L.-E. BARRIAS II
de Hugo résolurent d'abandonner en faveur de la souscription au monument cette part des droits, et, chaque année, la somme primitive se grossissait ainsi de plusieurs milliers de francs, dus à la générosité des collaborateurs du grand poète. »
« D'autre part, le trésorier de la souscription, M. Jumel, avait fait des i ioooo francs versés un heureux placement, grâce à des Bons du Trésor, qu'il avait pu obtenir, et qui constituaient un excellent revenu à 5 pour ioo. Si bien que 1 10 ooo francs, placés à intérêts composés pendant quinze ans, rapportèrent encore près de iooooo francs. »
« Enfin, M. Paul Meurice fit vendre à la maison Rouff, pour 3ooooo francs, un droit important de reproduction des oeuvres de Hugo, et la famille ajouta spontanément une souscription de 3oooo francs au capital déjà en caisse. Cette fois, c'était plus qu'il ne fallait; les frais étaient couverts et au delà. Barrias, à la demande de M. Paul Meurice, accepta d'exécuter le monument, auquel il travailla dans la Galerie des Machines et dont le modèle, disponible après la fonte des statues, a été offert par l'artiste à la ville natale du poète, Besançon. »
Parmi les dernières oeuvres du regretté sculpteur, nous signalerons la figure tombale de la duchesse d'Alençon, et l'Horloge de la Bibliothèque Nationale, conçue et exécutée par lui, de concert avec M. Pascal.
Barrias avait toujours été d'une santé délicate. Il ressentait en outre la fatigue d'une existence vouée tout entière au labeur le plus consciencieux. Il fut saisi par le mal qui
devait l'emporter au sortir d'une séance de l'Institut. Il a succombé à Yinfluen%a y après quelques jours seulement de maladie.
Discret, fuyant les occasions de se mettre en avant, ne recherchant ni les distinctions ni les places, il a eu néanmoins un cursus honorum des mieux remplis. Il était commandeur de la Légion d'honneur. Il faisait partie de deux commissions des plus importantes : celle des Musées nationaux, et celle du Conseil supérieur des Beaux-Arts. On sait que le nouveau sous-secrétaire d'État, M. Dujardin- Beaumetz, l'a remplacé, dans l'une, par son éminent collègue à l'Institut, M. Jules Coutan, et, dans l'autre, par M. Rodin.
Une des principales caractéristiques de Barrias était son affection presque passionnée pour ses élèves. En toute sincérité, il se réjouissait de leurs succès comme de victoires personnelles. Tout le monde a reconnu et vanté son exceptionnelle droiture dans la vie privée. De même, en art, c'est le scrupule, l'extrême conscience qui constituent l'unité de cette laborieuse carrière, partagée, pour ains ; dire, entre deux inspirations, l'une plus virile, l'autre plus tendre et plus gracieuse. Travailleur probe et loyal, il n'a laissé sortir de son atelier rien de lâché. Il a pu, comme tous ceux qui créent, avoir ses heures de moins décisive réussite, mais à coup sûr aucun artiste n'a eu à un degré plus haut le respect de lui-même. •