HISTORIQUE
Nul doute que les maladies des yeux n’aient été étudiées dès la plus haute antiquité, nul doute aussi que l'attention des malades ne se soit portée sur les remèdes les plus simples. Il semble que l’eau froide ait joui de plus de privilèges que l’eau chaude, et cependant celle-ci, d’après Panas, fut de tout temps un remède populaire. Ne serait-ce pas, en effet, à cause de sa chaleur que dans nos campagnes les habitants emploient, contre certaines affections oculaires. leur urine dès qu’elle vient d’être émise. Point n’est besoin de dire que cette pratique est mauvaise, à cause des infections dont elle peut être l’origine.
Hippocrate, c'est à lui qu’il faut toujours remonter, car il résume les connaissances médicales de son temps, avait déjà fait connaître que la chaleur était utile dans tout ce qui par. le froid se mortifie et s’ulcère. Mais c’est surtout à propos du traitement de l’ophtalmie, dans son Traité De humidorum usu, qu'il pose certaines indications sur l’emploi de l’eau chaude dans les maladies des yeux. «L'eau chaude, dit-il, adoucit l’acrimonie des larmes; elle convient aux yeux lorsqu'ils sont attaqués de suppuration, de douleur, d’un écoulement de larmes mordantes et, en général, dans toutes les affections de ces organes qui viennent de sécheresse. L'eau froide convient aux yeux dont la rougeur est exempte de douleur. » ee
Pour Celse, l’usage de l’eau chaude est nécessaire pour résoudre l’engorgement des parties et rendre la suppuration plus active.
Ambroise Paré, en 1564, donne la préférence à l’eau chaude en chirurgie. « Et noteras, dit-il, que tous les remèdes que tu appliqueras à l’œil et autour d’iceluy se doivent appliquer tièdes, tant afin qu’ils pénètrent mieux par le moyen de la chaleur modérée qu’aussi à raison que les choses froides actuellement sont ennemies des yeux et de la vue pat. incrassation et stupéfaction des esprits visifs (1). » Il conseille de faire instiller du lait de femme, lequel par sa chaleur «a faculté d’adoucir et apaiser la douleur, mondifier et nettoyer. » Il'ajoute: « Les remèdes n’auront de. puissance de calmer la douleur: qu’antant qu’ils seront chauds.» Mais, jusqu'ici, point de traité d’ophtalmologie ; il faut'aller jusqu’à Guillemeau et, plus tard, Scarpa (1772), qui, dans:
les ophtalnies, prescrit de fréquentes lotions sur les-parties
malades avec j’eau de mauve tiède: C’est: surtoutiavec Phi-
(1) Ambroise Paré. — Œuvres complèles 1564, liv. X, chap. XXV.
| — 1 — :. lippus Fredericus Gmelin que l’eau chaude entre nette- | 2 mant dans la thérapeutique oculaire. Dans son petit traité sur l’hypopyon, paru en mars 1742, Gmelin recommande la ‘ chaleur humide appliquée pendant quelques heures etdonne plusieurs formules pour ses applications. Dans cette dissertation, soutenue à Tubinge, sous la présidence de Mauchart, les indications principales de ee moyen thérapeutique se rapportent à la résorption de l'hypopyon et des abcès en général de la cornée. Les compresses devaient être appli- quées cadmoveantur palpebris clausis, eo caloris gradu quem æger facile ferat». Janin avait également reconnu les excellents effets des fomentations chaudes dans l’hypopyon (1). Cette question fut encore traitée, en juin 1742, par Bilger, dans une thèse ayant pour titre Deungue oculi seu pure inter corneæ lamellas collecto. Enfin, à cette même époque, parut un troisième travail inspiré par celui de Mauchart, qui avait pour | F auteur Gifitheil et dont le titre était De ulceribus corneæ. a Ainsi, ces travaux montrent que l’emploi de la chaleur hu- “ Le mide avait étéétudié par les chirurgiens du XVII" siècle et que quelques indications en avaient été déjà nettement posées. Après eux, on continue bien d'employer l’eau chaude, mais les règles de ses applications n’en sont pas déterminées. k Avec Demours, en effet, en 1816, le traitement local dans les maladies des yeux-est peu de chose. Ce qui prime, c'est le traitement général: la saignée, les purgatifs, la diète sont : à l’ordre du jour dans les affections oculaires, comme dans les autres affections. Cependant, contre l’ædème de la conjonctive, Demours emploie des infusions de sureau ou l’eau simple à la température de 35°. Contre les ophtalmies, il fait des fumigations. Pour cela, il se sert d’un vase rempli d’eau chaude et recouvert d’un entonnoir, dont la base est