Examen du fœtus
Les blessures du fœtus, au cours des manœuvres abortives directes, sont relativement rares; en effet, sur soixantesept cas d’avortements, je n’ai relevé que huit blessures du fœtus, siégeant aux endroits suivants :
Deux fois au front et au sourcil ;
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Une fois au cuir chevelu et au dos;
Une fois à la face externe du bras. Dans ce cas, il existait •deux piqûres;
Une fois au creux de Faisselle ; la blessure avait 1 centimètre de profondeur et un caillot sanguin existait dans le trajet de la piqûre ;
Trois fois il existait d’autres lésions, mais qui n’indiquaient pas, d’une façon certaine, qu’il y avait eu intervention criminelle.
Ollivier (d’Angers) (1), Bayard (2), Tardieu (3) rapportent 1 des faits analogues.
Dans tous les cas, il s’agit de plaies faites par ponction -des membranes.
Cependant, tous les traumatismes que l’on peut observer •sur le fœtus n’impliquent pas nécessairement qu’il y ait eu intervention criminelle. Geoffroy Saint-Hilaire avait fait remarquer que si la mère subit un traumatisme pendant sa grossesse, il peut arriver que le fœtus en subisse le contrecoup et qu’il présente des vices de conformation dus à cette influence; plusieurs fois des femmes, ayant été frappées dans la région hypogastrique, sont accouchées d’enfants ayant des difformités de l’encéphale.
Divers auteurs ont publié des observations dans lesquelles des fœtus avaient été expulsés avant terme ou à terme avec des fractures multiples ou des ruptures du foie dues à des traumatismes subis par la mère.
Quand vous avez à examiner un fœtus présentant une lésion faisant supposer qu’une intervention a pu être la cause de son expulsion prématurée, il faudra vous rappeler que ces blessures peuvent être survenues au cours de
(1) Ollivier (d’Angers), Mémoire et consultation médico-legale sur ■l' avortement provoqué (. Annales d'hygiène publique et de médecine légale ,
1839, t. XXII, p. 109).
(2) Bayard, Considérations médico-légales sur l'avortement provoqué i{ Annales d'hygiène publique et de médecine légale , lre série, 1847, .t. XXXVII, p. 443).
(3) Tardieu, Étude médico-légale sur l' avortement, 1898, p. 166.
l’accouchement. Dans un cas, j’eus à examiner un fœtus de six mois et demi, qui présentait une déchirure des téguments au niveau du pli de l’aine; il me fut possible de reconnaître que la blessure était purement obstétricale, l’enfant s’étant présenté par les pieds.
Dans un autre cas, un fœtus trouvé dans la Seine présentait des lésions au niveau de la tête et de l’abdomen : il fut démontré que les blessures étaient dues à l’hélice d’un bateau.
L’explication de la rareté des blessures du fœtus est la suivante : en général, je vous l’ai dit, l’avortement est pratiqué entre le quatrième et le sixième mois; à ce moment, le fœtus baigne dans le liquide amniotique, il est peu volumineux, de sorte que, s’il y a tentative criminelle par perforation des membranes, la partie qui se trouve en face de l’instrument n’offre aucune résistance et fuit à la moindre pression. D’après les recherches de Tardieu, Devergie, Maschka, les blessures au cours de l’avortement n’ont que rarement été signalées lorsque la tentative avait lieu vers la fin de la grossesse, à sept mois et demi ou huit mois.
Dans une affaire qui s’est passée aux environs de Niort et dont M. Lepage s’est occupé, on avait élevé des doutes sur la nature des lésions trouvées à l’autopsie d’un fœtus de cinq mois et demi, présentant sur les deux os frontaux une perforation symétrique ; je pense que dans ce cas, même s’il y a eu tentative d’avortement, la lésion constatée n’impliquait nullement qu’il y ait eu perforation de la boite crânienne. En effet, il semble beaucoup plus probable qu’il s’agit là de lacunes d’ossification, analogues à celles dont l’observation a été maintes fois rapportée, sur les os du crâne des nouveau-nés.
Les fractures siégeant au niveau des pariétaux semblent être, en général, dues à des violences exercées soit après la naissance, soit au moment de la naissance ; elles seraient produites, d’après Danyau, dans un grand nombre de
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■cas, par la saillie de l’angle sacro-vertébral d’un bassin rétréci à un degré médiocre (1).
Je vous conseille, Messieurs, si vous constatez l’existence de fractures àl’autopsie d’un nouveau-né, de faire dans votre rapport une description minutieuse de la lésion que vous avez observée, et en outre de conserver la pièce, de manière à l’avoir en votre possession, dans le cas possible où une contre-expertise serait réclamée.
Il est une autre variété de lésions que l’on rencontre fréquemment, au cours des expertises pratiquées sur des onfants mort-nés; ce sont les hémorragies méningées. Dans ce cas, vous trouvez un épanchement sanguin, soit dans les mailles de la pie-mère, soit au niveau du bulbe, au-dessus et au-dessous de la tente du cervelet ; il arrive parfois que l’épanchement sanguin est très considérable et que le cervelet est entièrement recouvert par une nappe de sang. Cette lésion, que l’on observe dans un grand nombre d’expertises, semble due à l’aplatissement de la tête pendant le passage dans la filière pelvienne. Elle ne doit pas être considérée comme indiquant qu’il y a eu des manœuvres abortives (2). -