‹ L'avoué et le normand, ou, Fin contre finChapitre 6 sur 22 · PAQUETTE, NIÇOIS · texte numérisé non relu

PAQUETTE, NIÇOIS

NIÇOIS, Air: J'anivon

'illa:

Dans la carriol' de mon père , J'arriv' sans mell* pied \ terre ; L'héritage Vaut bé ça , J'arriv', me v'ià; C'est un fameux voyage.

J'en peux pus déjà, Me v'ià , me v'ià.

Une fille toute seule ! bonjour mam'selle, la compagnie.

PAQUETTE

O mon Dieu ! oh ! je parie que c'est M. Eustache Niçois.

KICOIS.

Oui , bé vrai , c'est moi. Comment que vous savez ça , la grosse mère ?

PAQL'ETTE.

Ptirdine! <;a s' voit tout de suite ; on n'attend plus que vous... et puis , des figures comme ç^ ; on n'en fait qu'à Falaise.

ISICOIS.

De Falaise, c'est encore vrai, j'en arrive. Oh! je ne m'amuse point à prendre la diligence, moi... pas si simple! ça coûte trop cher; j'attèle la grisette du père , clic ! clac ! et en route; une petite bête du pays qui marche ben à pied, allez... Comment que çn va donc chez vous?

PAQUETTE

Soyez le bien -venu, monsieur Niçois; on vous attend ici comme un événement, comme une curiosité.

MCOIS.

C'est bé flatteur tout de même... J'étais pas trop siîr de la maison , je demandais M. Marais... Marsais... Ces notaires ça écrit si entortillé , qu'on ne sait lire qu'à-ppu-près.

PAQUETTE

C'est M. Dumarais , l'homme d'affaires de défunt M. Bertaiid , votre oncle.

MCOIS.

Pauvre cher homme d'oncle! ne m'en parlez point ; la pâte du bon Dieu... en envoyait-il chez nous, ;i Martigny, pour les pauvres de sa paroisse !... On peut dire qu'il a fait du bien celuilà... A propos en a-t-il laissé pas mal, hein?

PAQUETTE

Mais oui... je ne sais pas trop , M. Dumar.iis vous contera ça.

KICOIS.

Le notaire. Kt le cousin Maraudier est-il ar-

L'AVOUÉ ET LE NOIiMAND.

PàQOEITK.

M. Hippolyte ! il est ici depuis deux jours.

MCOIS.

Ah ! y parait qu'il étnit plus pressé que mé.

PAQTF.rTK.

Ma foi, M. Eustaehe Niçois, vous avez l'air d'un bon enfant.

SICOIS.

C'est point faux ça, je suis bon enfant, on le dit, et je lé pense-

PAQDETTE.

Je m'intéresse à vous, moi , d'autant plus que je suis vol' payse , et entre pays on s'aide, c'est bien naturel.

NIÇOIS

Bab ! vous êtes de Falaise ?

PAQUETTE

Des environs. (A part. ) Je vas lui parler normand, ca le mettra bien mieux dedans encore. (Haut. ) Oui bé, que j'en suis, née native, de père et de mère... je croque bé une pomme de Calville tout de même, et j'avale bé un varre de cidre sans le m.âcber.

KICOIS, rianl.

Oh! ob ! oh ! laissais donc, {•rns^e farceuse, v' n'êtes point du pays... c'est point ça !... T'nez !... v'Ià comme on parle cheux nous; vous n'êtes point tant seulement de bi lisière. (Il force l'accent.) Eh là, ^oirement , vclà bé du bruit pour bé peu de besogne ; vous tombez bé avec nous autres da... qui sommes des malins sans que ça paraisse... assez causé, n'en parlons plus, bé des choses chez vous.

PAQL'ETTE, riant.

Olil comme c'est ça... comme c'est ça!

HICOIS.

Et la chanson du cru, donc. Ah! c'est là qu'on reconnaît le tuf... Je vas vous conter celle quand j' me sus coupé le doigt, un jour; ça pai pure bêtise, c'est bé vrai !

Air de Frédéric Beral.

Mais que j* sis malailrait , J' me sis coupé le daifjt ; Ah!simamaul'savail, J'sis bé sur (pi'cm dirait : T'es un franc mal.nlralt. [his.) J'savais-ti que c* taillant.

M'entrerait si avant; J'voulais voir s'i' coupait; Ah! ça m' cuit, ça m' cuit, alilça ni' cuit joliment , Ali! ça ni' cuit, ç.i m'cuit^ah! ça m' cuit joliment.

En entrant dans un bois ,

V'Ià 11 pas qu' j'aperçois

De ipioi m' faire une bajjucltc

Pour abattre des noix ;

V'l.i que j' prends ma serpette

Qu'était clans ma poiiquctte.

Et tout comme un béiiél,

J'I'cssayaissur mon daigl.

(Pari.!.) Au premier, au deuxième coup, ça va bé , mais au troisième!, v'ian, je me lais une fente, que le sang coulait raide et pi encore

Mais que J s is malaiirail , D'm'avoir, etc.

Que qu'va dire nol' curé.

Qui m'apprend l'écriture;

C'est 11 qui va jure

Avec sa grosse voix dure,

Li qu'était si coûtent

Eu voyaut m'n'avanc'ment.

(Parlé.) Mais faut-y que j'suis bénct itout d'aller me couper là justement à la main draite , mé qu'écrivais déjà en moyen, et que faisais des majuscules. Mais quéque j'aperçois ! le quien du barger qui me reluquait, j'Iy donne

man daigt, ill'léche, ça m' faisait plaisir

mais j' vais qu'd y prend goût.... V'tu t' sauver!

que j' ly dis comme ça il s'a sauvé bé raide,

mais ca me cuisait encore plus fort.

Dieu ! que j's'is maladrait, etc.

PAQUETTE

Ah ! je ne suis pas de celle force-là.

NIÇOIS

Et si donc vous entendiez jaser mon oncle M.itburin , Niçois l'aine, qu'on l'appelle; c'est ca la fine fleur de la Normandie ![Querdié! qu'y vous disait : Tardié, sartidié ! la brunelte, ton fa an bou bran d' fille femelle, tout d'même, tout d'même, jarnicoti! Faut bé que j' t'embrassions! et y vous embrasse que ça n' pèse

pas une once.

(Il embrasse Paquellc.)

PAQUETTE

Eh bien ! eh bien ! qu'est-ce que vous faites

MCOIS.

Je fais comme mon oncle Mathurin, pour vous prouver. Oh ! c'est un gaillard !

PAQUETTE

Est-il di oie ! Voyons, monsieur Niçois, ne plaisantons pas; v'Ià la vérité: je suis de Ma-

MCOlS.

Voyez-vous que je l'ai deviné.

PAQt'EnE.

Là, vrai, je m'intéresse à vous, moi; et il est très heureux que vous m'ayei lencontiée la première en arrivant ici.

MCOIS.

liah ! l'omquoi donc ?

PAQIETTE.

Parcc'que,je peux vous dire la chose... Vous venez pour hériter, n'est-ce pas ?

MCOlS.

Tout à fait.

PAQUETTE

Kh bien ! si vous voulez m'en croire, dans la pail que vous prendrez ne choisissez pas la

nianufactuie de porcelaine C'est casuel en

diable ; et puis, faudrait épouser mam'selle.

MCOIS.

Tiens ; mais c'est peut-être le meilleur de l'affaire... Paraît qu'elle est bé gentille.

L'AVOUjÉ ET LE NORMAND.

PA(^rETTE.

Gardez-vous-en bien; elle en aime un autre.

MCOIS.

Oh ! oh I

PAQCETTE.

Vol' cousin, M. Hippolyie; elle en est folle... elle n*ose pas trop l'avouer; mais nous connaissons ça... et vous pensez oîi ça peut vous mener.

MCOlS.

Compris... assez causé ; restons-en là... ben des choses chez vous.

PAr^rETTE.

Chut! voilà M. Diiinarnis, le tuteur de mademoiselle Honorine; n'ayez pas l'air que je vous aie rien dit.

MCOIS.

Le notaire !... pardi ....

PAQCETTE, à part.

Je le laisse en bonnes mains ça va à merveille Allais, marchais, nous arriverons à

Paris , et je verrai l'obéliqiie de Luscor.

(Elle sort.)

SCKNE V.

NIÇOIS, DUMARAIS.

KICOIS, à. part.

Ah ! mam'selle chose aime mon cousin chose !... C'est désagréable, tout d'méme; mais

c'est bon à savoir Klle est bonne fille, la

j;rosse... Elle a bé fait de m'avertir.

DUMAnilS, entrant.

Eh ! c'est ce cher monsieur Niçois ! Parbleu î qu'il soit le bien arrivé...

NIÇOIS

Vous êtes le notaire? je vois ça.

D13M.AIIAIS.

Pas tout à fait je suis l'homme d'affaires

de la famille... Avoué... es-avoué.

MCOIS.

Ah ! tant mieux ! Bonjour, notaire; comment que ça va ?

nCMARAIS.

Ah çà! mon cher client, parlons un peu de

vos intérêts Voilà comme je suis, moi, la

première chose qui m'occupe , c'est de vous f.iire avoir le plus possible...

MCOlS , 3 part.

Ca a l'air d'un bé brave homme.

nUMAIlAIS.

Pour commencer, avcz-vous apporté la somme pour payer le droit de succession? C'est environ deux mille francs pour votre part.

XICOIS,

Deux mille francs! tjuéque vous me contez? ne badinez donc pas avec ces choses-là . Je viens ici pour toucher de l'argent , je ne viens point pour en donner.

ni'MAIlAIS.

Mais il ne s'ap,it point de cela ; il y a les frais

qu'il faut d'abord acquitter l'enreyistie-

ment, etc., etc.

Air ; On dit que je suis sans malice. Dans le plus moilestc héritage.

Le fisc a toujours son parLige.

NIÇOIS

De sorte que le j;ouvcTiienienl S'trouv' porté duns ch.ique testainenl.

DUMAKAIS.

Toujours, mon cher.

NIÇOIS

C'est très commode; Si hien que, d'après c'te niélhode, L'Etat est un cousin , dans c' cas , Sur lequel je ne comptais pas.

DUMARAIS.

Et puis, vous sentez bien , il ne s'agit pas de dire ; j'hérite, me voilà, je prends, et, bien le bonjour, je m'en retourne à Falaise.

SICOIS.

Ca serait comme ça que ça n'en serait pas pis ; y m' semble pourtant que Jean Guerineau, un de nos voisins, a bérilc dans le temps; on n'y a pas fait toutes ces histoires-là...

DrMARAIS.

C'était peut-être un legs simple, ou universel, et par préciput...

Quels di.ililes de mots que tout ç.i'.... le préciput, le préci pal, c'est qu'il a touché de bons écus bé ronds et point rognés.

DCMARAIS.

Ici, mon cher, notre testament n'est point olographe... il est mysiique dans l'espèce.

NIÇOIS

Tolographe, mystique... vous voulez me mysti6er.

DCMARAIS.

Nous avons quelques hypothèques qui rendent la purge légale indispensable.

NIÇOIS

Quel mie mac, bon Dien ! mais Thomas

Bazul, tenez, qu'est tonnelier chez nous, son oncle est mort itou , y avait des dettes pas n;al, on a vendu, et on l'y a donné le reste...

DUMARAIS.

C'est tout simple, je comprends parfaitement : quand on est seul à héiiter, il n'y a pas

d'embarras mais ici vous êtes deux héritiers

1 ollatéraux non ascendants, partage voulu par le testateur de gré à gré ; si les choses s'embrouillaient, gare à un procès interminable.

MCOIS.

l'ii procès ! je n'en veux mordi point... .4h I je ne suis guère Normand de ce coté-là , par exemple I Les procès je peux point les souffrir... Nous avons eu deux amis , tenez, à notre porte, des bé braves gens tous les deux , et qui font de fameux fromages... M'aginez-vou;.

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