CHAPITRE IV INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS
Sans doute, l’eau chaude ne guérit pas à elle seule les affections oculaires dans lesquelles elle est indiquée, .et il faut y joindre d’autres remèdes, mais elle contribue beaucoup à la guérison et diminue notablement la durée de la maladie. Dans les observations que nous venons de citer, nous avons pu le remarquer; et les malades, dont nous ne pouvons rapporter les observations, tant ils sont nombreux, et à qui nous avons demandé les effets de l’eau chaude, nous ont répondu tous, sans exception, qu’elle leur enlevait l’inflammation et les soulageait beaucoup. Oui, l’eau chaude doit être employée et préférée à l’eau froide dans la plupart des phlogoses aiguës. Sans doute, beaucoup de personnes sont portées par instinct à recourir à l’eau froide ; elles en feront même usage pendant quelques heures; mais bientôt elles demanderont que les compresses soient renouvelées moins souvent. Elles demanderont les fomentations tièdes; quelques-unes ne pourront supporter que l’eau chaude (1). Celle-ci peut, en effet, remplacer dans beaucoup de cas l’eau froide. Les contre-indications de l’eau chaude sont excessivement rares; celles de l’eau froide sont plus fréquentes. Examinons donc les indications et les contre-indications de l’eau chaude dans
{t) Desmarres Traité des maladies des yeux.
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les diverses inflammations de l’œil: les blépharites, les con-
jonctivites, les kératites, les iritis.
Blépharite. — Dans la blépharite, l’eau sera employée pour laver les paupières et faire disparaître les croûtes qui se forment à la base des cils. Ces croûtes seront bien mieux enlevées qu'avec l’eau froide, car l’eau chaude les ramollit plus vite et les élimine plus facilement.
Conjonctivite catarrhale. — L'eau chaude, et dans ce cas nous la préférons à 35°, a été recommandée par Desmarres, Rognetta, Laurenco, Freyer, Galezowski; elle est employée dans le service de M. Truc, et les malades qui ont été traités par les compresses chaudes s’en sont bien trouvés. Arlt, le premier, en 1855, proscrivit l’eau froide des conjonctivites simples, comme nuisible; car, d’après Galezowski, le froid, qui engendre souvent la conjonctivite catarrhale, ne peut que l’aggraver. Mais l’eau chaude est surtout indiquée quand il y à inflammation intense de la conjonctive avec chémosis considérable. Si les tissus, qui auraient besoin de toute leur énergie pour réagir, subissent une soustraction trop rapide de calorique, ils peuvent se mortifier. Dans ces cas donc, où l’engorgement sanguin est considérable, l'emploi de l’eau froide est formellement contre-indiqué (1). L’eau chaude, au contraire, Calmera les douleurs, décongestionnera les parties et ne produira pas de mortification des tissus. Lorsque tous ces symptômes aigus auront disparu, on pourra alors employer les irritants avec avantage.
Conjonctivite phlycténulaire. — Lorsque les phlyctènes, après dépouillement de leur couche épithéliale, tendent à se
(1) Richet. Thèse d’agrégation 1847. L'emploi du chaud et du froid en chirurgie.
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2, 0 transformer en ulcérations pultacées, les irritants seront contre-indiqués et l’on setrouvera bien mieux des compresses chaudes, qui hâteront la cicatrisation des ulcères et donneront un coup de fouet à la nutrition de l’œil, surtout lorsque les malades seront des enfants; d’après Tanchou, en effet, tandis que l'eau froide convient aux individus vigoureux, l’eau chaude est préférable pour les individus faibles (vieillards et enfants). | Conjonctivite diphtéritique. — Ts’état de purulence de la conjonctive guidera le chirurgien dans l'emploi des compresses chaudes. Plus l’état diphtéritique est accusé, moins il y a pyorrhée; plus l’élimination des produits infiltrés dans la conjonctive est grande, plus il y asécrétion purulente. Dans le premier cas, les vaisseaux de la conjonctive sont très rares; lorsque, au contraire, il y a purulence, la vascularisation augmente, et cette vascularisation indique la fin prochaine de la maladie. Les compresses chaudes (40° à 45°) seront donc indiquées dans la première période jusqu'au rétablissement de la vascularisation,qui accélèrera cette transformation de l’état diphtéritique en état purulent. Elles calmeront, en outre, les douleurs atroces du début de cette maladie. Dans cette première période, les caustiques seront contre-indiqués, car ils augmenteraient la stase sanguine, favoriseraient l’étranglement des vaisseaux et compromettraient la nutrition de la cornée déja bien en danger (1). Mais, dès que l’état de purulence sera établi, on pourra abaisser la température de l’eau, employer même l’eau froide pour ne pas produire un excès de purulence.
Conjonctivite granuleuse. — Les compresses chaudes seront
(1) De Wecker. Conjonctivite diphtéritique et conjonctivile purulente. Thèse de Paris