EXAMEN DE LA FEMME VIVANTE. — EXAMEN TARDIF
superficielle, et si le lendemain vous en recherchez la trace, même en vous servant du spéculum, vous aurez, surtout s’il s’agit de piqûres, une certaine difficulté à les découvrir.
Vous savez du reste que la cicatrisation des plaies des muqueuses est extrêmement rapide et que, par exemple, des lésions graves de la bouche se cicatrisent en peu de jours. Il en est de même pour le vagin et l’utérus. Il y a donc de grandes probabilités, si votre expertise n’a lieu qu’au bout de plusieurs semaines, pour que vous ne découvriez pas la cicatrice d’une blessure, même s’il en a existé une. Aussi, Messieurs, je vous assure, et cela est fréquent, que quand on soumet à mon appréciation des rapports d’experts qui, après quinze jours ou trois semaines, prétendent avoir trouvé une plaie au niveau du col utérin et la regardent comme due à une maladresse commise au cours de manœuvres criminelles, je ne crois pas devoir confirmer leur affirmation.
2° La femme avoue s’être fait avorter . — Je vous ai déjà dit, Messieurs, que si la femme, au cours de vos investigations, vous avoue s’être fait avorter, vous n’avez pas qualité pour recevoir ses aveux. Vous devez lui conseiller de demander à être entendue par le Juge d’instruction. Si vous agissiez autrement, vous vous trouveriez, au cours des débats, dans une très fâcheuse position, cumulant pour ainsi dire le rôle du Ministère public et celui de l’expert.
Quand la femme a fait des aveux au Juge d’instruction, celui-ci vous soumet les réponses de l’inculpée et vous demande votre interprétation. Comme il y a souvent des lacunes dans l’interrogatoire, vous êtes obligés de demander qu’au cours d’un nouvel interrogatoire on pose telles ou telles questions, capables de vous éclairer. Il s’ensuivra une seconde consultation, sur laquelle vous serez encore appelés à donner votre avis.
Enfin, Messieurs, il se peut que la femme, de bonne foi, avoue s’être fait avorter et n’ait subi que des manœuvres
incapables de produire un avortement. M. Yibert a été commis au sujet d’un cas de ce genre (1).
Yoici le fait : trois femmes avouaient s’être fait avorter par une autre femme qui avouait également. Cette dernière, tout à fait illettrée et peu intelligente, racontait qu’elle avait entendu dire qu’il sufûsait de se faire une injection vaginale après le coït pour éviter une grossesse ; elle avait usé de ce procédé sur elle-même avec succès. Elle en avait conclu quecemêmeprocédépourraitprovoquer l’avortement.
Plus tard, ayant vu dans un musée de fête foraine la reproduction en cire des organes génitaux d’une femme gravide, elle avait compris qu’il fallait tâcher de pousser l’injection jusque dans la matrice. Mais en réalité, malgré ses vanteries, elle était incapable de trouver l’orifice utérin, et, en lui faisant pratiquer le toucher, M. Yibert a pu constater qu’elle n’atteignait que rarement le col, et que, même quand elle y arrivait, elle croyait qu’il fallait placer la canule dans un des culs-de-sac du vagin. Il interrogea séparément chacune des trois avortées, qui ne se connaissaient pas entre elles ; toutes donnèrent la même description précise et minutieuse des manœuvres employées, qui étaient exactement conformes à ce que M. Yibert avait pu constater.
M. Vibert fît répéter ces manœuvres par l’avorteuse ellemême sur chacune de ses clientes, avec l’instrument que toutes reconnaissaient avoir été employé, un simple injecteur vaginal à boule, et put se convaincre que tout se réduisait à une simple injection vaginale. D’ailleurs, le fait était d’autant plus vraisemblable, que toutes les femmes reconnaissaient que les manœuvres avaient duré seulement deux ou trois minutes et n’avaient pas occasionné la plus légère douleur ; parfois il n’y avait même pas eu introduction du doigt dans le vagin.
Deux de ces femmes avaient eu un retard de quatre et (I) Vibert, Précis de médecine légale , 1900, p. 468 (en note).
de douze jours : c’était là ce qu’elles croyaient être un avortement provoqué.
Quant à la troisième, enceinte de trois mois, elle avait eu recours à une série de drogues, qui avaient été sans doute la véritable cause de l’avortement.
L’accusation fut abandonnée contre ces quatre femmes, malgré leurs aveux.
Quand l’avortement est précoce, la recherche de l’œuf ne va pas sans de sérieuses difficultés, et, même alors que le médecin est présent au moment de l’expulsion, il lui est parfois impossible de retrouver, au milieu des caillots, l’œuf ou l’embryon.
J’emprunte à M. Vibert le tableau suivant (p. 204 et 205), indiquant l’état de l’embryon et du fœtus aux divers âges de la vie intra-utérine (1). Vous y trouverez la longueur, le poids, les points d’ossification, les états des divers organes de l’embryon ou du fœtus, suivant le temps de la gestation. Voici quelques indications complémentaires.
Jusqu’à deux mois et demi, l’œuf se présente sous la forme d’une vésicule sphéroïdale ou ovoïde, molle, s’affaissant plus ou moins sur elle-même et dont la surface externe est tomenteuse (fig. 12).
Pour le retrouver, on place les caillots dans l’eau et on les dissocie avec précaution, ce qui permet de le reconnaître, grâce aux villosités qui recouvrent sa surface.
Vers la fin de la quatrième semaine, l’œuf a 25 o.u 30 millimètres (fig. 13) ;
Au quarantième jour, il a 30 à 35 millimètres;
Au cinquantième, il a 40 à 45 millimètres.
A partir du deuxième mois, les villosités choriales commencent à se développer uniquement sur le point de la surface qui correspondra ultérieurement au placenta.
(1) Vibert, Précis de médecine légale, 1900, p. 456.
Tableau de l’état de l’embryon et du fœtus