SCÈNE VI
NIÇOIS, puis HONORINE.
NIÇOIS
La crème des honnêtes gens ! il me conseille là , dans mon pur intérêt. Les biens fonds, voilà le meilleur en fait d'héritage : tant pis pour mon cousin , s'il est amoureux... C'est égal, j'aurais point été fâché de la voir, moi , c'te demoi.selle. ( Rejardant par une croisée.) Oh ! je crois, ma fi, ben que c'e>t elle! Eh! eh! pour ce qui est de ça,
le cousin Maraudicr n'a pas mauvais goiit
Elle vient justement par ici ! l'aut-il me laisser
voir? je ne sais pas trop La première fois
qu'on me voit, je fais toujours irn si drôle d'effet... (Il se lient .\ l'écart priit d'une porte latérale; Honorine entre, l'air pensiF.)Si je me rafistolais
un brin! dame! si ça ne peut pas faire de
bien , ça ne peut pas faire de mal.
( 11 nrran(;e ses cbcveux et sa crav.ite , houtoiiuc son |;îlct , de sorte qu'il paruit moins lourd (]u'ii son entrée.)
HONORINIC , sans le voir.
Ah ! c'est affreux ' Ce que je viens d'entendre
achève de me convaincre c'est l'intérêt seul
qui le fait agir Je n'éprouvais que de l'éloi-
gnement pour lui, mainlcnaut c'est de 1 aversion.
MCOIS, à part.
Est-ce que c'est de moi <|u'elle parle?
HOKORISE.
Il ne m'épouserait donc que par avance, pour ne pas payer la somme ipie le testament indique... Quelle humiliation !
MCOlS.
Mam'selle...
Ho^onl^■E, i Ah!... monsieur!... pardc
nt Ni<
pardon... je croyais...
MCOI5.
Mon Dieu, mam'selle, c'est à moi de vous demander pardon de me trouver là comme un événement, et de vous av(jir fait quasi peur.... (A part.) Elle esj , ma fé, bé charmante. llO^ORI^E, se remellanl.
Me faire peur... Mais non, monsieur!
MCOlS.
Rassurez-vous, mam'selle, je ne suis qu'un pataud, un Normand renforce, comme ils disent ; mais j'ai un bon cœur tout d' même, je ne suis pas dans le cas de faire de la peine à un enfant. T'nez, et au contraire de vous épouser malgré vous, j'aurais voulu choisir la manufacture exprès pour vous laisser libre dans votre bberlé.
HOMOniNE.
Vraiment ! vous êtes bien bon.
MCOIS.
Mais enfin finale, pisque mon cousin a le bonheur de vous plaire , me v'ià tout décidé , et j' prendrai la maison.
HONORINE
Votre cousin !..
NIÇOIS
C'est tout simple un Parisien ben attifé,
hen ajjréable '-a vaut mieu.x qu'un pauvre
diable tout cru et tout rond comme ses pommes, et qui n'a vu que le clocher de Falaise...
HONORINE
Votre cousin!.. . Et qui a pu vous dire qu'il me plaisait ?
NIÇOIS
Oh ! une idée comme ça... Au fait vous serez
ma cousine Eh ben ! ça me sourit ça me
console... et puis, voyez-vous, cette maison de mon oncle Bertaud j' sis point fâché de l'avoir, j'y suis attaché j'y ai été élevé tout petit... on m'avait mis en nourrice ici.
HONORINE
Bah î à Gisors?
KICOIS.
Chralabonnef mm.GmIl.ird.
HONORINE
Comment!.... La bonne mère Guillard était votre nuunice ! c'était la mienne aussi !
MCOIS.
Vrai ! Oh ! c'te rencontre !... Comme ç.i nous sommes donc frère de lait?...
HONORINE, sourianl.
,-\pparemnient.
NIOOIS.
Quel bonheur!... Mais ça me revient à Ole heure, est-ce que vous n'êtes pas celle jolie petite fille avec qui je courais dans le jardin?
qui s'appelait Kinirie?
HONORINE
Honoiine, c'est moi.
NIÇOIS
Oh! on vous appelait Ninine,je m'en souviens ben... Dieu, étiez vous mignonne! et mon oncle était votre parrain ?
HONORINE
Justement.
NIÇOIS
Et moi aussi il était mon parrain.... Ca nous rapproche encore. .Oh ! ma bonne petite sœur!.. Pardon, mam'selle, vous n' m'en voulez point de me rappeler que je vous frimais dans ce temps-là '!...
HONORINE
Non , mon ami ; au contraire.
NIÇOIS
Mon ami !... F.Ile a dit mon ami !.. Vous avez dit mon ami , est-ce farce ! ça me donne comme l'envie de pleurer...
Al «Tyrolien.
O souvenir de noire enfance , Qu'en ce jour vous me semblez doux !
Ce temps d' bonheur et d'iunocence.
Hélas ! il est trop loin de nous; Tra, la, la, la , la.
Comme nous cliaiuioiis ça!
Tra, la, la, la, la:
Je m' crois encore là.
Connu' \ous élicz Iraîclie el gentille, Avec vos ch'veui beaux comm' de l'or ! Vous promettiez d'clre une belle tille , Vous avez tenu plus cucor.
O souvenir, etc.
HONORINE
Pauvre (jarcjon ! il m'intéresse; Le tromper serait trop affreux.
Pour lui si je suis sans tendresse.
Je veux être franche à ses yeux.
O souvenir, etc.