le but de la faire avorter, une opération à la suite de laquelle elle succomba au bout de douze heures.
A l’autopsie, on trouva dans la cavité abdominale une quantité considérable de sang coagulé. La paroi postérieure de l’utérus présentait une déchirure du diamètre d’une sonde ordinaire, qui s’étendait jusqu’à l’artère iliaque du côté droit, qui était elle-même perforée, un peu au-dessous de son origine. La blessure de l’artère pouvait admettre une plume d’oie. De plus, l’utérus présentait trois autres piqûres. Aucune n’avait atteint l’œuf.
Paul Dubois et Devergie (2) avaient déjà rapporté un cas analogue.
(t) Raynard, Americ. Journ. of the med. Sciences , 1853, p. 77.
(2) P. Dubois et Devergie, Avortement, rupture du vagm, renversement de la matrice , sortie du corps de l'utérus à travers les parties génitales (Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég ., lre série, 1838, t. XIX, p. 425).
s’agit d’une affaire médico-légale qui eut en 1836 un immense retentissement : une femme Grand, de Lausanne, succomba au quatrième mois de la grossesse à des violences qui avaient amené dans les organes génitaux les désordres les plus graves. La cloison postérieure du vagin avait été •déchirée ; la matrice, complètement renversée, faisait saillie hors de la vulve. Le péritoine était largement ouvert dans une étendue de 7 pouces, et l’on remarquait, de chaque côté de la plaie, des déchirures semblables à celles qu’auraient produites des coups d’ongles. Les intestins étaient mis à nu, mais non lésés. La mort, survenue seulement sept heures après, a été attribuée à l’hémorragie et à la violence des douleurs.
Tardieu (1) a publié le fait suivant :
Un homme, qu’une condamnation capitale a frappé, en 1847, aux assises du Finistère, avait déjà fait avorter plusieurs fois sa femme et lui avait introduit, à différentes reprises, la main tout entière dans les parties sexuelles. Elle était parvenue au septième mois d’une dernière grossesse, lorsque, pour mettre le comble à ses atroces brutalités, il lui fit subir d’effroyables mutilations qui amenèrent un avortement suivi de la mort.
L’autopsie, pratiquée par M. le Dr Morvand, et par M. Salzat, tous deux médecins à Lanilis, montra alors les désordres suivants :
La vulve et l’anus étaient béants et excoriés. Une déchirure, longue de 10 centimètres, comprenait la partie supérieure gauche du vagin et une portion de l’utérus lui-même. Le péritoine était ouvert en trois places différentes, et les bords de ces plaies étaient irréguliers. Il existait, en outre,
(1) A. Tardieu, Mémoire pour servir à Vhistoire médico-légale des blessures mortelles , dans lesquelles la cessation de la vie n'a pas été instantanée , et des plaies par arrachement de l'utérus et des intestins {Ann. d'hyg. publ. et de méd. légale, t. XXXIX, janvier 1848, p. 159). — Etude médico-légale sur les blessures , comprenant les blessures en général et les blessures par imprudence , les coups et l'homicide involontaire . Paris, 1879.
une perte de substance qui intéressait les parois internes de la matrice. Enfin, la plus grande partie de l’intestin grêle avait été arrachée. Il n’en restait en tout qu’un tronçon supérieur, long de 50 centimètres, et un inférieur, qui n’en avait pas plus de 8, formant, de part et d’au tre, des lambeaux inégaux et frangés. Entre les jambes, était le fœtus, qui fut reconnu avoir vécu et respiré.
Les mutilations que l’on constate sur le cadavre ne sont pas toujours contemporaines de l’acte abortif. Elles peuvent avoir été faites après la mort.de la victime, dans le but de faire disparaître les traces du crime.
Tardieu en rapporte un exemple bien remarquable (1). Le médecin de l’état civil put constater que, sur une jeune fille morte chez une sage-femme, on avait enlevé la totalité des organes de la génération.
Il y a quelques années, on trouva dans un terrain vague, près de l’Observatoire, le cadavre d’une jeune fille, à laquelle on avait enlevé après la mort les organes génitaux et les seins, sans doute pour effacer les traces flagrantes du crime. Le cadavre fut conservé plusieurs années à la Morgue, sans que l’on ait pu établir son identité.
(1) Tardieu, loc. cit., p. 172. — Voy. pièce n° 11, p. 313.
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