L'AVOUÉ ET I.I-: NORMAND
qu'ils ont plaiJé pour un veau ; ils ont vendn chacun leur vaclie pour payer les trais. DCMAHAIS , à pan.
Bon! voilà mon affaire; en l'effrayant j'en ferai tout ce que je voudrai. (Haut.) Eh ! c'est justement pour vous éviter toute chicane que je cherche à vous éclairer", mot» cher Monsieur Niçois. Voulez-vous que je vous parle à cœur ouvert? La manufacture ne vaut pas le diahle , c'est un commerce coulé, vous avez le choix ,
prenez-moi bien vite la maison charmante
habitation... un jardin magnifique... des pommiers superbes, en plein rapport.
NIÇOIS, riant.
Vraiment, il y a de belles pommes ! eh ! eh ! vous me mettez l'eau à la bouche.
nUMARAIS.
Votre oncle en faisait le plus fjrand cas île sa maison : la preuve c'est qu'il recommande expressément qu'elle ne soit pas vendue avant dix ans... Il se disait : C'est bien établi , c'est solide... celui de mes neveux qui aura cette part
n'aura pas la plus mauvaise Quanta l'autre,
il aura ma tilleule pour se consoler.
NIÇOIS
C'est bé possible tout d' même.
DUMARAIS.
On avait été jusqu'à penser qu'il y avait une cachette dans la cave.
MCOIS.
Dans la cave...
DUMARAIS.
I.e fait est que l'on supposait M. liertaud plus riche qu'il ne l'était réellement.
NIÇOIS , à part.
Pauvre cher homme ! je sais bien pourquoi. ( Haut.) Ah çà ! et mon cousin le Parisien ? DUMARAIS, pins mysrérieusement.
Il ne sait pas la valeur inti-insècpie des immeubles, et comme il a du goiit pour ma pupille...
NIÇOIS
Et (jue la demoiselle en a peut-être bé pour lui !...
DUMAIIAIS.
Oh ! malin, il a mis le doipt dessus ! Précisément... Maison superbe d'ailleurs, trois étages , cinq croisées de face, sans compter celles du colombier.
NIÇOIS
Oh ! oh !
niIMARAIS.
Et dix-sept arpents d'enclos.
NIÇOIS
Fameux, voyez-vous: de bonnes maisons, de bonnes terres, voilà le solide; et on n'a point de chances à courir.
DUMARAIS.
Parfaitement raisonné. Vous voyez, mon cher, que vous gagne/, cent pour cent à suivre mes conseils...
NIÇOIS
Oui , oui , notaire , et je vous en remercie bien ; dame, cependant, je voudrais voir cette maison tout d' même.
nCMAIlAIS.
A quoi bon? les scellés y sont, cela ne vous avancerait à rien.
NIÇOIS
Ah! pour voir tant seulement quelle mine elle a.
nUMARAIS.
Allons, c'est décidé, je vais faire dresser les deux actes d'acceptation.
NIÇOIS
Ne courez point si fort... Je m'en vas ruminer ça à part moi, tout en mangeant un morceau à mon auberge.
Dl'MARAIS, à part.
Non pardieu pas ! Il ne faut pas qu'il sorte, il irait prendre des informations. (Haut.) Déjeuirer à l'auberge, du tout, vous déjeunerez ici, je vous tiendrai compagnie; et, parbleu! je vous ferai boire d'un petit vin blanc dont voirs me direz des nouvelles.
MCOIS.
Va donc pour le déjeuner, notaire, c'est point de refus.
ncMARAis, à pan.
Ça ne boit que du cidre, ça n'a pas la tête forte, au second verre il signera. (Haut.) Sans adieu, mon cher monsieur Niçois.
NIÇOIS
Topez là, notaire, vous êtes un brave homme.