PSAUTIER
et incités!. » Déjà dans le Mémoire de 1537 il parle de "la nécessité d’un Psautier. Il est à peine arrivé à Strasbourg, qu'il s'y met avec sa diligence accoutumée et en décembre, il écrit que son travail va s imprimer. Tel est le Psautier ? de 1539. Puis vinrent les Psaumes de Clément Marot et de Th. de Bèze, dont Louis Bourgeois et Guillaume Franc composèrent la musique. Une revision, entreprise par Conrart, n'avait pas eu de caractère officiel. On sollicita de la Compagnie d'en préparer une qui fit autorité. Elle y travailla dès 1693. Ce fut la revision genevoise, recommandée par la Compagnie aux Eglises par une circulaire en 1700. Bénédict Pictet, qui avait présidé les travaux de la Commission, publia, en 1705, cinquantequatre cantiques sacrés, dont douze pour les solennités ont pris place dès lors dans le Psautier. Au XIX° siècle, Ami Bost et César Malan, deux pasteurs du Réveil, ont donné aux Cantiques l'impulsion que l'on connaît, et enfin, les trois Eglises nationales des cantons de Vaud, Neuchâtel et Genève se sont réunies pour publier le Recueil de 1866 *.
L'Eglise de Genève était représentée dans cette Commission intercantonale par le pasteur Louis Roehrich, auquel succéda le pasteur David Delétra
1 DoumerGue, L'art et le sentiment dans l'œuvre de Calvin, Genève, 1902, p. 15. ’
? Cet opuscule de Calvin, auquel on ose à peine donner le nom de Psautier, renferme dix-huit psaumes mis en vers francais par le réformateur, suivis du Cantique de Siméon, du Décalogue et d'une Salutation à Jésus-Christ. Opera Calvini, 1. NI, p. 211-224. Voir O. Dour», Clément Marot et le Psautier huguenot. Paris, 1878, p: 300 et suiv.
* Recueil de Psaumes et Cantiques à l'usage des Eglises nationales de Vaud, Neuchâtel et Genève, Lausanne, 1866, in-12.
qui présida la Commission chargée de faire paraître, en 1900, un nouveau Recueil intercantonalt.
4. Les liturgies. — On sait que Farel avait publié, en 1533, La Manière et Fasson qu'on tient ès lieux que Dieu de sa grâce a visités, et qui fut la première liturgie des Eglises réformées de langue française. Réimprimée à Genève en 1538, elle servit évidemment alors pour le culte public. En 1542, Calvin faisait paraître à Genève : La forme des prières et chants ecclésiastiques avec la manière d'administrer les sacrements et consacrer le mariage selon la coutume de l'Eglise ancienne. Calvin nous dit qu'il se servit des prières en usage à Strasbourg. Farel a dû, pour son opuscule de 1533, s'aider aussi de ce qui existait alors. Nous croyons qu'il eut connaissance des prières usitées alors à Zurich.
Cette liturgie de 1542 comprenait : 1° la Confession des péchés, que Th. de Bèze devait réciter au Colloque de Poissy; 2° trois prières pour terminer le culte (pour les dimanches ordinaires, les jours de Communion et les temps de calamités); 3° les liturgies du baptême, de la cène et du mariage. La liturgié du mariage n'est que la réédition de celle de Farel ; les deux autres sont complètement remaniées et presque transformées en véritables traités.
La liturgie de Calvin fut imprimée à la suite de
1 Psautier romand. Recueil de Psaumes et de Cantiques adoptés par les Eglises nationales protestantes de Neuchâtel, Genève et Berne (Jura), Neuchâtel, 1900, in-12.
diverses éditions des Bibles, des Nouveaux Testaments et des Psautiers, et ce Jusqu'à la fin du XVIIF siècle. On en possède aussi quelques éditions isolées dont voici les dates principales : 1542, 1545, 1548, 1553:
Déjà en 1609, quelques pasteurs de France avaient exprimé le désir qu'on procédât à une revision de l'œuvre de Calvin!. À la Compagnie, on avait été fort marri de cette communication et l’on avait décidé de répondre qu'il n'y avait rien à y changer. Cependant l'usage s'introduisit peu à peu de faire certains retranchements à la liturgie. On les indiquait probablement par quelques traits à l'encre dans la Bible, et comme, sans doute, chacun taillait à sa facon, des réclamations s’élevèrent un jour dans le Conseil, et celui-ci de se plaindre que des pasteurs lisaient des prières d’inégales longueurs. De là ce nouveau motif invoqué en faveur d’une publication de la liturgie, à savoir que les prières à la fin des Bibles sont toutes biffées. Enfin, on se décida à reviser la liturgie, en 1724, sous l'impulsion de J.-A. Turrettini. Peut-être l’exemple donné par Neuchâtel en 1713 n y fut-il pas étranger ?
L'auteur du recueil de 1724 a cherché à élaguer tout ce qui relève de la discussion ou du traité dans les éditions publiées au XVI° siècle. Il comprend : 1° la liturgie pour le dimanche matin (confession des péchés et prière finale); 2° une prière pour les temps de calamités. C'est l'antique prière de Calvin, légèrement modifiée, qui deviendra plus tard la liturgie du
! Reg. de la Compagnie du 31 mars 1609.
jeûne ; 3° des prières pour les services des divers jours de la semaine; #° des Collectes à insérer dans les prières ordinaires en temps de calamités ; 5° les liturgies du baptème, de la Cène et du mariage. Pour le mariage, c'est toujours le texte de Farel: il sera en usage jusqu'à l'établissement du mariage civil sous l'Empire. Pour le baptème, c'est à peu près la liturgie de Farel dans Za Manière et Fasson ; l'Eglise de Genève la conserva telle quelle jusqu’en 1861. Quant à la liturgie de la Cène, elle est, par le fait d'heureuses modifications, complétée de manière à devenir la liturgie ordinaire qui a duré jusqu'à nos jours”. Des éditions successives parurent en 1730, 1743, 1754, 1788, 1807, 1828, 1861, 1875 et 1895. Elles peuvent se ramener à cinq principales : 1724, dont nous venons de parler, 1788, 1828, 1861 et 1875. Signalons, en 1743, l'apparition de la liturgie du Jeûne et celle de la Réception des Catéchumènes*. Le Recueil de 1788 est le plus important au point de vue du style. C’est de beaucoup le plus remarquable comme ampleur et comme force. Comme adjonctions, une prière pour le jour de Noël et une pour le jour de l'an, de Pierre Picot, ainsi qu'une pour le mardi, de David Claparède.
L'annexion à la France amena naturellement de nouveaux changements et, en 1807, la Compagnie publiait une édition à l'élaboration de laquelle Jean-
! Sauf le passage de l'excommunication, supprimé en 1828. 2 En tête de l'édition de 1743 on lit une préface intéressante sur l’ordre des services dans l'Eglise de Genève.
Ami Martin-Gourgas prit une grande part. Le Recueil s'augmente d’une prière pour les veilles de communion, dite « Grande Prière. » La revision consiste surtout dans des retranchements : on s'efforce d'élaguer, mais l'impression produite se trouve évidemment affaiblie et diminuée.
À peine est-on sorti de cette époque si triste à tous égards pour Genève, que la Compagnie consacre de nombreuses séances à la question de la liturgie. Plusieurs Commissions se succèdent les unes aux autres, et ce n'est pas sans peine qu’on élabora l'édition de 1828 qui ne satisfit personne. Le recueil cependant s'est augmenté d'une prière de la Passion, due à Cellerier, et d'une admirable prière d'actions de grâce, les jours de communion, rédigée par Barthélemy Bouvier. En 1839, paraissait un supplément,
* Quant aux modifications dogmatiques, voici les principales :
En 172%, dans la Confession des péchés, on supprime : « Conçus dans la corruption, » et l’on substitue aux mots : « inutiles à tout bien, » ceux-ci : «incapables par nous-mêmes de faire le bien. »
En 1743, dans le formulaire du baptême, la nouvelle naissance est appelée « un très grand changement opéré en nous. » Au lieu de : « renoncer à soi-même, » on lit : « renoncer à ce quilya d'impur et de souillé dans nos personnes. » « Ressusciter en vie nouvelle » devient « se consacrer à Dieu par une application sincère et constante à tous les devoirs de la piété, dé la tempérance et de la justice. »
Dans la liturgie de la Cène, on disait : « Nous n'y venons point [à la table sainte] pour protester que nous soyons parfaits ni justes en nous-mêmes, mais au contraire. en cherchant notre vie en Jésus- Christ, nous confessons que nous sommes en la mort. » On lit maintenant : « Nous y venons comme des pécheurs qui sentent leur misère et qui cherchent dans la communion de notre Sauveur et dans la méditation de sa mort, des secours très eflicaces pour combattre le péché et le monde et pour avancer dans le chemin de la sanctification et de la vie. » — Voir Bersier, Projet de revision de la Liturgie des Eglises réformées de France, Paris, 1888, p- XxXvII et suiv.
comprenant une prière pour le service le jour de l'Ascension, un formulaire pour la consécration des ministres et une liturgie pour le service de la Restauration (31 décembre), de Barthélemy Bouvier.
La publication des éditions de 1861, 1875 et 1895 fut dirigée par le Consistoire, devenu depuis 1847 le corps directeur de l'Eglise. En 1861, on procéda à un remaniement complet et, sauf quelques prières conservées, il devient difficile de comparer ce recueil aux précédents.
Les liturgies de la Cène, du baptème et du mariage sont l'œuvre du pasteur Louis Tournier, qui prit une part active aux travaux de la Commission. Les prières pour les services des jours ouvriers sont dues pour la plupart au pasteur François Chapuis.
En 1875, le Consistoire décida d’adjoindre au recueil précédent un certain nombre de prières nouvelles, rédigées pour la plupart de manière à répondre aux besoins religieux de la partie libérale de l'Eglise. L'édition de 1895 contient une plus grande variété de prières pour les diverses circonstances, et une nouvelle liturgie du baptème due au professeur M. Doret. En 1902, une liturgie pour la célébration de la fête de l'Escalade ! a été rédigée par le pasteur Guillot et revue plus tard par M. Eug. Choisy. En
1 La fête de l'Escalade. célébrée avec tant de fidélité, le fut avec plus de modération depuis le traité de Turin de 1754. Dès 1782 elle fut supprimée jusqu'en 1793, mais dès lors elle fut régulièrement observée jusqu'à’ l'annexion à la France. Dès la restauration elle fut célébrée par les familles et la population avec une ardeur nouvelle. Lors du IIIe centenaire, le Consistoire organisa un culte liturgique qui fut très apprécié et qui dès lors a été continué avec un réel succès.
1905, une Commission composée de MM. Henry Berguer, Eug. Choisy, Gaillard et Heyer, était chargée de reviser la Liturgie pour le service de la Res-
tauration |.
$ 6. Le culte et l'instruction des catéchumènes.
1. Le culte. — D'après les ordonnances de 1541, la tabelle du culte consiste le dimanche en :
l° Sermon au point du jour (6 heures en été, 7 heures en hiver) à St-Pierre, à la Madeleine et à St-Gervais.
2° Sermon à l'heure accoutumée (9 heures) dans les trois temples.
3° À midi, catéchisme, c’est-à-dire instruction des petits enfants à St-Pierre, la Madeleine et St-Gervais.
Les jours ouvriers :
l° I ya prèche tous les jours, à la même heure, dans les trois temples; 6 heures (de Pâques au L octobre) et 7 heures (du 1" octobre à Pâques).
! Il faudrait encore citer ici d’autres ouvrages collectifs (mandements, circulaires, mémoires, recueils de sermons et de prières, etc.). Mentionnons seulement la Déclaration en réponse à l’article de d'Alembert sur Genève dans l'Encyclopédie (1758); différents Mémoires sur les moyens de rémédier au découragement pour le ministère (1776); la réponse à l'écrit du pape aux protestants annonçant le Concile du Vatican (1868). Quant à la Réponse à d'Alembert, qui fut accueillie de diverses manières, voir GABEREL, Histoire de l'Eglise de Genève, 1. II, p- 198 et suiv : Heyer, Catalogue des thèses de théologie, p. rxxr et suiv. Voir aussi A. Bouvier, Encyclopédie des sciences religieuses, art. Genève, etc.
Les prières doivent être faites spécialement le mercredi !.
La Cène est distribuée quatre fois par an : le dimanche le plus près de Noël, les dimanches de Pâques et de Pentecôte, le premier dimanche de septembre.
Les Ordonnances de 1561 confirment cette tabelle en précisant que les jours ouvriers il y a prédication tous les jours à St-Pierre, à St-Gervais, à la Madeleine, et qu'en outre on prèche trois fois la semaine le matin avant les susdits sermons ordinaires, donc à 5 heures en été et à 6 heures en hiver, à Sr-Prerre les lundi, mercredi et vendredi, et à St-Gervais le mercredi.
Le vendredi, à 9 heures, à l’Auditoire, avait lieu le service dit de congrégation, qui consistait dans l'étude d'un livre de la Bible faite, à tour de rôle, par tous les pasteurs membres de la Compagnie. Après la prédication, les pasteurs, et quelquefois les assistants, présentaient les réflexions que le sujet suggérait. Le service terminé, la Compagnie entrait en séance. Ce service des congrégations à continué jusqu’en 1862, mais depuis le XVIIL siècle, il avait été transféré au jeudi. Quant aux observations que le service pouvait faire naître, elles étaient renvoyées au vendredi et, par conséquent, ne provenaient plus que des collègues du prédicateur.
Dans la seconde moitié du XVII siècle (plus exac-
! Opera Calvini, t. X, pars I, p. 99. Voir aussi Michel Roset, Liv. IV, ch. 55, et À. Rocer, t. Il, p. 6.
cr
tement de 1634-1694), il n’y a guère de changements, sauf la suppression de tout service le lundi et le samedi.
Au XVIII siècle, on supprime généralement les services le matin de bonne heure, sauf en été et les jours de grande communion. Les services ont lieu à 9 heures et à 2 heures dans les cinq temples de St-Pierre, St-Gervais, St-Germain, Fusterie et Madeleine. Un catéchisme à midi à St-Gervais et à Ja Madeleine, un catéchisme le lundi à 9 heures à la Fusterie (dite Temple neuf), ainsi qu'une prière liturgique, suivie de la lecture des réflexions d'Ostervald, à 2 heures, les lundi, mardi et vendredi.
Au XVI et au XVII siècle, on ne célébrait, d'une manière spéciale, ni Noël, ni l'Ascension, c’est-à-dire que si ces fêtes tombaient un jour de la semaine, on en faisait évidemment mention dans le service religieux du Jour, mais le culte terminé, chacun retournait à ses occupations!. Quant au Vendredi Saint, un culte liturgique avait lieu ce jour-là à trois heures,
1 À diverses reprises pendant le XVIIe siècle des membres des Conseils insistèrent auprès de la Compagnie pour que la fête de Noël fût célébrée à l'instar de ce qui se passait dans le Pays de Vaud. Mais le corps pastoral s’y refusa. On prétexta que, pourvu que (nous nous rammentions sincèrement et religieusement le grand bienfait de la nativité, peu importait le jour; la Compagnie s’en tenant à la pratique de nos ancêtres ne voulait pas ouvrir la bouche aux gens malavisés qui disent que nous n'avons rien de fixe. On ignore d’ailleurs le jour précis de la nativité. » (Reg. de la Compagnie, 1650.) Nouvelle tentative: du Conseil en 1675. En 1694, le Conseil insista tellement que des prédications furent dès lors instituées dans trois temples, le jour de Noël. Mais la Compagnie exigeait que l’on travaillât ce jour-là, ainsi que le jour de l'Ascension, comme les autres jours ouvriers. Dès 1730, la Compagnie ne fit plus d'opposition à la célébration de ces fêtes.
après quoi les magasins, qui s'étaient fermés pendant l'heure de « la prière, » se rouvraient aussitôt!,
À la fin du XVIII siècle (soit en 1775), les pasteurs catéchistes de St-Pierre et de St-Germain devaient faire chacun 104 sermons et 48 catéchismes par année.
Les pasteurs semainiers de St-Pierre et St-Gervais avaient chacun 52 sermons, 26 catéchismes, 26 paraphrases et 26 services liturgiques, soit 130 actions.
Les pasteurs semainiers de la Madeleine, chacun 52 sermons, 52 catéchismes et 26 services liturgiques, soit 130 actions.
Les pasteurs semainiers du Temple Neuf, chacun 17 sermons et 24 catéchismes, soit 101 actions.
Les pasteurs semainiers de St-Germain, chacun 77 sermons et 26 paraphrases, soit 103 actions.
Bref, il se faisait à Genève, par an : 1094 sermons, 550 catéchismes et paraphrases, 200 services liturgiques. Et l’on ne comprenait pas dans ces chiffres les 52 sermons ou catéchismes prononcés à l'hôpital, n1 les services liturgiques de l'après-midi dans les divers temples.
Cette multitude de sermons faisait dire qu'on aimerait mieux être messager que ministre à Genève. En 1775, le pasteur Jacob Vernes se fit l'écho des
1 Ce n’est qu'en 1860 que l’on commença à prècher le matin du Vendredi Saint — Voir les préfaces des diverses liturgies (1725, 1788, 1807, 1828). GagrreL, Histoire de l'Eglise de Genève; Encyclopédie des sciences religieuses, art. Genève; Bersier, Op. cit.