‹ L'avoué et le normand, ou, Fin contre finChapitre 8 sur 22 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

NIÇOIS, puis HONORINE.

NIÇOIS

La crème des honnêtes gens ! il me conseille là , dans mon pur intérêt. Les biens fonds, voilà le meilleur en fait d'héritage : tant pis pour mon cousin , s'il est amoureux... C'est égal, j'aurais point été fâché de la voir, moi , c'te demoi.selle. ( Rejardant par une croisée.) Oh ! je crois, ma fi, ben que c'e>t elle! Eh! eh! pour ce qui est de ça,

le cousin Maraudicr n'a pas mauvais goiit

Elle vient justement par ici ! l'aut-il me laisser

voir? je ne sais pas trop La première fois

qu'on me voit, je fais toujours irn si drôle d'effet... (Il se lient .\ l'écart priit d'une porte latérale; Honorine entre, l'air pensiF.)Si je me rafistolais

un brin! dame! si ça ne peut pas faire de

bien , ça ne peut pas faire de mal.

( 11 nrran(;e ses cbcveux et sa crav.ite , houtoiiuc son |;îlct , de sorte qu'il paruit moins lourd (]u'ii son entrée.)

HONORINIC , sans le voir.

Ah ! c'est affreux ' Ce que je viens d'entendre

achève de me convaincre c'est l'intérêt seul

qui le fait agir Je n'éprouvais que de l'éloi-

gnement pour lui, mainlcnaut c'est de 1 aversion.

MCOIS, à part.

Est-ce que c'est de moi <|u'elle parle?

HOKORISE.

Il ne m'épouserait donc que par avance, pour ne pas payer la somme ipie le testament indique... Quelle humiliation !

MCOlS.

Mam'selle...

Ho^onl^■E, i Ah!... monsieur!... pardc

nt Ni<

pardon... je croyais...

MCOI5.

Mon Dieu, mam'selle, c'est à moi de vous demander pardon de me trouver là comme un événement, et de vous av(jir fait quasi peur.... (A part.) Elle esj , ma fé, bé charmante. llO^ORI^E, se remellanl.

Me faire peur... Mais non, monsieur!

MCOlS.

Rassurez-vous, mam'selle, je ne suis qu'un pataud, un Normand renforce, comme ils disent ; mais j'ai un bon cœur tout d' même, je ne suis pas dans le cas de faire de la peine à un enfant. T'nez, et au contraire de vous épouser malgré vous, j'aurais voulu choisir la manufacture exprès pour vous laisser libre dans votre bberlé.

HOMOniNE.

Vraiment ! vous êtes bien bon.

MCOIS.

Mais enfin finale, pisque mon cousin a le bonheur de vous plaire , me v'ià tout décidé , et j' prendrai la maison.

HONORINE

Votre cousin !..

NIÇOIS

C'est tout simple un Parisien ben attifé,

hen ajjréable '-a vaut mieu.x qu'un pauvre

diable tout cru et tout rond comme ses pommes, et qui n'a vu que le clocher de Falaise...

HONORINE

Votre cousin!.. . Et qui a pu vous dire qu'il me plaisait ?

NIÇOIS

Oh ! une idée comme ça... Au fait vous serez

ma cousine Eh ben ! ça me sourit ça me

console... et puis, voyez-vous, cette maison de mon oncle Bertaud j' sis point fâché de l'avoir, j'y suis attaché j'y ai été élevé tout petit... on m'avait mis en nourrice ici.

HONORINE

Bah î à Gisors?

KICOIS.

Chralabonnef mm.GmIl.ird.

HONORINE

Comment!.... La bonne mère Guillard était votre nuunice ! c'était la mienne aussi !

MCOIS.

Vrai ! Oh ! c'te rencontre !... Comme ç.i nous sommes donc frère de lait?...

HONORINE, sourianl.

,-\pparemnient.

NIOOIS.

Quel bonheur!... Mais ça me revient à Ole heure, est-ce que vous n'êtes pas celle jolie petite fille avec qui je courais dans le jardin?

qui s'appelait Kinirie?

HONORINE

Honoiine, c'est moi.

NIÇOIS

Oh! on vous appelait Ninine,je m'en souviens ben... Dieu, étiez vous mignonne! et mon oncle était votre parrain ?

HONORINE

Justement.

NIÇOIS

Et moi aussi il était mon parrain.... Ca nous rapproche encore. .Oh ! ma bonne petite sœur!.. Pardon, mam'selle, vous n' m'en voulez point de me rappeler que je vous frimais dans ce temps-là '!...

HONORINE

Non , mon ami ; au contraire.

NIÇOIS

Mon ami !... F.Ile a dit mon ami !.. Vous avez dit mon ami , est-ce farce ! ça me donne comme l'envie de pleurer...

Al «Tyrolien.

O souvenir de noire enfance , Qu'en ce jour vous me semblez doux !

Ce temps d' bonheur et d'iunocence.

Hélas ! il est trop loin de nous; Tra, la, la, la , la.

Comme nous cliaiuioiis ça!

Tra, la, la, la, la:

Je m' crois encore là.

Connu' \ous élicz Iraîclie el gentille, Avec vos ch'veui beaux comm' de l'or ! Vous promettiez d'clre une belle tille , Vous avez tenu plus cucor.

O souvenir, etc.

HONORINE

Pauvre (jarcjon ! il m'intéresse; Le tromper serait trop affreux.

Pour lui si je suis sans tendresse.

Je veux être franche à ses yeux.

O souvenir, etc.

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