PRÉFACE
Non ex regula jus sumatur, sed ex jure quod est regula fiat.
(Digeste, loi 1, L, XVII.)
L'idée premiére de cette thèse me fut suggérée par le maître vénéré, à la mémoire duquel je me fais un devoir de la dédier. Sur ses conseils et grâce à sa bienveillante direction je me livrai à l’étude approfondie des règlements d’avouerie lotharingiens et flamands des XI° et XIIe siècles. Je publiai, en 1904, quelques uns des résultats auxquels j'étais arrivé et ce fut encore lui qui me proposa d’étendre le champ de mes investigations de manière à composer un travail d'ensemble sur l’avouerie ecclésiastique de la Belgique. Nous ne possédions, en effet, à cet égard que le livre du baron de Saint-Genois sur les avoueries belges qui était bien vieilli l’auteur s’engageait trop fréquemment dans le domaine des hypothèses, abusait des nomenclatures d’avoués sans réel intérêt, n’analysait pas avec assez de précision les matériaux dont 1l se servait et se bornait à une étude extérieure de l'institution.
Mon but m’'apparut dès lors nettement défini tracer l’évolution de l’avouerie ecclésiastique belge
des origines aux Bourguignons en utilisant spécialement les multiples données de nos chroniques et en mettant à profit tous les actes qui étaient de: nature à fixer les divers caractères de l'institution. Je résolus, par conséquent, d’édifier pour la Belgique médiévale sur des bases éprouvées soigneusement, une œuvre analogue à celle qus M. Senn avait menée si brillamment à bonne fin pour la France.
Suivre l’avouerie ecclésiastique belge dans son développement historique, en discerner les principales phases, en déterminer la nature, tel fut donc l’objet fondamental de ce travail. Je me suis particulièrement intéressé à l’avouerie féodale ou avouerie nouvelle car la complexité des relations sociales avait fait naître quantité d’erreurs sur les caractères, les manifestations juridiques et la disparition de nos. avoueries. [J'ai essayé de dissiper, sans m'éloigner des sources, le mystère qui planait quelque peu sur la question de l’avouerie postcarolingienne. Par l’analyse de documents empruntés à dessein aux diverses régions de la Belgique, je me suis efforcé d'établir les règles générales de la compétence des avoués féodaux et de distinguer le rôle des sousavoués de celui des princes territoriaux, hauts-avoués de leurs domaines. Passant en revue les griefs nombreux que les abbayes et les populations rurales faisaient valoir contre leurs pseudo-protecteurs, j'ai signalé les mesures très diverses qui furent prises. pour remédier à la situation fâcheuse qu’ils avaient créée. L'’inutilité de la charge effective d’avoué d’une part, la concentration politique et économique des avoueries entre les mains des ducs, comtes ou marquis, d'autre part, tels sont, d’après mes recher-